La Convention Citoyenne pour le Climat appelle à étendre l’obligation de bilan carbone annuel à toutes les entreprises. Pour simplifier cette tâche aux PME/ETI, Greenly a automatisé le calcul de l'empreinte carbone en traquant les transactions bancaires. TOM.Travel s'est entretenu avec Alexis Normand, CEO et cofondateur de la startup pour en savoir plus sur sa solution.
Comment fonctionne l’application Greenly ?
Alexis Normand, CEO et cofondateur de Greenly. Crédits : Greenly
Alexis Normand : mon expérience chez Withings en objets connectés m’a appris qu’on ne pouvait améliorer que ce que l’on mesurait. Avec Greenly, nous facilitons le suivi et la mesure de l’empreinte écologique des utilisateurs. Pour ce faire, nous utilisons le compte bancaire comme donnée d’exploitation grâce à l’Open Banking, une directive européenne qui pousse les banques à mettre les données bancaires à libre disposition. Nos utilisateurs synchronisent donc leur compte bancaire avec l’application Greenly afin de mesurer l’empreinte carbone associée à chacune de leur transaction. Nous ne collectons jamais les identifiants bancaires, l’application récupère uniquement une copie des transactions et l’analyse selon le modèle que nous avons développé. Celui-ci repose sur une catégorisation aboutie des postes de dépenses comme le transport, le logement ou encore l’alimentaire. La multitude de sous-catégories constitue un progrès de notre modèle par rapport à ceux développés par les banques notamment.
Aperçu de l'application B2C développée par Greenly. Crédits : Greenly
À partir de là, nous appliquons un coefficient de conversion, selon le modèle préconisé par l’ADEME, qui consiste à convertir des euros en équivalent carbone. Une dépense de 50 euros en carburant correspond à X litres d’essence et chaque litre à X grammes de CO2 par exemple. Pour mesurer l’empreinte de votre abonnement Netlifx, Greenly divise l’empreinte carbone globale du fournisseur de service par son chiffre d’affaires. Ensuite, nous multiplions le montant de votre abonnement par ce coefficient. Cela revient en fait à calculer la part de la contribution de l’utilisateur au chiffre d’affaires et donc aux émissions de l’entreprise. Aujourd’hui, Greenly réunit 10 000 utilisateurs sur son application B2C. Nos données montrent qu’en 6 mois, un utilisateur peut en moyenne réduire de 15 % à 20 % son empreinte s’il se concentre sur des postes de dépenses précis comme l’essence ou la viande. Depuis le lancement de Greenly en janvier 2020, l’application a permis d’éviter 3000 tonnes de CO2 en poussant des utilisateurs à choisir par exemple des fournisseurs d’énergie verts.
Comment fonctionne la version corporate de votre outil ?
Notre plateforme réunit un outil de mesure branché sur les comptes bancaires ce qui permet un pilotage en continu, des suggestions de fournisseurs pour diminuer son impact écologique ainsi qu’un outil de compensation carbone. Ce dernier est destiné aux entreprises qui souhaitent acheter des crédits carbone à hauteur de leur émission. Il est clair qu’il faut d’abord essayer de réduire, mais la compensation a aussi une valeur ajoutée. Nous avons constaté un vif intérêt des banques dans le moteur d’analyse des transactions que nous avons développé, ce qui nous a poussés à le décliner sous la forme d’une API. HelloBank et BNP Paribas l’ont tout juste intégré à leur application mobile.
Tableau de bord de la plateforme Greenly dédiée aux entreprises. Crédits : Greenly
En parallèle, nous avons constaté une multiplication de PME qui s’inscrivait sur l’application mobile. En règle générale, une société qui souhaite réaliser son bilan carbone fait appel à un consultant et se retrouve au bout de quelques mois et milliers d’euros avec un énorme tableur Excel. L’une des complexités de cette tâche est de connaître avec précision les émissions de son écosystème. Avec notre solution, nous mettons une plateforme à disposition des professionnels afin qu’ils renseignent eux-mêmes leurs informations : les salariés renseignent leurs déplacements professionnels par exemple et les fournisseurs les émissions liées à leur activité. Toutes ces informations contribuent à enrichir le modèle et affiner la mesure des émissions carbone. Pour l’heure, nous nous concentrons sur les ETI/PME, car le périmètre est plus délimité que pour une multinationale qui regroupe des fournisseurs aux quatre coins du monde.
Pourquoi avoir lancé une version de votre solution destinée aux entreprises ?
Aujourd’hui, seules les collectivités locales de plus de 50 000 habitants et les entreprises de plus de 500 salariés sont tenues de mesurer annuellement leurs émissions carbone. Dans la plupart des cas, les grands comptes font appel à des fournisseurs qui sont des PME et ne sont donc pas soumis à cette obligation de bilan carbone. L’analyse est donc parcellaire. Or, la Convention Citoyenne pour le Climat souhaite étendre l’obligation de suivi d’émissions annuel aux entreprises de toute taille. Cela permettrait de créer une dynamique globale. Grâce à l’automatisation, Greenly rend le suivi carbone accessible aux PME. Pour l’heure, nous nous concentrons sur des entreprises dont la structure et le périmètre sont assez simples, comme les entreprises digitales, et qui ont la volonté d’optimiser leur empreinte et ne considèrent pas le bilan carbone comme un poste de coût. Au contraire, ça doit être un facteur de compétitivité.
Que faites-vous des données collectées ?
Les données collectées servent uniquement à entraîner nos modèles d’analyse, mais nous ne les revendons jamais à des sociétés tierces. Lorsqu’une banque implémente notre API, elle intègre uniquement le moteur d’analyse, mais jamais les données de nos utilisateurs qui sont minuscules par rapport à ce qu’elles détiennent déjà. Nous leur apprenons à analyser leurs propres données pour créer du service à leurs propres clients.
Quel est votre modèle économique ?
Au lieu de payer 5000 euros ou 10 000 euros pour un bilan carbone annuel, nous leur proposons d’automatiser cette tâche pour 50 euros par mois et ainsi disposer d’un outil de pilotage sur la durée.
Photo d'ouverture : Johannes Plenio