Rencontré en marge du Sommet de l'IA 2026 à Paris, Aurélien Nolf, le CFO de Navan depuis mars 2026 a évoqué la manière dont il voyait le positionnement tech de son entreprise dans l'environnement du voyage d'affaire et est revenu sur les premiers mois compliqué du titre de Navan en Bourse.


Aurélien Nolf, CFO de Navan : En tant que directeur financier, j'ai énormément d'interactions avec des clients, des investisseurs et de grosses institutions financières qui utilisent toutes les solutions de nos concurrents créées il y a 30 ou 40 ans. Le feedback est unanime : l'expérience est horrible. Tout est fragmenté, il n'y a aucune réconciliation comptable et personne n'est là pour aider en cas de problème. Navan a cherché à résoudre ce problème en rendant l'expérience utilisateur fluide grâce à la technologie. Notre parti pris, dès la fondation il y a 10 ans, a été de tout baser sur des connexions directes avec les compagnies aériennes et les chaînes d'hôtel.
Ces deux dernières années, nous avons vu une explosion des capacités grâce aux nouvelles technologies. Je suis chez Navan depuis 5 mois et des agents automatiques basés sur l'IA remplacent déjà des systèmes qui étaient là à mon arrivée. Nous avons vraiment un temps d'avance.
Comment expliquer cette inertie dans le voyage d'affaires par rapport à d'autres secteurs qui avancent plus vite ?
Il y a une énorme fondation technologique datant des années 1980 avec les GDS (Amadeus, Sabre), qui supporte l'industrie avec des technologies obsolètes. Le système est tellement complexe que le faire évoluer prend des années et nécessite des milliards d'euros d'investissements que beaucoup n'ont pas la capacité ou la volonté de faire.
L'intégration à des outils tiers avec Navan Anywhere répond à cette inertie ?
Nous venons de le lancer et nous allons mesurer avec beaucoup de précision les comportements, mais il est clair que le voyageur d'affaire ne veut pas aller sur une plateforme ou utiliser un nouvel outil, il a envie d'efficacité. Il y a des outils comme Slack ou Google Gemini, désormais les gens ont envie de tout trouver au même endroit, que ce soit pratique, que ce soit rapide, que ce soit fluide. C'est ce qu'on veut débloquer, la possibilité de réserver un voyage n'importe où. La première étape, c'est Google. Mais il y aura bien sûr la possibilité de faire sur beaucoup d'autres outils très vite. Slack, par exemple est un écosystème qui connecte énormément d'applications pour faire beaucoup de choses. C'est une demande qu'ont les utilisateurs désormais, où est Navan ? Aujourd'hui, on peut vous notifier vos billets d'avion dans Slack, pas encore réserver. Mais c'est l'avenir.
Je pense que l'intelligence artificielle amènera dans 5 ans, 10 ans, sa plus grosse révolution : l'absence d'interface. Les utilisateurs voudront pouvoir tout faire à tout moment, à tout endroit, sans avoir la barrière d'un mot de passe, sans avoir la barrière de devoir se souvenir quelle plateforme utiliser pour quel usage. Ils voudront tout faire n'importe où.
https://www.tom.travel/2026/05/12/avec-travel-claw-navan-en-quete-dinvisibilite/
Cette intégration ne crée-t-elle pas une dépendances à ces plateformes ? Voire un affaiblissement de la marque Navan ?
C'est en réalité l'inverse. Nous avons créé une infrastructure de voyage (licences mondiales, connexions directes) au cours des 10 dernières années. Même Google a abandonné l'idée de réserver directement sur son site. Cette infrastructure est notre protection. À l'avenir, c'est Google qui sera demandeur pour utiliser la nôtre.
En outre, la marque Navan prend de l'ampleur car nous sommes devenus incontournables. Tout le monde dans l'industrie nous connaît désormais. Nous sommes plus actifs sur le marketing et, à terme, nous proposerons des bénéfices exclusifs (lounges, avantages compagnies) pour les clients Navan.
Aujourd'hui, Navan est une marque identifiée et cotée au Nasdaq et affiche une hausse de 50% du volume de réservation, comment l'explique-t-on ?
C'est principalement dû aux nouveaux clients. Nous avons signé de très gros contrats "Enterprise" (plus de 1000 salariés) avec des sociétés comme Visa, Criteo ou Unilever. En parallèle, nos clients historiques comme Anthropic ou OpenAI voient aussi leur business exploser sur notre plateforme.
Il y a encore un an nous étions une société considérée comme trop petite et certains pensaient que c'était un risque de travailler avec Navan. Aujourd'hui c'est plus du tout le cas. on est capable de de communiquer sur ces grosses sociétés qui travaillent avec nous. On a maintenant des comptes énormes comme Visa, Netflix, Kiabi, Opella ou Unilever qui travaille avec nous dans plus de 50 pays, des dizaines de milliers d'employés utilisent notre solution et avec des scores satisfaction qui sont extrêmement élevés. Et ça, je crois que c'est la surprise. C'est vraiment la surprise qu'on est en train de créer, c'est que les gens avaient l'impression que parce qu'on était une technologie, le service serait moins nous. Et en fait, nous sommes en train de démontrer l'inverse : la technologie apporte un meilleur service.
Pourtant, le chiffre d'affaires n'augmente "que" de 40 %. Pourquoi cette différence ?
Plus la société est grosse, plus elle a des contrats directs avec les fournisseurs. Sur ces réservations, Navan ne reçoit pas de commission mais facture des frais de dossier. Nous sommes très à l'aise avec cela car notre stratégie actuelle est de gagner des parts de marché sur le volume de réservation. Nous sommes en mode vente très appuyé pour pénétrer le marché.
Navan est une société qui bénéficie du volume. Nous avons créé cette plateforme complète avec toutes ses fonctionnalités et cette plateforme coûte autant que vous ayez un client ou 100 clients. Nous avons investi énormément d'argent et aujourd'hui, nous souhaitons que le plus possible d'utilisateurs puissent en bénéficier. Nous allons continuer à innover mais attirer de nouveaux clients, c'est vraiment la priorité.
Désormais le cours de Navan est au-dessus de sa valeur d'introduction(1), mais ça n'a pas toujours été le cas...
À mon arrivée, il y avait une déconnexion complète entre le cours de l'action et la valeur de la société. C'était dû à une conjonction de facteurs : grèves aux États-Unis, shutdown du gouvernement et le début de ce qu'on a appelé la "SaaS apocalypse", tout le monde paniquait. J'ai passé mes cinq premiers mois à faire de l'éducation auprès des investisseurs pour expliquer nos chiffres et notre potentiel. Aujourd'hui, nous sommes revenus à un niveau qui fait plus de sens, même si nous avons encore énormément de potentiel.
Le fait d'être coté change-t-il votre manière d'innover ou d'expérimenter ?
La technologie permet de créer, tester et ajuster un produit extrêmement vite. Par exemple, notre assistant Navan Edge, paramétré par l'IA, a été lancé très rapidement. Malgré la cotation, nous gardons cette ADN de test et d'innovation. Désormais, les utilisateurs vont attendre énormément d'innovation et de nouvelles fonctionnalités. Et donc, il va falloir qu'on soit capable de répondre à très vite. C'est une question existentielle : ne pas bouger, c'est mourir.
(1) Au moment de l'entretien, le 9 juillet 2026, le titre, introduit à 25$, venait de clôturer à 25,63$ au Nasdaq

