
En dépit d’une réglementation globale, Uber prévoit d’effectuer les premiers vols commerciaux de ses navettes volantes grâce à des dérogations en 2023. TOM.travel s’est rendu dans les locaux du centre de recherche parisien d’Uber (ATCP), incarnation du projet Uber Elevate en Europe, afin d’en savoir plus sur les ambitions de la société et les enjeux auxquels elle fait face.
Uber poursuit son développement pour devenir une plateforme de mobilité multimodale. Après les VTC, les vélos, les trottinettes ou encore les scooters électriques, la firme de San Francisco place ses ambitions autour de la mobilité aérienne et plus particulièrement les voitures volantes. « Uber Elevate, c’est la partie d’Uber qui s’intéresse à la 3ème dimension de la mobilité avec pour objectif de décongestionner les villes en utilisant les voies aériennes », résume François Sillion, Directeur du Centre d’innovations de Paris (ATCP) chez Uber.
Une offre de transports en cours de développement pour faciliter les déplacements de quelques dizaines de kilomètres, pour relier par exemple San Francisco à San José ou encore Orly à La Défense. « L’avantage de la mobilité aérienne réside dans le gain de temps considérable qu’elle offre au voyageur », ajoute-t-il. « Un trajet de 1 h 40 réalisé en train ou UberX devient réalisable en une quinzaine de minutes grâce aux appareils qui volent à une vitesse de l’ordre de 200 km/h ». De plus, ces engins ne sont pas contraints par la congestion du trafic routier bien connu des métropoles.
Uber : du vélo à la navette volante
Les avantages de la mobilité aérienne en milieu urbain ont poussé Uber à commencer le projet Elevate en 2017 et à en détailler le cahier des charges au travers d’un livre blanc. Pour faire de son ambition une réalité, la société californienne doit d’abord développer la plateforme technologique — similaire à son application de mobilité actuelle — pour intégrer cette nouvelle forme de transport mais aussi développer les algorithmes de conduite autonome des véhicules, bien que les premiers engins à survoler les villes seront bel et bien pilotés par des humains. Une mission assurée par Uber tandis que la construction des eVTOL (avion à décollage et atterrissage vertical électrique) et des aérogares ou « Skyports » est confiée à des prestataires.
Un espace de travail ouvert au sein du centre de recherches parisien d'Uber (ATCP). Crédits : TOM.travel
À partir de la plateforme, un utilisateur pourra ainsi renseigner sa destination finale comme il le fait aujourd’hui via l’application Uber et voir une offre de navette volante s’ajouter aux actuels VTC, trottinettes, vélos et scooters comme mode de transport. Il pourra alors commencer son trajet en trottinette jusqu’à l’aérogare, continuer en navette volante puis terminer sa course à bord d’un Uber Pool par exemple. « Si deux utilisateurs se rendent à une adresse proche, le système sera en mesure de calculer les temps de trajets et les aléas pour les regrouper dans la même navette pour qu’ils puissent ensuite embarquer dans le même Uber Pool », a imaginé François Sillion. D’autres opérateurs de transports aériens urbains pourront intégrer les plateformes physique et numérique d’Uber Elevate.
MaaS : quand la mobilité décolle
Alors que huit constructeurs — Bell, Boeing, Embraer, Hyundai, Karem, Pipistrel, Toyota et Jaunt Air Mobility — ont déjà répondu à l’appel à projet d’Uber, la société californienne n’écarte pas la possibilité de développer plusieurs modèles de ses véhicules volants. « L’ambition étant de développer une offre de mobilité urbaine aérienne à l’échelle mondiale, avoir plusieurs modèles de véhicules se révèle un atout pour s’adapter aux particularités des différentes villes », précise François Sillion.
Tous répondent aux spécifications techniques émises par Uber et sont ainsi entièrement électriques — pour des raisons écologiques, de pollution sonore mais aussi de sécurité — et pourront accueillir jusqu’à 4 passagers. Des critères précis, mais indispensables pour rendre le concept compatible avec l’offre que veut développer la société américaine : devenir une plateforme multimodale de mobilité (MaaS) dans toutes ses dimensions. Ainsi, différents modèles de navettes volantes pourront exploiter à la fois la plateforme physique — les aérogares — et la plateforme technologique, une application mobile par exemple, d’Uber Elevate.
Une maquette de l'une des navettes aériennes imaginée par Hyundai pour le compte d'Uber Elevate. Crédits : TOM.travel
A l’occasion du CES 2020, Bell avait présenté un prototype de son véhicule volant dont l’imposante taille questionnait notamment sur l’avantage présenté par rapport à un hélicoptère. François Sillon s’est contenté de rappeler qu’il s’agissait d’un moyen de transport plus écologique, moins bruyant et moins cher à opérer du fait de sa propulsion électrique qui implique moins de maintenance que les moteurs thermiques. La question de l’infrastructure demeure essentielle pour bâtir cette nouvelle offre de mobilité urbaine. « Nous analysons les flux des trajets urbains pour identifier le nombre et l’emplacement idéal de skyports dans telle ou telle ville », indique François Sillion. À Los Angeles, Dallas ou encore Melbourne, ces infrastructures devraient rapidement voir le jour alors qu’Uber espère y mener ses premières opérations en 2023.
Vers un algorithme de gestion du contrôle aérien
Mais avant cela, des vols d’essai devront être menés par les constructeurs partenaires en vue d’une certification. Sans quoi, pas question de faire décoller de tels engins avec des passagers. En parallèle, le projet Uber Elevate implique de réinventer le contrôle aérien encore très manuel et centralisé dans l’aviation commerciale. « Le modèle actuel ne s’applique pas à l’échelle urbaine. Bien que les résultats de nos recherches ne soient pas définitifs, il est fort probable que la gestion du trafic aérien urbain soit automatisée ».
La question des connexions terrestres aériennes est également au cœur des réflexions menées par la firme américaine qui peut d’ores et déjà s’appuyer sur les données de son service UberCopter notamment. « Depuis l’été 2019, nos utilisateurs peuvent réserver via l’application une liaison Manhattan — JFK Airport en hélicoptère. Une course qui nous permet de récolter des données précieuses sur les paramètres des vols notamment », explique-t-il. Des éléments qui permettront de constituer une première base de l’infrastructure logicielle de gestion du trafic aérien urbain.
Premiers vols commerciaux en 2023
Après San Francisco et Toronto, l’ouverture du centre de recherches d’Uber à Paris (ATCP) illustre l’ambition de la société de faire émerger le marché de la mobilité aérienne au cours des prochaines années et permet d’incarner le projet Elevate en Europe. « Au-delà de réfléchir à l’évolution de nos produits, la R&D constitue un aimant à talents dont la France en est un excellent vivier. Mais faire de la recherche implique également pour nous de travailler de façon plus ouverte avec le monde académique mais aussi d’autres entreprises en publiant certains de nos résultats et de nos logiciels en open-source. C’est indispensable pour être le catalyseur du marché de la mobilité aérienne », conclut François Sillion, persuadé que les premiers vols commerciaux auront bien lieu à l’horizon 2023.
Lors de la visite du centre de recherches, les journalistes ont pu effectuer un trajet à bord d'une navette Uber Elevate grâce à une simulation en réalité virtuelle. Crédits : TOM.travel
« Ces derniers seront assurés sur une première génération de véhicule piloté par des humains et feront l’objet de dérogation de la part des régulateurs du contrôle aérien, une étape indispensable avant d’assurer un passage à l’échelle », estime-t-il. L’ouverture du centre de recherche parisien est ainsi une opportunité pour Uber de se rapprocher des agences et régulateurs pour mieux comprendre la scène européenne.
Photo d’ouverture : TOM.travel
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