En amont de la finale de l'Orchestra Startup Contest qui se tient dans le cadre de l'IFTM, faisons la rencontre avec les porteurs de ces projets qui vont être présentés au jury. Sezame, une solution permettant aux hôtels d'ouvrir leurs équipements au-delà des occupants des chambres.


Jean-Baptiste Pinthon, co-fondateur de Sezame : Nous sommes partis de plusieurs constats. J'ai travaillé dans l'hôtellerie il y a près de 10 ans. À l'époque, la problématique de rentabilité et de remplissage des hôtels, au-delà des chambres, était un sujet auquel on prêtait peu d'attention. Ensuite, mes voyages, professionnels et personnels, m'ont fait réaliser que la place de l'hôtel dans le quotidien des locaux est bien plus importante . C'est le cas à Hong Kong par exemple où les logements sont petits et où l'on se retrouve souvent dans les hôtels pour des événements. Ces expériences m'ont fait penser qu'il y avait quelque chose à faire pour proposer un modèle où l'hôtel devient un véritable lieu de vie pour des événements professionnels ou personnels. L'idée existait depuis plusieurs années, mais le déclic a été la période de COVID-19, où de nombreux hôtels rencontraient des difficultés financières et fermaient, faute de touristes et de réservations de chambres. La seule solution pour eux était alors d'attirer une clientèle locale. Un Parisien, par exemple, n'a pas besoin d'une chambre d'hôtel à Paris pour la nuit, mais pourrait être intéressé par l'utilisation d'un spa, d'une piscine ou d'un sauna.
Ce potentiel inexploité est-il mesurable ?
Oui, nous avions des chiffres publics sur les taux d'occupation des hôtels en France et à l'international, qui se situaient autour de 70 % pour les 4 et 5 étoiles. En approfondissant, nous avons constaté que seulement 15 % des clients d'un hôtel utilisaient le spa pendant leur séjour, et pire, 5 % seulement dînaient au restaurant de l'hôtel. Cela montrait que les hôtels n'étaient pas occupés à 100 % et ne pouvaient pas compter uniquement sur leur clientèle interne pour rentabiliser leurs infrastructures.
Sezame propose des solutions aux entreprises mais aussi une plateforme pour les particuliers
Exactement, nous sommes une marketplace B2B2C. Notre objectif est de permettre aux hôtels de rentabiliser et de monétiser toutes leurs infrastructures hors chambre. Pour cela, les hôtels partenaires utilisent notre plateforme, un outil simple leur permettant de commercialiser des packages d'expériences sur Sezame, en spécifiant le jour, l'heure et le nombre maximum de réservations. Cette plateforme technique alimente notre marketplace, qui est notre site web, où les particuliers peuvent naviguer parmi plus de 500 expériences, réserver et payer directement.
Nous nous positionnons sur la notion d'expérience, en partant du constat que 80 % des millennials préfèrent dépenser pour des expériences plutôt que pour des biens. Notre objectif est de proposer des expériences complètes et immersives, racontant une histoire et générant des émotions, comme un massage suivi d'un "tea time" sur le "rooftop" d'un magnifique hôtel comme le Peninsula. Nous nous marketons et communiquons comme un créateur d'expériences.
https://www.tom.travel/2025/05/19/les-experiences-nouveau-carburant-du-secteur-du-tourisme/
Comment constituez-vous ce catalogue ?
Chaque hôtel sur notre plateforme est le résultat d'un contrat de partenariat signé directement avec des hôtels ou des groupes hôteliers. Les expériences sont réellement co-construites avec chaque établissement. Nous prenons connaissance de leur expertise, des meilleurs soins ou expériences qu'ils proposent, puis nous packageons ces offres. Le but n'est pas de proposer juste un verre au bar ou un simple massage, mais d'offrir un package d'expérience qui dure un minimum de temps et raconte une histoire. Nous souhaitons proposer des expériences dans des lieux incroyables, chargés d'histoire. Les expériences sont très variées : accès au spa avec le restaurant et le chef, cours de yoga suivi d'un petit-déjeuner détox, etc. L'idée est de transformer l'établissement en un véritable lieu de vie, et pas seulement en un endroit où l'on vient dormir.
Sezame ne travaille pour l'heure qu'avec des hôtels 4, 5 étoiles ou des palaces. Pourquoi ce choix ?
Nous visons un positionnement haut de gamme. Premièrement, c'est là que nous trouvons les meilleures infrastructures, peu d'établissements 3 étoiles ont des spas qui peuvent accueillir une clientèle extérieure. Deuxièmement, au-delà des infrastructures, le service qui l'accompagne est souvent supérieur. Lorsque nous vendons une expérience, ce n'est pas seulement le soin ou l'accès à la piscine, c'est tout ce qui l'entoure, notamment l'accueil au sein de l'hôtel. Nous recherchons les codes du luxe. Ce choix est aussi lié à notre volonté d'être une plateforme d'expériences exclusives, et non un agrégateur généraliste.
N'y a-t-il pas un risque que cette ouverture détériore le service ?
C'est un très bon point qui a été soulevé dès le début lors de nos échanges avec les hôtels. Une des raisons de notre choix des hôtels 4 et 5 étoiles est qu'il y a un certain panier moyen, entre 150 et 180 euros, ce qui cible une typologie de client spécifique. Cela rassure nos partenaires haut de gamme, comme le Peninsula, de savoir que la clientèle ciblée ne créera pas de clivage avec leur clientèle interne. Notre solution technologique permet aux hôtels de limiter le nombre de réservations autorisées sur Sezame. Ils peuvent chosir d'ouvrir trois ou quatre réservations maximum, afin de préserver de la place pour leurs clients internes et ne pas altérer l'expérience.
Certains hôtels proposent déjà des prestations en dehors de leurs occupants. Pourquoi se tourneraient ils vers Sezame ?
Nous avons des hôtels qui ne commercialisent absolument pas d'expériences hors chambre sur leur propre site et qui testent avec Sezame. D'autres sont très en avance et proposent déjà des packages directement sur leur site. Ces derniers passent par Sezame parce que nous offrons un nouveau canal de distribution. Leur métier est de vendre des chambres, mais vendre des expériences est très différent. Ils nous voient comme un acteur qui leur génère une nouvelle ligne de revenus sur des espaces sous-utilisés une partie de la semaine et du week-end, mais aussi comme une vitrine qui leur apporte de la visibilité. Ce n'est pas incompatible, et les hôtels qui vendent directement aident à éduquer le marché, ce qui est intéressant pour nous car le marché de l'expérience en hôtellerie n'est pas encore ultra commun en France.
Combien de partenaires comptez vous et pour quels services ?
Nous avons environ 250 hôtels partenaires partout en France. Majoritairement pour le bien-être et la restauration. Cela peut inclure des brunchs, des massages, des accès au spa. Mais c'est assez large, nous proposons aussi des visites de vignobles, par exemple près de Bordeaux.
Quel a été le rôle de FairMoove Invest dans votre développement ?
Lors de notre levée de fonds clôturée en 2024, nous recherchions des investisseurs ultra stratégiques, et Jean-Pierre Nadir en faisait partie. Il s'est engagé via son Fairmoove Invest, mais aussi personnellement. Il fait également partie de notre conseil d'administration. Sa connaissance du marché est énorme, il a beaucoup de contacts, ce qui nous aide à dynamiser le business et à prendre de la hauteur. En tant qu'entrepreneurs, nous sommes souvent pris dans l'opérationnel, et son recul stratégique est très bénéfique.
Où en est Sezame dans son développement ?
Nous sommes aujourd'hui 15. Une bonne partie de l'équipe est dédiée au marketing et à la communication, car nous apportons non seulement de nouveaux revenus mais aussi beaucoup de visibilité. Nous avons également une importante équipe technique, divisée en deux parties : l'une gère la marketplace pour optimiser les taux de conversion et les recommandations d'expériences, l'autre est dédiée à l'outil utilisé par les hôteliers pour assurer sa simplicité et l'automatisation des créneaux horaires. Désormais, nous ne limitons pas notre réponse aux problématiques françaises, car les hôtels du monde entier recherchent à la fois rentabilité et visibilité. Nous avons donc un grand projet d'expansion internationale, en commençant par plusieurs villes européennes. C'est un défi majeur qui requiert beaucoup de ressources marketing, pour l'adaptation culturelle des campagnes et pas seulement la traduction, et techniques. Nous voulons que Sezame devienne une plateforme de référence pour les hôtels, non seulement en France mais aussi à l'échelle internationale.
Photo d'ouverture : CYRIL FOLLIOT (CC4.0)

