L'adoption de la biométrie n'est pas un problème technologique

Le sommet du WTTC 2026 estime que dans 3 à 5 ans, le parcours « du trottoir à la porte d'embarquement » sera parfaitement fluide. .

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Ronan Daniel

Ronan Daniel

8 octobre 2026Mis à jour le 08/10/20263 min de lecture

WTTC borders
WTTC borders© Ronan Daniel - 08/10/2026

« Le premier passeport moderne a été inventé en 1915, pendant la Première Guerre mondiale, et nous l'utilisons encore aujourd'hui », s'étonne Jonathan Samuels, journaliste pour Sky News pour ouvrir cette table ronde dans le cadre du sommet 2026 du WTTC à Malte. Pourtant, les technologies biométriques modernes rendent le document papier obsolète depuis plusieurs années. Les freins à l'adoption sont donc à rechercher ailleurs et sont, selon les participants à cette discussion, liées à un manque de coordination, de gouvernance et au maintien de processus hérités. Ce phénomène semble concerner l'aérien plus que d'autres secteurs.

« De nombreux aéroports à travers le monde continuent en effet de s'en tenir à ces processus traditionnels, et nous devons repenser ce que devrait être l'expérience de voyage, à l'instar de ce qu'ont fait Amazon, Uber et eBay dans leurs secteurs respectifs», selon Paul Griffiths, le CEO de Dubai Airport.

De récents cas d'usages ont pourtant montré la capacité de ses technologies à opérer efficacement dans des conditions réelles. L'aéroport de Dubaï illustre qu'il est possible de supprimer l'usage du passeport physique et permettre à un voyageur d'atteindre la porte d'embarquement sans marquer d'arrêt. La procédure de reconnaissance faciale engagée aux Etats-Unis a permis de valider l'entrée de plus d'un milliard de voyageurs depuis 2016 sans qu'ils n'aient d'interaction avec un agent de l'U.S. Customs and Border Protection. Enfin, le secteur des croisière s'est montré très volontaire sur ces questions pour répondre à des problématiques spécifiques, avec des milliers de voyageurs visitant en quelques semaines plusieurs pays.

« Une croisière constitue en effet un excellent cas d’essai pour les autorités, car les informations concernant les passagers sont transmises plus tôt », détaille Nikos Mertzanidis, directeur exécutif de CLIA in Europe. « Ainsi, plusieurs jours à l’avance, ou au moins 24 heures avant le départ, elles reçoivent la liste de l’équipage ainsi que la liste des passagers, avec toutes les informations nécessaires, notamment celles relatives aux passeports. Ainsi, une grande partie des contrôles et des autorisations aux frontières peut être effectuée à l’avance par les autorités chargées du contrôle des frontières, ce qui leur permet ensuite de se concentrer sur les passagers qu’elles doivent éventuellement contrôler ou sur les personnes qui nécessitent un contrôle. »

Silos, héritage et manque gouvernance

Pour expliquer cette difficulté du transport aérien à pleinement investir dans les solutions biométriques, les intervenants à cette table ronde évoquent le cloisonnement en silos qui fait que les meilleures solutions fonctionnent aujourd'hui de façon indépendante et forcent le voyageur à continuellement réenregistrer son identité à chaque étape.

En outre, les participants notent un attachement fort aux processus verticaux hérités difficilement dissociable de l'absence, selon eux, de coordination public-privé : aucune entité intermédiaire n'est aujourd'hui capable de lier et de faire communiquer les systèmes publics et privés.

« Le problème porte sur la gouvernance, la coordination et l'interopérabilité des différents systèmes », affirme Andrea Alori, Partner chez Bain. « Et là encore, la technologie peut nous aider considérablement, mais c'est aussi la volonté des parties prenantes, tant du secteur public que du secteur privé, ainsi que la force et l'engagement de ce dernier qui peuvent permettre ce changement. »

Pour lever ces blocages, les participants en appelle à une simplifier l'architecture technique et rassurer sur la vie privée, à faire preuve de transparence, à l'instar des autorités américaines qui ont garantit que les données des contrôles aux frontières ne seraient pas commercialisés, pour acquérir la confiance des voyageurs, et à adopter un standard unifié. « Depuis des décennies, nous transférons de l’argent d’un continent à l’autre et d’un pays à l’autre grâce au système IBAN », rappelle Paul Griffiths. « Soyons réalistes : si nous confions notre argent aux banques, pourquoi ne confierions-nous pas aux professionnels du voyage la possibilité de partager simplement un jeton pour vérifier l’identité ?»

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