Molina Paulin, co-fondatrice de Cocohop : Il y en a trois principales. La première concerne les flux de travail des professionnels du tourisme qui restent vraiment artisanaux : des fichiers Word, Excel, du téléphone, du mail, tout ça a tendance à être vite désorganisé et à empêcher les transmissions aux nouveaux arrivants dans l'entreprise. Il y a donc une perte de temps due aux tâches répétitives et chronophages qui en découlent. Il y a également la complexité technique : certaines tâches demandent des connaissances et des compétences que les professionnels du tourisme ne vont pas avoir : gérer un site internet, mettre un chatbot IA, ou même juste un chatbot, pour pouvoir avoir une relation avec le client. Et le dernier, c'est l'attractivité, c'est-à-dire comment s'adresser à un public plus jeune aujourd'hui, les Millennials, la Génération Z. Comment est-ce que les professionnels du tourisme peuvent répondre à cette nouvelle demande et s'adapter, sachant qu'ils sont connectés, qu'ils font leurs recherches et utilisent les nouvelles technologies et essentiellement leur mobile ? Les professionnels du tourisme n'arrivent pas encore à s'adresser à cette plus jeune génération. Les agences de voyage sont encore perçues, dans l'imaginaire collectif, comme les boutiques physiques avec des packages un peu rigides avec un hôtel et un vol. L'idée de notre outil, c'est de rendre l'expérience plus personnalisée, parce que ces jeunes voyageurs demandent de la sécurité, des assurances, surtout quand ils vont dans des pays où on n'a pas forcément la langue, la culture. On permet aux professionnels d'avoir plus de flexibilité et de pouvoir répondre aussi à ces attentes de manière plus moderne et intuitive qui correspond plus aux attentes de la jeune génération.
Comment se présente la solution que vous proposez ?
Vincent Paulin, co-fondateur de Cocohop : Tout s'articule autour de notre web app. C'est une plateforme SaaS très simple sur laquelle on crée un compte. L'idée, c'est de pouvoir générer depuis cette plateforme des documents, des devis, des carnets de voyage à partir d'un planificateur d'itinéraire intelligent, sur la base des ressources, soit plus de 50 millions de références à l'international, dont on dispose.
Molina : Ce sont des données à jour qui sont synchronisées en temps réel et qui inclut non seulement les choses payantes, hôtellerie, restauration, etc... mais aussi des lieux à visiter, des villes, des quartiers... Ce qui permet en fait d'avoir des itinéraires qui sont réalisés complètement avec aussi la dimension expériencielle. C'est un simple glisser-déposer jour par jour. On a une vue sur la carte et une vue sous forme de liste, on réordonne les activités, les horaires se mettent à jour rapidement et simplement. Et une fois que ce travail de l'itinéraire est terminé, on peut générer le devis par intelligence artificielle, sous la forme d'un mini-site où tout est expliqué. Le voyage est présenté en synthèse, en détail, avec les prix, le détail par poste, les conditions, et ça conduit jusqu'à la signature électronique et le paiement par carte bancaire.
Vincent : Sur le web, le client consulte son devis, et on peut indiquer ce qu'il aime, ce qu'il aime moins et pouvoir se faire ajuster l'itinéraire et le devis en temps réel par le professionnel, ce qui évite les allers-retours par mail, la nécessité de refaire un devis, de le renvoyer en PDF... C'est un aller-retour très fluide sur l'interface, et les ajustements sont en temps réel. Notre objectif, c'est que le pro se concentre vraiment sur la réalisation de l'itinéraire, la connaissance client, le conseil et la destination.
Par ailleurs, notre outil permet de centraliser toutes ces informations qui sont aujourd'hui réparties sur plusieurs outils et supports. Ça leur permet de se concentrer sur l'optimisation non seulement de leur performance, de leur activité, mais aussi sur le conseil aux voyageurs. Nous avons mesuré, selon le retour des professionnels, un gain de temps de 60 à 75 %.
Quel est le rôle de l'agent avec un outil qui prend en charge autant d'aspects ?
Molina : Le rôle de l'agent, c'est de valoriser son expertise, sa connaissance d'un domaine que d'autres n'auront pas.
Vincent : Il y a beaucoup d'agents de voyage qui vont se spécialiser dans des destinations, des agences qui vont se spécialiser sur des pays d'Asie, des pays d'Afrique ou autres, et qui ne vont plus couvrir toute la planète, mais proposer du sur-mesure sur des destinations. L'objectif est de proposer une prestation au top, qui leur coûte moins cher à produire et qui va satisfaire bien plus le client final. L'agent a donc toujours sa place.
Molina : Il y a surtout une question de sécurité qu'apportent les agences de voyage et que l'on n'aura pas quand on organise soi-même son propre voyage, on n'aura pas cet accompagnement, la possibilité de pouvoir rester en contact avec quelqu'un qui parle sa langue.
Comment l'IA intervient elle dans votre solution ?
Molina : Nous proposons déjà un agent conversationnel sur la page d'accueil et l'IA intervient dans la création de l'itinéraire. Nous avons développé un véritable agent conversationnel qui est un agent de voyage professionnel virtuel avec lequel on peut travailler. L'IA intervient aussi une fois qu'on a notre itinéraire aussi pour la génération de devis, puisque ce devis est illustré avec des photos, le bon texte, la bonne manière de s'adresser à ses clients, sur des critères tels que la présence ou non d'enfants par exemple. L'IA va enfin permettre la génération de carnets de voyage. On va générer plusieurs dizaines de pages avec la présentation de la destination, ce qu'il faut savoir avant de partir, l'itinéraire en détail au jour le jour.
On s'adresse aussi à des tour-opérateurs, à des autocaristes, qui vont vouloir un carnet de voyage plus technique, un dossier conducteur qu'on génère entièrement. Sur cet aspect, le temps gagné est colossal.
Vincent: L'IA intervient aussi dans les 50 millions de points d'intérêt dont nous disposons. Ce n'est pas seulement de l'information qu'on a récupérée, elle est enrichie par intelligence artificielle, les textes explicatifs sont re-rédigés, avec du contexte historique, des résumés, des avis automatiques sur chaque lieu...
https://www.tom.travel/2025/06/02/comment-cocohop-place-lia-en-copilote-des-agences-et-des-voyageurs/
Vous avez récemment lancé votre outil en version beta, qu'avez-vous tiré de cette ouverture ?
Vincent : On a commencé même avant d'avoir la beta à contacter des professionnels. C'était notamment des travel planners et des petites agences, et des plus petites structures indépendantes. On a lancé la beta en février. Là, on a commencé à avoir des agences qui étaient un peu plus grosses et qui étaient intéressées, qui construisaient en même temps avec nous. Ce qu'on proposait, c'était l'aspect carnet de voyage, comment est-ce qu'on accompagne l'utilisateur, et l'application mobile aussi qu'on avait déjà développée auparavant. L'application mobile, Cocohop Go, c'est l'application qui permet au voyageur d'avoir tout son itinéraire avec ses documents sur place. Il y a la possibilité d'avoir les itinéraires, les trajets vers là où il faut aller en cliquant dessus. S'il y a des ajustements dans l'itinéraire pendant le voyage, le professionnel le fait sur Cocohop sur le web, et automatiquement, l'application mobile est mise à jour avec les nouveaux éléments.
Molina : Là où on a pu progresser avec les agences et les travel planners avec qui on a pu travailler à ce moment-là, c'est sur la qualité, la personnalisation du carnet de voyage, le sur-mesure pur et dur que les gens veulent apporter aujourd'hui à une nouvelle audience, à des nouvelles attentes clientes. Et on l'a vu après, dès la fin de la beta, dès notre lancement, de gros tours-opérateurs qui se sont adressés à nous, des plus grosses agences, des agences de luxe, qui sont venues nous voir.
Quel est le modèle économique de Cocohop aujourd'hui ?
Molina : Il y a une période d'essai de 14 jours gratuite sur notre plan Synergie. Sinon, il y a quatre options : il y a le plan Starter qui est gratuit, qui est limité à deux projets. Il y a le plan Studio qui est limité à cinq projets. et il y a le plan Synergie qui permet la collaboration entre professionnels en interne ou en externe. Et il y a enfin le plan Signature qui est sur-mesure. Aujourd'hui, on essaie de recevoir le flux de demande et de le traiter.
Alexandre, responsable commercial: Notre but aujourd'hui c'est de structurer toute la partie commerciale et de recevoir cette demande pour la traiter.
Vincent : Nous préparons une levée de fonds pour la fin d'année, avec l'objectif d'accélérer à l'international notamment, structurer nos développements, notre équipe commerciale et l'accourt management aussi. Donc vraiment tout ce qui est l'accompagnement. On sait que ça va continuer, ça va continuer à grandir.
Photo d'ouverture : Nataliya Vaitkevich