
Rencontrée lors de l'édition 2026 de Museum Connections, l'équipe de Guideius, active depuis 2019, a eu l'occasion de présenter son application d'audioguide nouvelle génération qui cible surtout les structures valorisant le patrimoine et ne disposant pas forcément des moyens et du personnel pour déployer un outil efficace. Rencontre avec Gaëlle Breucq et Gauthier Gabelle.
Qu'est-ce qu'il manquait selon vous aux audioguides que l'on connaissait jusqu'ici ?
Gaëlle Breucq, responsable stratégique et partenariats de Guideius : Ce qui manquait, ce n’est pas tant dans les audioguides eux-mêmes que du côté des musées et des structures qui auraient besoin d’y recourir. Il manquait un outil souple, simple d’utilisation et surtout abordable, pour démocratiser ce type d’outil et faire en sorte qu’il puisse être appropriable par le plus grand nombre de sites culturels, musées ou offices de tourisme, quels que soient leur statut et leurs moyens. C’est plutôt ce besoin qu’on vient pallier.
Gauthier Gabelle, fondateur et responsable technique de Guideius : Quand on a rencontré des professionnels, on s’est rendu compte que l’audioguide était quasiment “obligatoire” dans les musées pour la médiation culturelle, mais que ça leur coûtait très cher. Tous les musées n’avaient pas les moyens. Il y a aussi beaucoup de maintenance, d’entretien et de logistique — pendant le Covid, par exemple, avec la désinfection des terminaux. Et il y a la souplesse : une fois l’audioguide enregistré, si on veut changer le contenu parce que la collection a changé, il faut repayer, donc encore des frais. Avec Guideius, nous avons voulu casser ces barrières : vous mettez à jour vos contenus quand vous voulez, où vous voulez, pour le même tarif. L’idée est de pouvoir créer des parcours généralistes, mais aussi des parcours thématiques ou d’expositions temporaires. Et de démultiplier ces parcours, libérer un savoir qui existe en nombre dans les structures culturelles, mais qui est peu utilisé parce que les outils sont trop rigides.
Comment fonctionne Guideius concrètement ?
Gaëlle : C’est une solution au format applicatif ou web app, disponible sur Android et iOS, adaptée aux tablettes, smartphones et ordinateurs. C’est un audioguide généraliste mais flexible, qui permet d’explorer différents usages : des visiteurs individuels qui veulent tout découvrir en détail, ou des publics familiaux qui ont besoin d’une visite plus ludique. L’application vise à toucher tous les publics selon leurs attentes et leurs besoins, quels que soient leurs horizons. On pratique aussi la traduction automatique en langue étrangère : les contenus sont accessibles dans une centaine de langues référencées aujourd’hui.
Gauthier : Gaëlle vient de décrire la partie visiteur : l’appli que vous téléchargez. Il y a aussi la partie souscripteur. Cette partie n'est pas publique et elle permet à ces souscripteurs de saisir leurs contenus, les modifier, les supprimer et les mettre à jour comme ils veulent, quand ils veulent.
Nous mettons à disposition une plateforme d’administration pour que ces structures soient 100 % autonomes dans la création et la modification de leur parcours, et tout est pris en compte en temps réel. Nous avons voulu une plateforme simple d’utilisation, adaptée à tous les niveaux, que des équipes de musées très professionnalisées puissent l’utiliser facilement, mais aussi que des bénévoles d’une petite association puissent créer du contenu sans trop d’aide. L’idée, c’est de démocratiser à la fois l’outil et l’accès au savoir.
Qui sont ces souscripteurs ?
Gaëlle : Ce sont tous les organismes qui ont besoin d’un parcours de visite, que ce soit en intérieur (musée, château…) ou en extérieur (destination, mairie, communauté de communes) afin de mettre en valeur un patrimoine historique, par exemple. Ce sont toutes les structures de gestion et de valorisation du patrimoine, quels que soient leurs statuts et leurs moyens. Ça peut être des collectivités, des établissements publics, des associations, ou des personnes privées. On s’adresse aussi aux associations de défense et de valorisation du patrimoine, y compris les toutes petites, animées par des passionnés, pour qui la médiation culturelle ou la gestion des collections n’est pas le métier principal.
On a donc conçu l’interface d’administration pour les aider : comment écrire, rédiger, optimiser leur contenu. C’est quelque chose qu’on ne voit pas côté visiteur, mais que les souscripteurs voient quand ils saisissent leur contenu.
Votre solution permet d'accompagner également la production du contenu ?
Gaëlle : Nous avons créé MUSE, notre assistant intelligent d’aide à la rédaction, pour permettre à ces publics de créer du contenu facilement et de manière qualifiée. Cette solution permet de générer automatiquement du contenu ou de l’optimiser. “Générer” veut dire : à partir de quelques éléments référencés, vous pouvez créer un contenu sur un point d’intérêt.
Chez les professionnels, il y avait un besoin de faire rapidement un travail d’adaptation d’un contenu souvent très scientifique, vers des publics spécifiques comme les enfants ou les personnes en situation de handicap. C’est un exercice intellectuel compliqué. MUSE répond à ce besoin. Et pour les bénévoles de petites associations, l’idée est aussi de qualifier le contenu, et de démocratiser la capacité à concevoir un audioguide sans devoir être accompagné par des prestataires externes.
Quel est le modèle d'affaire de Guideius ?
Gaëlle : La solution est vendue à ces acteurs qui la mettent à disposition gratuitement à leurs visiteurs.
Gauthier : Pour les musées, nous proposons des tarifs progressifs en fonction de la fréquentation annuelle : de 0 à 20 000 visiteurs, de 20 000 à 70 000, et de 70 000 et plus. Aujourd’hui, l’outil est surtout approprié sur la première tranche, jusqu'à 20 000 visiteurs, qui était notre objectif et qui représente, je pense, le cœur du marché non couvert. Les plus grosses structures ont déjà les moyens et les professionnels, et elles n’ont pas attendu Guideius pour avoir une solution numérique.
Gaëlle : Pour moins de 20 000 visiteurs par an, nous proposons un tarif à 300 euros HT, nous nous adressons à ces structures qui n’ont pas les moyens, ni toujours les compétences ou la capacité de se doter de ce genre d’outil, souvent parce qu’il y a peu de professionnels, ou que c’est exclusivement bénévole. Cela s’inscrit aussi dans un contexte de réduction budgétaire. Ces outils sont par ailleurs souvent subventionnés par des départements et des collectivités.
Quels sont les développements à venir pour votre outil ?
Gaëlle : On va sortir prochainement un MUSE “augmenté” sur la base de la documentation de chaque acteur, il pourra proposer des parcours ou des étapes générés automatiquement, avec une donnée plus qualifiée, parce que fondée sur leur corpus documentaire. L’IA restera facultative : on peut utiliser Guideius sans IA. Aujourd’hui MUSE est une IA “ouverte”. Dans les jours à venir — peut-être une semaine ou deux — on proposera que chaque souscripteur nous mette à disposition son corpus (images, PDF, documents), pour créer une sorte d’IA privée qu’il pourra interroger.
D'ici 3 à 6 mois nous allons probablement renforcer le côté ludique dans l’application. Quand on rencontre des offices de tourisme, ils aiment cette dimension ludique, parce que ça fait participer les enfants en famille. C’est ce sur quoi on travaille.
Photo d'ouverture : Ronan Daniel