Comment Pokemon Go construit un Modèle du Monde à l'ère de l'IA

Niantic Spatial réutilise les milliards d’images captées par les joueurs de Pokémon Go pour bâtir un positionnement visuel et un “modèle du monde”.

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Ronan Daniel

Ronan Daniel

18 mars 20263 min de lecture

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Niantic Spatial réutilise les milliards d’images captées par les joueurs de Pokémon Go pour bâtir un positionnement visuel et un “modèle du monde”. Ces données ont vu leur utilité se transformer avec l'évolution de l'environnement technologique.

Que feriez-vous de 30 milliards d'images et de scans pris par des joueurs de Pokemon Go au gré de leurs pérégrinations dans le monde entier ? Niantic, éditeur de l'application mobile du célèbre jeu vidéo, capitalise sur un corpus colossal construit depuis 2016. En jouant, des millions d’utilisateurs ont ainsi alimenté, souvent sans même le savoir, une immense base d’images urbaines assorties de métadonnées (orientation, vitesse, conditions). Selon MIT Technology Review, cette matière sert aujourd’hui à entraîner un VPS (Visual Positioning System) et un grand modèle géospatial capables de localiser un appareil à l’échelle du centimètre et d’interpréter l’environnement bâti à partir de simples vues de repères.

Cette conservation des clichés et des données des joueurs devait initialement à faire fonctionner la réalité augmentée et arrimer des objets virtuels de façon crédible et précise dans le monde réel. Niantic avait besoin de savoir à la fois où se trouve l'utilisateur, mais aussi dans quelle direction il regarde et à quoi ressemble l'environnement autour de lui. A l'ère de l'IA, ces informations gagnent encore en valeur et Niantic comprend que cette manne de données peut servir à autre chose que disposer correctement des Pokemon en 3D sur un écran de téléphone.

Faire courir Pikachu et déplacer des robots

Cette brique technique s'st avérée être celle qui permettait de pallier un écueil bien connu des villes denses: l’imprécision du GPS dans les “canyons urbains”, où les signaux dérivent sous l’effet des immeubles et des échangeurs. En combinant caméras et VPS, Niantic Spatial promet une localisation bien plus stable que le GPS seul, dont l’erreur peut grimper à plusieurs dizaines de mètres. Cette granularité devient un prérequis pour automatiser des tâches sensibles au positionnement, de la livraison au guidage d’assistants mobiles.

Le partenariat avec Coco Robotics illustre l’application concrète. L’entreprise exploite environ 1 000 robots arpentant les trottoirs de plusieurs villes américaines et européennes, et revendique plus d’un demi-million de livraisons automatisées. En associant GPS et positionnement visuel entraîné sur les données Niantic, ces robots ajustent mieux leur arrêt devant les restaurants, évitent de gêner les piétons et s’alignent au bon seuil plutôt qu’à quelques mètres de la porte. "Faire courir Pikachu de manière réaliste et déplacer en sécurité le robot de Coco relèvent du même problème", résume John Hanke, CEO de Niantic Spatial, cité dans un article de BFMTV.

Modèle du monde et carte vivante

En développant cette "intelligence géospatiale", Niantic Spatial pose les premières briques d’une “carte vivante” : un modèle du monde hyper‑détaillé, continuellement enrichi par les capteurs des robots et d’autres sources. L’ambition consiste à passer à une représentation qui donne la localisation, mais aussi ce qu'il s'y passe et comment cela évolue. Cette couche de compréhension spatiale pourrait alimenter des IA de perception, de planification et de simulation pour la logistique, la mobilité, l’urbanisme ou, demain, des expériences de voyage et de visite urbaine contextualisées.

Certes, les chasseurs de Pokemon peuvent se sentir floués en découvrant que les kilomètres qu'ils ont parcourus fournit à leur insu de précieux actifs (en tout cas ceux qui n'ont pas lu attentivement les conditions générales d'utilisation de Niantic). Cet usage de contenu produit par des usagers pas toujours conscients de cette exploitation s'inscrit plus largement dans les débats sur la propriété des contenus qui nourrissent les modèles d'IA. À mesure que ces “modèles du monde” gagnent en portée, l'information et le consentement des contributeurs seront cruciaux. La transparence sur l'usage des données, les mécanismes d’opt‑out et les garde‑fous techniques devront certainement aller au delà de quelques lignes dans une interminable page de CGU.

Photo d'ouverture : Delphotostock

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