#MeleeNum : « Le modèle économique du Tourisme en France est complètement obsolète »

En conclusion de la journée tourisme du festival Mêlée Numérique, une table ronde d’experts touristiques a souligné la nécessité de repenser la filière durant…

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Hugo Pellegrin

2 octobre 20206 min de lecture

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Jean-Pierre Mas (EdV), Marc Trubert (M Capital), Jean-François Portarrieu (Député Haute Garonne) et Laurent Queige (Welcome City Lab) appellent à la création d'un observatoire national du Tourisme.© TOM.travel

En conclusion de la journée tourisme du festival Mêlée Numérique, une table ronde d’experts touristiques a souligné la nécessité de repenser la filière durant la crise sanitaire. Le panel s’est accordé sur l’urgence de créer un observatoire national du tourisme, pierre angulaire de l’accélération de la digitalisation du secteur et de la personnalisation de l’offre.

La crise sanitaire impacte la façon de voyager, avec en toile de fond l’idée d’un tourisme plus responsable résumée par l’idée de « voyager moins, mais mieux ». Une idée peu convaincante pour le président des Entreprises du Voyage. « Il s’agit d’une perception d’intellectuelle. Est-elle le reflet de la demande ? J’en doute. Ma seule certitude est que la crise accélère la digitalisation de l’offre touristique car les agences physiques ne répondent plus à la demande du consommateur », a souligné Jean-Pierre Mas. Une évolution qui nécessite d’importants investissements, une question actuellement en discussion avec BPI France. Le président des EdV reconnaît tout de même que les « voyages kleenex », ces city-trips rendus possible par la baisse des prix de l’aérien devraient être « moins jetables » à l’avenir.

Pour Marc Trubert, à la tête du Fonds Tourisme Occitanie, la digitalisation du secteur a généré son lot d’inconvénients notamment pour les hébergeurs. « Aujourd’hui les OTA constituent le deuxième poste de coût pour les hôteliers. Le numérique constitue ainsi un outil indispensable à la valorisation de l’offre touristique qui a pris tout un secteur en otage. Et si la réponse était régionale ? Actuellement, si je veux visiter Rocamadour, je dois passer par la Californie (où siège la société mère de Google, ndr) », déplore-t-il. Un point sur lequel s’accorde Jean-Pierre Mas qui jette la pierre aux hôteliers : « ils ont confié une mine d’or (leurs chambres, ndr) à un tiers qu’ils ne maitrisent pas. Une réponse régionale est très pertinente ». Durant la pandémie, des OTA comme TripAdvisor ont blacklisté les destinations françaises aux yeux des internautes du monde entier, laissant les acteurs locaux dans l’incapacité de prendre la main sur leur offre.

Un observatoire national de la donnée touristique

Jean-François Portarrieu estime de son côté qu’il faut aller plus loin : « Dans une crise, tout ce qui est urgent n’est jamais suffisant, il faut aller au-delà. Le modèle économique historique du secteur, dans lequel l’offre structure la demande est complètement obsolète. La France est soi-disant la première destination touristique au monde mais ne cesse de décliner dans le classement mondial des destinations en matière de recettes. L’Espagne est passée devant nous en 2019. Il faut remettre en question le modèle économique et le digital a un grand rôle à jouer ». Lorsqu’on n’a pas de cap, impossible de profiter des vents favorables disait Sénèque. Le rapporteur de la commission prospective appelle ainsi à la création d’un observatoire national du Tourisme chargé de collecter et consolider les données.

 « C’est indispensable pour personnaliser l’offre », acquiesce Laurent Queige qui attire également l’attention sur la nécessité d’investir dans la formation digitale des acteurs. « Il faut mettre le paquet durant cette phase de semi-confinement, mais aussi renforcer l’accompagnement des startups françaises pour les aider à devenir des champions internationaux ». Ces jeunes pousses ont fait preuve d’une capacité de rebond étonnante soutenue par leur maitrise de l’innovation. Qemotion a par exemple utilisé sa technologie d’analyse des émotions pour évaluer la réaction des touristes face aux mesures de protection sanitaires mise en place par des hôtels ou des destinations. Wixar a quant à elle mis sa technologie de réalité augmentée au service de la formation sanitaire des acteurs touristiques.

Une industrie attractive…

Deux exemples qui illustrent la capacité de l’écosystème de startups à mettre l’innovation au service d’une profession qui a accueilli avant la crise 400 nouveaux jeunes entrepreneurs. « Un signe de dynamisme de notre industrie », salue Jean-Pierre Mas qui insiste sur la nécessité de mettre le temps libéré par cette crise au service de la formation. « Il y a 20 ans, le Tourisme était dans une telle phase de croissance naturelle que l’industrie n’a pas ressenti la part de marché imputée par l’arrivée des nouveaux entrants (les OTA, ndr). Les crises qui s’en suivent ont permis au secteur de prendre conscience des évolutions en cours : aujourd’hui la quasi-totalité des voyageurs prépare tout ou partie de leur séjour en ligne ». Un point sur lequel s’accorde Laurent Queige qui précise que l’avenir du secteur sera à la complémentarité du savoir-faire digital des nouveaux entrants et de l’expertise de ses acteurs traditionnels.

Mais en péril

« Si la crise est synonyme d’opportunités pour certains, j’ai de grandes inquiétudes pour tout une partie du secteur », contrebalance le député Jean-François Portarrieu qui déplore l’immobilisme des pouvoirs publics justifié par la prétendue attractivité de la destination France. « On ne peut plus se contenter en France de compter sur le Louvre ou le Mont-Saint-Michel pour attirer des flux de touristes étrangers », résume-t-il. Une prétendue attractivité qui aurait poussé la France à être le premier contributeur financier de l’Organisation Mondiale du Tourisme — avec une enveloppe annuelle de 475 000 euros — sans même siéger au comité de direction. Une destination qui semble s’être reposée sur ses lauriers et pour qui le « réveil va être très difficile ».

Un constat malheureusement bien connu du président des EdV : « Depuis toujours, les pouvoirs publics estiment que le tourisme vient tout seul et n’est pas délocalisable. C’est une erreur ». « Notre planète regorge d’innombrables destinations qui ont un intérêt supérieur à ce que l’on considère en France comme nos joyaux touristiques », met en garde de son côté Mr Portarrieu. Ensemble, ils appellent les institutions à accompagner les acteurs de la profession et à capitaliser sur l’attractivité de la France. L’idée étant, plutôt que d’investir dans l’acquisition de nouveaux clients, de mieux répartir les touristes actuellement concentrés dans quelques destinations phares sur l’ensemble du territoire. Un enjeu qui passe par la constitution d’une véritable ingénierie touristique au niveau territorial comme l’illustre la création du premier fonds d’investissement touristique régional en Europe.

Le panel s’est ainsi accordé sur l’urgence de former davantage l’industrie et de placer la donnée et la prospective au cœur des stratégies de valorisation des territoires, à l’heure où la majorité des investissements dans des infrastructures hôtelières sont motivés par des données périmées. « Le tourisme dans le monde double tous les 15 ou 20 ans. La vieille Europe n’est pas à l’abri de ces évolutions, et je reste optimiste quant à la capacité de la France de rester la première destination mondiale », a rassuré Jean-Pierre Mas.

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