Cryptors in the City : "Le jeu vidéo est le grand absent des lieux de culture et de patrimoine"

"Chasser, capturer, jouer, apprendre et gagner", c'est peut-être le meilleur moyen de connecter tous les publics avec le patrimoine qui les entoure.

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Ronan Daniel

Ronan Daniel

19 septembre 20254 min de lecture

Cryptors in the City : "Le jeu vidéo est le grand absent des lieux de culture et de patrimoine"
© Archives Travolution

"Chasser, capturer, jouer, apprendre et gagner", c'est peut-être le meilleur moyen de connecter tous les publics avec le patrimoine qui les entoure. C'est en tout cas la certitude des créateurs de Cryptors in the City qui auront l'opportunité d'expliquer au jury de l'Orchestra Startup Contest pourquoi ils installent des œuvres de street-art sur les murs de nos lieux de culture (avec leur consentement bien sûr).

Qu'est-ce qui vous a encouragé à imaginer Cryptors in the City ?

Louis de Carolis, Président de Cryptor Studio - LinkedIn

Louis de Carolis, Président de Cryptor Studio : Le grand absent des lieux de culture et de patrimoine, c'est le jeu vidéo. C'est pourtant le premier produit culturel du monde et le premier en France avec 7 personnes sur 10 qui y jouent. On ne retrouve pas ces mécaniques de jeu dans les lieux touristiques. Nous avons donc voulu transformer le panneau d'information en une œuvre de street art et en un jeu, pour que l'on chasse les grandes figures de notre histoire à travers la France plutôt que des Pokémon.

Comment fonctionne Cryptors in the City ?

Nous installons des œuvres de street art créées par mon associé, Guillaume Mazurage (Mazu), qui sont placées dans des lieux avec lesquels elles ont un rapport. On trouve par exemple Coco Chanel devant sa première boutique à Deauville et Guillaume le Conquérant est à Cabourg, sur l'estuaire d'où il est parti pour sa conquête de l'Angleterre. Grâce à une application gratuite, on peut parcourir la France pour capturer ces personnages, discuter avec eux et répondre à un challenge. Si l'on obtient suffisamment de points, on peut débloquer une intelligence artificielle et converser avec le duc d'Aumale au château de Chantilly ou même avec l'océan Atlantique à La Teste-de-Buch.

Jugez-vous cette gamification nécessaire pour connecter certains publics au patrimoine ?

Je pense que certaines personnes estiment ne pas avoir les codes pour certains lieux, ne s'y sentent pas les bienvenues ou pensent que ce n'est pas pour elles. Notre application est une invitation. On vient avec l'excuse de capturer et collectionner un personnage, et on finit par découvrir les jardins du château de Cheverny, par exemple. Tous nos contenus sont vérifiés, mais ils sont volontairement courts. Il y a, bien sûr, une méfiance vis-à-vis de l'intelligence artificielle, mais nous travaillons avec Mistral, une IA française, sur des corpus fermés pour garantir la fiabilité des réponses. Notre but n'est pas de remplacer une médiation traditionnelle, mais de créer un pont pour ramener du public vers elle, pour inciter à pousser la porte d'un château, d'un musée ou à découvrir le patrimoine d'une ville. C'est une mécanique très efficace pour toucher un large public et créer une expérience intergénérationnelle.

Qui sont vos interlocuteurs aujourd'hui ?

Nous travaillons avec des collectivités, des musées, des châteaux et des sites archéologiques. Nous allons bientôt collaborer avec notre premier site archéologique en Corse et nous avons déjà travaillé avec la Cité Internationale de la Tapisserie à Aubusson, ainsi qu'avec des villes comme Angers et Le Havre. Nous collaborons directement avec les villes, qui obtiennent les autorisations et installent les œuvres, pendant que nous nous occupons de tout le contenu.

Il faut donc démarcher une à une toutes ces institutions ?

Oui, les offices de tourisme, les villes, les musées. Nous avons la chance de recevoir un accueil unanime, ce qui nous a permis d'avancer rapidement en 10 mois avec des destinations emblématiques. La nouveauté, c'est que nous jouons collectif. Nous créons une sorte de fédération où la force d'un lieu comme Cheverny se met au service de Deauville, qui elle-même aide Cabourg. On crée du flux à l'intérieur des villes, mais surtout entre les villes. Les partenaires ont tout intérêt à ce que le réseau s'agrandisse et nous mettent en relation avec d'autres.

Quel est le modèle économique de Cryptors in the City ?

Nous vendons nos prestations de services aux lieux qui nous accueillent, avec un frais de création et une redevance annuelle. Il y a un prix pour la création et la maintenance d'un personnage, et nous proposons des packs de développement pour 5, 10, 15 ou 20 personnages.

Où en êtes-vous dans votre développement ?

Nous avons le soutien de l'État via la bourse French Tech et France 2030, ainsi que de partenaires comme Atout France. Parmi nos clients, il y a Deauville, Angers, le château de Cheverny, Le Havre, et bientôt des maisons de personnages illustres à Paris comme celles de Balzac et de Clemenceau. De nombreuses autres destinations arrivent. Nous discutons aussi avec des institutions à l'étranger et menons un partenariat avec l'ambassade américaine à Paris pour une collection sur l'amitié franco-américaine. Nous avons commencé en Normandie, et le succès d'une installation a attiré les villes voisines. Nous avons une quarantaine de personnages actuellement. Cette année, nous avions une trentaine d'œuvres, et d'ici l'été prochain, nous en aurons 200 au total.

Photo d'ouverture: cryptorsinthecity.com

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