Genial s’est lancée pour mission de démocratiser l’utilisation de l’intelligence artificielle au sein des PME, ETI et des destinations. TOM.travel s’est entretenu avec Erwan Simon, cofondateur de la startup, pour en savoir plus sur ses ambitions après sa levée de fonds et sa vision sur l’impact des agents IA sur le commerce en ligne et la réservation de voyages.
Cette levée de fonds de 1,8 millions d’euros doit notamment permettre de lancer une nouvelle génération d’agents IA : Charentes Tourisme, MyProvence ou encore France.fr auront-ils accès à ces outils ?
Fabien Grosyeux (à gauche) et Erwan Simon (à droite), Cofondateurs de GENIAL
Erwan Simon : C'est avec eux que l'on construit les nouvelles générations. Pour France.fr, une nouvelle version de MarIAnne sortira d'ici 2 mois et pour Charentes Tourisme, la sortie de la V2 est prévue d’ici 2 semaines.
Ce sont nos clients existants qui développent leurs usages et de nouveaux clients s'appuient sur les dernières versions. 2024 était l’année bac à sable, l’enjeu en 2025 est celui de l’adoption.
Faut-il s’attendre à de nouvelles performances et fonctionnalités ?
Il y a deux types d'agents : ceux pour les collaborateurs et ceux pour le grand public. Pour les collaborateurs, on utilise une extension Chrome qui permet une interaction directe avec les outils existants, contrairement à ChatGPT où il faut aller sur une plateforme pour poser des questions.
Nos nouveaux agents aident à créer des devis, remplir des comptes rendus, et à interagir avec les CRM. C’est un levier d’adoption considérable : on passe de 30% avec ChatGPT à 80%, car c'est une extension visible dans les outils du quotidien qui ne pose pas de défi technique majeur pour autant. Les agents augmentent les outils existants, ce qui lève les freins à l'adoption.
Et du côté des voyageurs ?
C’est la fin des chatbots pour le grand public. Un chatbot se limite en moyenne à 2 à 5% du trafic, tandis que les gens utilisent plus souvent les moteurs de recherche. On constate que l'IA intégrée dans les moteurs de recherche est utilisée par 50 à 70% des personnes. Nos agents sont donc intégrés dans les sites des destinations pour le grand public. Ces évolutions rendent l'accès et l'adoption plus facile.
L’objectif de votre plateforme de “transformation IA” est-il de faciliter la collaboration entre les agents IA ?
C'est surtout pour la collaboration entre les agents IA et les collaborateurs. En 2024, il y a eu 500 000 interactions entre les utilisateurs et nos IA. L'idée est d'accélérer l'interaction homme-machine, en augmentant le nombre d'agents et leur utilisation. Les anciens agents seront mis à jour.
Nous nous concentrons sur l'adoption avec des méthodologies : plus de fonctionnalités, meilleure ergonomie, création de contenu, et une académie pour démystifier et faire comprendre que c'est un outil. Nous créons des communautés d'utilisateurs dans les entreprises pour partager les success stories et les valeurs de l'IA. La difficulté n'est pas tant la technique que l'adaptation et la culture du changement.
Quand est-ce que deux agents IA pourront collaborer pour réserver un voyage de façon autonome ?
C'est un scénario à court terme. Techniquement, la collaboration entre agents spécialisés existe déjà. Par exemple, un agent peut demander les actualités à Marseille et réserver des billets de musée. Le seul écueil est le paiement.
Des solutions comme Stripe intègrent des paiements dans les agents conversationnels, comme c'est déjà le cas au Brésil où le e-commerce via Whatsapp est largement démocratisé. Nous avons deux gros clients du secteur associatif en Amérique du Nord qui sont intéressés par un cas d’usage similaire sur la billetterie. Mais en Europe, il y aura des délais à cause de la réglementation.
Pour finir, quelles sont vos réactions aux annonces d'Emmanuel Macron sur l'IA ?
Il a le mérite de poser un cap. C'est à nous, secteur économique, de nous emparer du sujet. On ne sait pas à quoi ressemblera l'économie dans 20 ou 30 ans, donc il ne faut pas rater cette opportunité. Je suis encouragé par cette dynamique.
L'IA va devenir un sujet normal et se cacher dans les solutions. Le défi est de saisir cette opportunité. Le seul doute est le pessimisme français : 73% des Français ont peur de l'IA selon un sondage Ipsos. Nous devons être optimistes pour réussir. Il faut que tout le secteur économique ait envie d'y aller.
Photo d'ouverture : Générée par IA