Les premières Rencontres nationales Tourisme et Spatial ont été l’occasion pour les professionnels des deux secteurs de réfléchir au potentiel de la donnée spatiale dans le Tourisme. Une table ronde animée par Ludovic Dublanchet, cofondateur de Etourisme.info, qui révèle l’importance de la mutualisation d’expertises pour créer les applications touristiques de demain. Un panel composé de Jean-Bernard TITZ, Telecom Valley, Jean-Luc Boulin, Directeur de la MONA, Jean-Luc CHAZARAIN, Directeur des Ventes spécialisées chez Orange Flux Vision, William RICARD, Manager chez PwC Space Practice, Thomas FERRERO, CEO de Meoss et Frédéric Adragna, Directeur des applications et services aval au CNES.
Voilà quelques années que plusieurs secteurs d’activités s’intéressent au spatial. « Nous l’utilisons pour optimiser notre activité de conseil auprès de la quasi-totalité des secteurs d’activités, sauf le Tourisme jusqu’à présent », a expliqué William Ricard, Manager chez PwC Space, la branche spatiale du cabinet de conseils. La société propose des études sur-mesure à ses clients et n’utilise pas de modèle préétabli. « À partir des besoins utilisateurs nous allons chercher de l’imagerie satellite open-source au travers des programmes Copernicus ou Sentinel par exemple », a-t-il ajouté. Ces données spatiales sont ensuite croisées avec des données non-spatiales géoréférencées de type Open Street Maps ou Google Maps.
Une pratique qui a permis la création d’un outil de conseil pour optimiser la pose d’engrais et nutriments dans le domaine agricole. Dans le commerce de détail, l’exploitation de l’image satellite en complément d’autres données permet également de mieux segmenter l’offre pour identifier le lieu idéal pour l’ouverture d’une nouvelle enseigne. « Désormais, nous commençons à travailler avec le programme Copernicus pour élaborer un nouveau service d’imagerie afin d’optimiser la gestion du patrimoine culturel et naturel », a-t-il ajouté.
Optimiser la gestion de flux
Les destinations ont-elles conscience de l’intérêt du spatial pour optimiser la gestion de leur territoire ? Pour Jean-Luc Boulin, Directeur de la MONA, « à la manière des touristes, ces acteurs associent naturellement les progrès techniques aux services numériques qui voient le jour ». Or, ces derniers sont (souvent) le fruit du croisement de données satellitaires et digitales. Jean-Luc Boulin a cependant souligné comment ces acteurs qui produisent et gèrent la donnée touristique de leur territoire se sont adaptés aux usages du numérique malgré un « manque de modèle économique ».
Pour autant, les destinations utilisent déjà des outils issus du domaine spatial. « Orange Flux Vision utilise la géolocalisation des mobiles pour créer un indicateur de fréquentation mis à jour toutes les 30 minutes sur une zone ciblée. L’outil permet d’identifier l’origine du visiteur et son temps de présence sur un site », a expliqué Jean-Luc Chazarain, Directeur des Ventes spécialisées pour Orange Flux Vision. Chaque minute, 60 millions de géolocalisations sont enregistrées sur le réseau Orange qui réunit 26 millions d’usagers. Les statisticiens de Flux Vision réalisent ensuite une extrapolation pour proposer un indicateur plus représentatif.
Le temps réel, une nécessité ?
La solution Flux Vision a déjà séduit de nombreuses destinations dont Charentes Tourisme. Est-elle en mesure de suivre les flux en temps réel pour développer de nouveaux services ? « Oui cela a été testé à Lyon notamment, mais la vraie question est de savoir si la destination a la capacité de réagir en temps réel », a relevé Jean-Luc Chazarain. « Cela représente un coût important qu’un acteur comme Orange peut supporter. Mais accéder à une donnée toutes les demi-heures est peut-être suffisant pour une PME », a réagi Jean-Bernard Titz de Telecom Valley.
Dès le deuxième semestre 2019, Flux Vision intégrera la donnée GPS des applications Orange pour améliorer la précision des flux à 20 mètres. De quoi identifier les modes de transports et temps de parcours des touristes. Orange s’est également rapproché de Thales pour mesurer la fréquentation de véhicules dans des zones maritimes ou des parcs naturels et travaille sur l’élaboration de modèles prédictifs comportementaux. « Demain, ce type d’outil va révolutionner l’observation de l’activité touristique effectuée jusque-là d’une saison sur l’autre via des baromètres », a commenté Jean-Luc Boulin, appelant les institutionnels à prendre conscience de cette transition pour mieux la piloter.
Valoriser la donnée
Les programmes Copernicus et Sentinel sont des Services d’information et d’accès aux données ou DIAS en anglais. « Ces places de marchés permettent de créer de services et de la richesse à partir de la data. Il s’agit d’une opportunité pour les institutionnels de valoriser leurs données », a expliqué Frédéric Adragna, Responsable Applications et services en aval au CNES. « Les ressources des collectivités diminuent tandis que leurs territoires s’agrandissent. L’usage de l’imagerie satellite prend tout son sens pour optimiser l’aménagement du territoire ou la protection de l’environnement », a complété Thomas Ferrero, CEO de Meoss.
À partir des images Copernicus, la startup est en mesure d’identifier l’enneigement des sentiers en randonnée ou encore les champs de tournesols en fleurs. Des informations rafraichies tous les 5 jours et mises à disposition des destinations pour mieux informer les touristes souhaitant enrichir leur profil Instagram par exemple. « Le prochain étage de la fusée sera de créer une plateforme touristique qui compile d’autres jeux de données pour faire des recommandations d’activités personnalisées », a complété Thomas Ferrero. Le spatial offre d’autres cas d’usages touristiques. Pour suivre par exemple des bancs de méduses et informer les touristes sur le littoral ou encore proposer des « itinéraires verts » grâce à une analyse de la qualité de l’air.
Un enjeu de souveraineté
Les destinations ont-elles besoin de nouvelles compétences pour mettre en œuvre ces applications et d’autres ? Certains prônent la mutualisation des compétences. « Il est nécessaire de créer des postes de data-scientists ou d’analystes à l’échelle régionale ou départementale plutôt que dans chaque office », a préconisé Jean-Luc Boulin. Jean-Luc Charazain d’Orange Flux Vision croit davantage à l’importance du métier d’analyste dans le Tourisme pour anticiper et gérer les flux touristiques. « Demain les GAFA automatiseront la data-science grâce à l’intelligence artificielle dans leurs services Cloud », a-t-il anticipé.
Les DIAS peuvent-ils rivaliser avec les géants américains Amazon Web Services ou Google Cloud ? Derrière la valorisation de la donnée et le spatial se cache aussi un enjeu de souveraineté européenne. Avec le projet OneWeb, Airbus concurrence SpaceX notamment pour proposer une connexion haut débit par satellite à l’échelle mondiale. « Qwant a également comme projet de créer un service équivalent à Google Earth », a indiqué Frédéric Adragna du CNES. Autant d’initiatives qui voient le jour grâce aux DIAS, symbole de la levée de boucliers de l’Europe en matière de souveraineté de la donnée. « Bien que les DIAS aient vocation à aller dans ce sens-là, aujourd’hui passer par le cloud d’Amazon permet de réduire jusqu’à 30 fois les coûts d’exploitation de données », a rapporté William Ricard, Manager chez PwC Space Practice.
Photo d’ouverture : TOM
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