L’Europe face à la sur-réglementation : préserver l’innovation touristique

Face à l'empilement normatif en Europe et en France, les leaders du voyage réunis au WTTC 2026 appellent à réformer la gouvernance du secteur pour préserver l'innovation face aux enjeux climatiques et technologiques.

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Ronan Daniel

Ronan Daniel

26 octobre 2026Mis à jour le 26/10/20264 min de lecture

richard quest
Richard Quest et les Ministres du Tourisme de Turquie, d'Egypte, de Croatie, d'Afrique du Sud et de Malte© WTTF

Le sommet du World Travel & Tourism Council (WTTC), présenté comme « le Davos du Tourisme », est l'occasion pour les dirigeants et les ministres du monde entier de s'assurer qu'ils avancent bien dans la même direction. Cette édition 2026 à Malte a naturellement permis de souligner la nécessité de s'entendre entre public et privé pour préserver l'innovation, dans l'intérêt de tous.

Ce n'est pas encore le cas en Europe, estime Jean-Philippe Monod de Froideville, Senior Vice-President chez Expedia Group, qui s'inquiète d'une inflation réglementaire qui freine l'innovation. « L'Europe a beaucoup parlé de simplifier, mais on n'a vraiment pas vu de simplification, on a vu une augmentation de réglementation. Je n'ai jamais vu une législation qui était enlevée », explique-t-il en marge des débats du WTTC. Selon lui, ce phénomène s'explique par une segmentation des différentes composantes du voyage. Cette accumulation de réglementations fragmentées (aérien, tech, voyages à forfait) gérées par des ministères ou directions distincts sans coordination globale entraîne une absence de simplification réelle et l'empilement continu de normes sans abrogation des règles existantes.

JP Monod
Jean-Philippe Monod de Froideville, Senior Vice-President of Government & Corporate Affairs pour Expedia Group© Expedia Group

L'essor de l'intelligence artificielle illustre parfaitement le besoin d'une régulation adaptée au niveau de risque réel. Appliquer à la technologie touristique des contraintes élaborées pour des industries sensibles entraverait la numérisation du secteur. « Quand on utilise l'IA, il est essentiel que les gouvernements fassent bien la différence de réglementation selon le niveau de risque de l'utilisation », insiste Jean-Philippe Monod de Froideville.

Les ministères des Finances voient le tourisme comme une vache à lait fiscale.

Le Senior Vice-President of Government & Corporate Affairs s'inquiète surtout de la propagation de ces usages comme des standards réglementaires qui s'imposent à l'international. « Si une réglementation n'est pas 'future-proof', elle peut être exportée et d'autres pays vont copier ces erreurs », considère-t-il, « c'est pour cela qu'il faut minimaliser ces réglementations, pour les préparer aux évolutions futures ».

L'Europe contribue donc à diffuser ces modèles réglementaires dans des pays où les gouvernements peinent parfois à considérer le tourisme comme une politique économique globale, le réduisant à une variable d'ajustement fiscale. « La politique du tourisme est une politique économique, et c'est ce que beaucoup de nos dirigeants ne réalisent pas encore », rappelle Patricia de Lille, la Ministre sud-africaine du Tourisme. « Les ministères des Finances ne voient pas le tourisme comme un secteur qui crée de la cohésion ou valorise l'image du pays, mais trop souvent comme une vache à lait fiscale.»

Des intérêts convergents

Les récents développements de l'Intelligence Artificielle ne sont pourtant pas que des promesses de profits pour les grands acteurs du voyage, mais proposent aussi des pistes pour aligner les flux touristiques avec la réalité des capacités d'un territoire. « Nous avons admis publiquement que nous n'avions plus besoin de touristes en haute saison », explique Tonči Glavina, Ministre croate du Tourisme. « Nous avons mis en place des études de capacité d'accueil obligatoires par la loi pour fixer des limites claires en matière d'énergie, de déchets et de trafic. » Dans le même temps, les professionnels, comme Expedia, déploient des solutions alternatives : « Avec la technologie, nos campagnes et l'offre de location courte durée dans les zones peu dotées en hôtels, nous pouvons orienter ces flux vers des destinations moins fréquentées », rappelle Jean-Philippe Monod de Froideville.

Pour préserver son dynamisme, l'Europe doit faire évoluer la posture des pouvoirs publics vers un rôle de facilitateur. La crise sanitaire a d'ailleurs provoqué une prise de conscience au niveau de l'Union européenne sur la nécessité d'accorder une place centrale aux politiques touristiques, rappelle le Ministre croate du Tourisme, notamment en raison d'une trop grande fragmentation du secteur. Il est donc impératif selon Tonči Glavina d'accorder une place à la politique touristique européenne à l'échelle de l'Union. L'urgence n'est pas de déréglementer coûte que coûte, mais d'opérer une bascule culturelle : passer d'une logique de contrôle bureaucratisé à une posture de facilitation. L'avenir du tourisme européen se jouera sur un principe d'action équilibré que résume l'investisseur Carlo Bonomi : « Le secteur public devrait promettre moins et faire plus. Le secteur privé devrait faire ce qu'il promet » et déployer l'innovation au service des territoires et des communautés locales.

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