Pour être utile, l'intelligence artificielle doit se confronter au réel. Pour ce panel au deuxième jour de l'édition 2026 du Forum A World For Travel, Ada Xu, chargée de Global Government & International Affairs pour Fliggy/Alibaba, avait réuni quelques professionnels pour lesquels la réalité du voyage doit être conforme aux attentes. Les intervenants ont notamment évoqué le fait que l'IA générative devait permettre de construire des produits touristiques complexes et personnalisés, mais que leur concrétisation et la logistique qu'ils impliquent sont tout aussi cruciaux. Générer un itinéraire fluide en quelques secondes est une chose, s'assurer qu'il soit réalisable en est une autre.
L'enjeu majeur pour l'industrie n'est plus la génération de contenu, mais le raccordement de l'IA aux données de mobilité en temps réel pour éviter les hallucinations logistiques
Le premier aspect de « l'illusion générative » est son apparente omniscience. « Il y a un décalage entre le magnifique itinéraire que l'IA va vous donner et ce qui est réellement possible. » souligne Myriam Younes, Managing Director for Partnerships and Advertising pour ROME2RIO & OMIO. « L'IA vous donnera toujours une réponse. Elle ne vous dira pas nécessairement "je ne sais pas". »
Raccorder l'IA aux inventaires réels
Les acteurs du voyage identifient donc une brique manquante : la capacité à fournir le « Reality Check » technique nécessaire. Pour l'heure, cette vérification fait perdurer une fragmentation, puisque l'utilisateur conçoit son itinéraire sur un assistant IA du type ChatGPT mais est contraint de s'assurer de la faisabilité et la compatibilité de ces choix sur des services tiers en validant les horaires et les disponibilité réelles des transports. Les participants dans de nombreuses régions (Asie, Amérique Latine), les réseaux de bus et de ferries restent très morcelés et peu numérisés, rendant l'injection de données temps réel complexe mais indispensable. « Le ferry que vous envisagez circule-t-il réellement en novembre ? Y a-t-il un train que vous devriez réserver à votre arrivée ? Le bus circule-t-il à la fréquence dont vous avez besoin pendant la basse saison ? », poursuit Myriam Younès. « Il existe encore un décalage entre l’itinéraire idéal et les conditions réelles d’accès, de mobilité et de connectivité dont vous avez besoin pour mener à bien votre voyage.»
L'IA n'est pas une stratégie en soi
Selon Ada Xu, raccorder l'IA aux inventaires réels est précisément le modèle développé par Alibaba qui a intégré l'assistant IA de la plateforme Fliggy aux bases de données hôtelières et de transport en temps réel. Lorsque l'utilisateur décrit son séjour idéal (par exemple trois jours à Paris en famille avec vue sur la Tour Eiffel), l'assistant ne se contente pas de suggestions théoriques : il vérifie les tarifs en direct, valide les disponibilités aux dates exactes et génère des liens de réservation immédiats.
« Pour nous, il s'agit de veiller à fournir des informations pertinentes de la manière dont les clients souhaitent y accéder. », souligne Alastair Crossley, Global Head of Travel Solutions chez AXA Partners. « Tout repose sur le parcours client et sur la façon dont nous utilisons l'IA pour améliorer nos interactions avec eux à chaque étape. »
Les participants à ce panel en arrivent à la conclusion que l'IA n'est pas une finalité, mais un facilitateur. « Je dirais que l'IA n'est pas une stratégie en soi pour nous », conclut Alastair Crossley. « C'est un levier qui nous permet d'améliorer le cycle continu d'avantages apportés au client. » Les acteurs qui vont s'imposer demain ne seront pas ceux qui proposent les chatbots les plus bavards, mais bien ceux qui sauront allier la convivialité de l'interface conversationnelle à la rigueur des inventaires et des données B2B de transport en temps réel.