À l’issue des premières Rencontres nationales Tourisme & Spatial, TOM s’est entretenu avec Gilles Rabin, Directeur de l’Innovation, des Applications et de la science au CNES. L’occasion d’en savoir plus sur le rapprochement de l’agence avec le Tourisme, et plus largement sur la stratégie d’ouverture opérée par le secteur spatial.
Que retenez-vous de cette première édition des Rencontres nationales Tourisme & Spatial ?
Gilles Rabin, Directeur de l'Innovation, des Applications et des Sciences © CNES
Gilles Rabin : cette première édition nous conforte dans la stratégie imaginée par le CNES qui semble pertinente. En tant qu’agence spatiale gouvernementale, notre objectif est de collaborer avec les professionnels d’un marché pour comprendre comment la donnée spatiale peut aider leur secteur. Pour y parvenir, il est nécessaire d’être confronté à ces professionnels qui viennent nous demander « est-ce que cela peut m’aider dans mon activité ? » À l’inverse, nous découvrons énormément de choses auxquelles nous n’avions pas pensé et qui démontrent comment la technologie spatiale peut donner naissance à de nouveaux services. Il n’y a pas de professeurs et d’élèves, mais une volonté commune de développement.
Pourquoi s’être rapproché du Tourisme ?
Nous nous concentrons sur la Mobilité, l’Environnement et la Santé. Ce sont trois secteurs convergents qui se retrouvent parfaitement dans le Tourisme. Les services de transports et de mobilité sont indispensables dans le secteur. De plus en plus d’acteurs touristiques se confrontent à la problématique de protection de l’environnement. Sur ce volet nous cherchons avec la région Nouvelle Aquitaine des moyens de sensibilisation des touristes sur le recul des littoraux par exemple.
Enfin, les savoir-faire spatiaux liés à la santé peuvent apporter au secteur dans lequel la tendance liée aux séjours mettant en avant le bien-être se développe. Cette collaboration avec les acteurs de la première industrie française bénéficie au Tourisme et au Spatial.
Au-delà de l’image satellitaire, quelles ressources spatiales peuvent être mises à disposition des acteurs du Tourisme ?
La donnée satellitaire est l’un des champs du spatial pouvant être exploité par le Tourisme. Mais les contributions peuvent être nombreuses. En matière de positionnement, le système Galileo offre une précision à 10 centimètres près. Il offre ainsi des opportunités dans le domaine de la randonnée en termes de navigation mais aussi de communication avec des secouristes par exemple. Le système nous permet également de mesurer avec précision la hauteur des bâtiments et ainsi surveiller les mouvements du sol. Un outil de surveillance important pour des hôteliers par exemple et plus largement pour la gestion d’une ville.
Autant d’exemples qui montrent comment le savoir-faire spatial peut-être mit à disposition d’autres secteurs. Rappelons que le micro-onde ou encore l’ordinateur portable ont vu le jour dans le cadre du programme Apollo. Aujourd’hui, nous n’avons pas forcément idée des débouchées sur lesquelles peuvent aboutir nos ressources. C’est pourquoi il est important de s’ouvrir aux acteurs du Tourisme qui connaissent leur marché et leurs besoins.
Dans cette optique, envisagez-vous de nouer des partenariats avec les incubateurs du réseau France Tourisme Lab ?
Je ne suis pas un fanatique de la signature de partenariats. Nous sommes déjà partenaires de la French Tech, ce qui permet à Connect by CNES d’être présent à Station F. Encore une fois, l’objectif est de pouvoir développer des savoir-faire qui profitent à l’ensemble d’un secteur. Pour autant, je n’ai pas de religion en matière de partenariats.
La présence à Station F nous permet de nous immerger dans l’écosystème de startups et ainsi de faire évoluer la façon dont nous travaillons dans le spatial. L’idée est réellement de travailler d’égal à égal avec l’ensemble de ces acteurs. Nous pouvons apporter une compétence sur les process et les technologies spatiales mais avons également beaucoup à apprendre d’eux. Et ce, qu’il s’agisse de nouvelles méthodes de travail ou de fonctionnalités capitalistiques afin d’aider d’autres secteurs.
Cette volonté d’ouverture est-elle une forme d’adaptation pour le CNES à la privatisation du spatial qui s’opère à l’international ?
Je précise qu'il n’y a aucun objectif lucratif dans notre démarche. Nous souhaitons mettre le spatial au service d’autres secteurs. Quant à la privatisation, 85 % du budget spatial provient d’institutionnels. Lorsque Space X effectue un lancement, il est financé par des institutionnels neuf fois sur dix. Aux États-Unis, les startups représentent 3 % du secteur spatial. Nous ne voulons pas faire de la communication en surfant sur cette tendance.
Notre volonté est de mettre les technologies et l’héritage extraordinaire de données dont nous disposons au service des secteurs de l’économie française. La collaboration avec des industriels nous permet d’optimiser le traitement des données pour les rendre plus consommables par les secteurs qui en ont besoin. In fine, l’objectif est de créer des emplois grâce aux nouveaux services qui verront le jour.
D’après vous, quand est-ce que l’espace deviendra une destination touristique accessible au grand public ?
Actuellement la plupart des projets sont effectivement réservés à une clientèle fortunée. Je pense qu’il faudra attendre encore 20 à 30 ans avant que cette offre soit plus accessible. Le CNES travaille notamment sur le ballon atmosphérique pour proposer une alternative plus économique. Mais l’offre en ballon s’apparente plutôt à un voyage d’une vie qui coûtera entre 20 et 30 mille euros. Nous sommes donc encore loin d’un produit touristique de masse. Mais la situation peut évoluer, aujourd’hui tout peut aller très vite.
Photo d’ouverture : Sylvie Curty