Valeo : « Comme le mobile, le véhicule autonome va transformer nos quotidiens »

Tandis que les expérimentations de véhicules volants font couler beaucoup d’encre, une autre révolution se prépare sur le marché de la mobilité : celle des…

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Hugo Pellegrin

4 novembre 20195 min de lecture

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© Archives Travolution

Tandis que les expérimentations de véhicules volants font couler beaucoup d’encre, une autre révolution se prépare sur le marché de la mobilité : celle des véhicules autonomes. TOM s’est entretenu avec Guillaume Devauchelle, Académicien et Directeur de l’innovation chez Valeo, pour en savoir plus sur le positionnement de l’équipementier et connaitre l’impact de ce marché sur notre façon de voyager.

Comment Valeo se positionne-t-elle sur le marché du véhicule autonome ?

guillaume_devauchelle_valeo Guillaume Devauchelle, Académicien et Directeur de l'Innovation Valeo. Crédits : Valeo

Guillaume Devauchelle : En tant qu’équipementier, Valeo couvre tous les aspects du véhicule autonome allant des équipements de navigation — capteurs, caméras, lidar, etc. — aux systèmes de connectivité comme les antennes ou relais 5G ainsi qu’aux interfaces homme-machine installées dans le véhicule. Cela comprend les systèmes qui favorisent la compréhension du conducteur ou des passagers, grâce à l’utilisation de caméras thermiques ou encore de capteurs biométriques, et permettent de réinventer la mobilité. Nous développons également les calculateurs de traitement et de fusion de données qui permettent la prise de décision autonome du véhicule. Nos équipements intègrent ensuite les véhicules de partenaires constructeurs qui diffèrent dans ce segment des acteurs historiques de l’automobile.

Valeo fournit par exemple ses équipements à Baidu, le moteur de recherches leader en Chine ou à Meituan. Ce dernier souhaite livrer 28 000 repas au quotidien en utilisant des droïdes (des véhicules de livraison autonomes, ndlr). Valeo n’a pas l’intention de produire des véhicules en intégralité, mais c’est un marché qui nous intéresse. Aujourd’hui, les parts de marché de Valeo sont comprises entre 20 % et 25 %. La Chine constitue aujourd’hui 30 % du marché de l’automobile mondial qu’il soit autonome ou non, et demain ce sera 50 %. C’est un marché très technologue qui, comme la France, a une forte appétence pour l’IA et sur lequel nous misons beaucoup.

Atteindre l’autonomie totale du véhicule est-il le plus grand défi du secteur ?

Techniquement, ce n’est pas le plus difficile. Aujourd’hui, dans le centre-ville de Berkeley des véhicules autonomes livrent des colis commandés quelques minutes avant à l’aide d’une application. Personne ne s’étonne de cela, c’est intégré dans le quotidien des habitants. En Chine, il est commun de prendre un bus ou une navette autonome. L’autonomie de niveau 5, qui consiste à ne pas avoir de poste de conduite, dépend donc du domaine d’opération. Bien qu’ils soient prêts, ces systèmes n’intégreront pas la voiture de Monsieur tout le monde de sitôt.

Une problématique de réglementation ?

La difficulté consiste à établir une réglementation commune. En Europe, l’Espagne est le seul Etat qui autorise partiellement la circulation des véhicules de niveau 3 pendant qu’en Chine, le gouvernement autorise plusieurs villes, dont Zuhang, à faire circuler des véhicules autonomes de niveau 5. La convention de Vienne pose les principes de base à l’échelle de l’ONU, mais chaque Etat en fait sa propre interprétation par la suite. Ainsi, aux Pays-Bas il est possible d’homologuer son système de navigation autonome.

Dans la version française, le conducteur peut activer le système autonome mais doit obligatoirement rester au poste de conduite pour reprendre le pilotage dans certains scénarios. Il y a donc des disparités mais globalement les Etats veulent accompagner le déploiement de cette innovation qui va profondément transformer le paysage de la mobilité. Certains blocages découlent également du fait des différents règlements comme le code de la route qui interdit le franchissement d’une ligne blanche. Dans les faits, le véhicule autonome n’aura pas besoin de se tenir à cette restriction. Il ne faut pas regarder le futur avec les lunettes du passé. Lors de l’arrivée de l’automobile, les véhicules étaient contraints de rouler à 15 km/h pour s’adapter à la vitesse des chevaux, cela n’a pas duré longtemps.

Pouvez-vous prédire la commercialisation de ces solutions et imaginer son impact sur notre façon de voyager ?

L’impact sera aussi important que celui du téléphone mobile sur nos quotidiens. Au début des années 2000, l’innovation résidait dans le fait qu’il soit sans fil, depuis une panoplie d’innovations ont vu le jour et font que vous utilisez votre smartphone même pour réserver un billet d’avion. Le marché automobile va suivre le même schéma. Les systèmes de surveillance de l’état du conducteur, l’assistance au créneau, les régulateurs de vitesse intelligents équipent de plus en plus de véhicules et constituent déjà les prémices de la mobilité autonome.

Difficile de prédire le développement du marché mais l’impact principal réside dans la transformation du temps de trajet en un temps à valeur ajoutée pour les passagers. Cela ouvre la voie à des milliers de nouveaux cas d’usages, et ce, avant même de faire rouler des véhicules entièrement autonomes. Par exemple lorsque le système détecte un important embouteillage immobilisant le véhicule pendant 30 minutes, il pourra proposer des exercices de rééducation des yeux ou des cours de chinois au conducteur pour l’occuper. Et contrairement à l’intérieur du salon, où l’utilisateur est moins enclin à accepter l’installation d’une caméra ou d’un capteur, la proposition de ces services est plus adaptée à l’habitacle de la voiture.

Photo d’ouverture : Valeo (Photo non contractuelle)

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