[Tribune] Amadeus : "Le voyage entre dans l’ère de l’intelligence orchestrée"

Gaëlle Bristiel est Senior VP Engineering chez Amadeus, qu'elle a rejoint en 2005 en tant qu'ingénieur.

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Ronan Daniel

Ronan Daniel

26 mars 20265 min de lecture

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© Archives Travolution

Gaëlle Bristiel est Senior VP Engineering chez Amadeus, qu'elle a rejoint en 2005 en tant qu'ingénieur. Elle a occupé divers postes de direction dans le domaine de la R&D pour les divisions Airlines, Airports et maintenant Travel Distribution. Ce parcours riche lui a permis d’évoluer dans un environnement international et de développer une expertise transverse des enjeux technologiques.

Gaëlle Bristiel sur LinkedIn

L’intérêt suscité par l’intelligence artificielle (IA) dans le secteur du voyage atteint aujourd’hui un niveau rarement observé. Cet engouement est légitime car l’IA ouvre la voie à une transformation profonde de l’expérience des voyageurs. Imaginer un assistant capable d’inspirer chaque individu en lui proposant des idées d’itinéraires uniques ou des expériences adaptées à ses envies relève désormais du possible. Visualiser ce même assistant capable de sélectionner les options les plus pertinentes, d’accompagner la réservation, le paiement ou l’après-vente constitue une avancée tout aussi enthousiasmante. Mais la promesse la plus déterminante ne réside pas seulement dans la génération d’idées, elle repose sur la capacité d’exécuter, de manière fiable et sécurisée, des actions concrètes (rechercher, réserver, payer, modifier) à grande échelle.

Pour passer de l’expérimentation à l’industrialisation, l’IA, et plus encore l’IA agentique, a besoin d’un socle d’exécution neutre, une couche capable de relier fournisseurs, vendeurs/distributeurs et assistants IA à des données de voyage fiables et dynamiques, et de transformer ces informations en transactions réelles.

Cette orchestration s’appuie sur trois conditions : un système d’enregistrement (offres, commandes, PNR, tarifs, disponibilités), une intégration poussée avec les workflows du secteur, et une capacité d’exploitation à grande échelle, de manière sécurisée.

La fragmentation technologique, frein majeur à l’émergence de l’IA agentique

L’écosystème du voyage reste fragmenté. Les acteurs utilisent des systèmes variés, parfois anciens, reposant sur des standards différents ou sur des versions hétérogènes d’un même standard. La transformation engagée par les compagnies aériennes en matière de retailing en est l’illustration. Le passage à de nouveaux modèles d’offres et de commandes (Offers and Orders), associé à une tarification dynamique plus réactive aux conditions de marché, promet des bénéfices considérables pour les passagers et pour les compagnies aériennes. Pourtant, durant la transition, la complexité augmente au lieu de diminuer.

Cette coexistence de normes traditionnelles et de standards en pleine évolution crée un environnement difficile à exploiter pour une IA chargée d’explorer les possibilités, de rechercher des options pertinentes ou de déclencher des actions telles qu’une réservation ou une modification.

La pression croissante sur les performances

Les questions de performance prennent une importance nouvelle. Le secteur a déjà vécu l’explosion du ratio Look-to-Book à mesure que les interactions se sont numérisées. Les agents autonomes alimentés par l’IA pourraient amplifier ce phénomène en générant un volume colossal de requêtes d’exploration. Sans maîtrise, cette dynamique risque d’exercer une pression importante sur les systèmes et d’accroître les inefficiences.

Pour que les assistants intelligents tiennent leurs promesses, ils doivent disposer d’un accès fluide, fiable et massif à du contenu dynamique provenant de tous les segments du voyage. Cette exigence met en lumière la nécessité d’une couche d’orchestration reliant fournisseurs, distributeurs, plateformes de comparaison et acteurs de l’IA. Une telle architecture offrirait un socle stable, cohérent et efficient, garantissant une utilisation responsable des ressources.

La confiance, fondation indispensable d’un futur piloté par l’IA

La réussite de cette transformation repose également sur la confiance. Toute avancée numérique a imposé de nouveaux besoins en matière de transparence et de neutralité. L’essor du e-commerce avait déjà exigé que les voyageurs aient confiance dans les informations fournies et la sécurité des paiements. Les préoccupations liées à la protection de la vie privée ont encore renforcé cette exigence.

Avec l’IA, les enjeux deviennent plus critiques. Les voyageurs doivent être certains que leurs données, leurs préférences et leurs transactions sont traitées dans un environnement conforme et sécurisé. Les fournisseurs, quelle que soit leur taille, doivent pouvoir être représentés équitablement. Les assistants intelligents ne peuvent offrir une valeur réelle que s’ils accèdent à un ensemble d’options large et diversifié. Cette inclusivité assure un écosystème équilibré où chacun trouve sa place.

L’innovation ne portera ses fruits qu’à travers la collaboration

La construction d’un futur véritablement fondé sur l’IA ne dépend pas uniquement des avancées technologiques. Elle exige une volonté de collaboration entre les entreprises du voyage, les acteurs du numérique et les spécialistes de l’IA. Aucun acteur, même doté d’expertises considérables, ne peut relever seul les défis liés à la fragmentation, à la performance, à la sécurité ou à la gouvernance des données.

La valeur naîtra de la combinaison de savoir-faire complémentaires et de la mise en commun des ressources techniques et opérationnelles. C’est dans cette dynamique collective que se construit aujourd’hui l’écosystème du voyage de demain.

Un besoin grandissant d’orchestration neutre et efficace

L’essor de l’IA générative a déjà transformé la manière de rechercher un voyage mais il n’élimine pas la nécessité d’agréger efficacement un contenu encore très dispersé. Au contraire, la progression rapide des assistants intelligents renforce le besoin d’une organisation rigoureuse, neutre et fiable de l’information.

Le secteur du voyage a besoin d’un orchestrateur capable de relier les acteurs, de fluidifier les échanges et de garantir que chaque interaction repose sur une base équitable. Cette orchestration ne concerne pas seulement les données et les transactions. Elle englobe aussi les relations entre entreprises, les processus opérationnels et la construction d’un cadre de confiance durable.

En somme, l’avenir du voyage sera façonné par une alliance entre innovation, ouverture et responsabilité. La promesse de l’IA ne pourra se réaliser que si l’écosystème s’engage collectivement dans la voie d’une interconnexion plus fluide, d’une transparence accrue et d’une collaboration renforcée.

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