Abandon du plan vélo : quel impact pour le développement des infrastructures cyclables ?

Le mois dernier, le gouvernement a annoncé la réduction de son enveloppe à 100 millions d'euros pour le plan vélo, contre un milliard d'euros sur cinq ans…

Nous suivre sur Google
ML

Margot Ladiray

4 décembre 20243 min de lecture

reduction-du-plan-velo-quel-sera-limpact-pour-le-developpement-des-infrastructures-cyclables
© Archives Travolution

Le mois dernier, le gouvernement a annoncé la réduction de son enveloppe à 100 millions d'euros pour le plan vélo, contre un milliard d'euros sur cinq ans prévu initialement. Cette réduction drastique de l'enveloppe budgétaire pourrait entraîner le report ou l’abandon de plus de 400 projets d’aménagements cyclables.

Grand absent du projet de loi de finances 2025, le plan vélo initialement porté par Elisabeth Borne en 2023 a été considérablement "dégonflé" par le gouvernement de l'actuel Premier ministre, Michel Barnier. Pour rappel, ce plan national devait permettre de financer la construction de plus de 100 000 km de pistes cyclables d'ici 2030. Une annonce qui a très vite inquiété les collectivités et les usagers qui craignent des conséquences néfastes pour le développement des infrastructures.

En Ile-de-France, Grégoire de Lasteyrie, Vice-Président chargé des Transports pour la région, précise que l'abandon du plan national ne changera rien aux financements alloués chaque année aux communes pour développer les pistes cyclables de la région. "Nous maintenons notre objectif de multiplier par trois la part modale du vélo d'ici 10 ans. Ces 10 dernières années, nous avons multiplié par quatre notre budget vélo pour favoriser la multimodalité," nous explique-t-il. L'élu revient notamment sur le VIF (plus communément appelé RER Vélo), dont les premières sections continues (sans trou dans le tracé-NDLR) seront terminées en 2025, dont la section entre Paris et Le Bourget. Un projet d'envergure pour lequel la région IDF a débloqué 300 000 millions d'euros, soit trois fois plus que le budget annuel de l'Etat pour 2025.

Une erreur stratégique plus qu'économique

L'élu déplore une décision qu'il juge "contre-productive" sur la durée. "Le vélo est bien moins coûteux et polluant que les véhicules thermiques et les enjeux ne sont pas uniquement environnementaux ou liés à la mobilité. Il y a la question de la création d'une filière française, de l'emploi... Même si je comprends la situation budgétaire du pays, je pense que, justement, encourager ce type de mobilité aurait permis de booster notre économie", ajoute-t-il.

Une vision que partage Olivier Stern, adjoint au Maire en charge des transports et de la ville cyclable à Montreuil. Selon lui, sa commune ne dépend pas majoritairement (et heureusement) du soutien de l'Etat pour le déploiement des pistes cyclables. En revanche, cette aide leur permettait de financer en partie les formations visant à apprendre au jeune public à faire du vélo. Pour lui, le développement du plan vélo répond à un objectif de décarbonation et il faut que l'ensemble de la filière soit soutenue. "Il y a une erreur de stratégie, car les investissements doivent être faits sur la durée pour avoir un effet levier dans les prochaines années. Ce n'est pas ce qui coûte le plus cher et pourtant, l'effet de transformation est très fort." Selon l'élu, les années perdues dans la transition écologique ne seront pas rattrapées.

Le cyclotourisme pour décarboner l'industrie

L'association Vélo et Territoires dénonce également une décision qu'elle juge aller à l'encontre de la dynamique portée par les collectivités. Même si d'autres subventions existent, "les régions ne peuvent pas remplacer l'Etat" estime l'association. Le risque, selon elle, est l'arrêt temporaire ou permanent des travaux entrepris sur près de 400 projets dans l'Hexagone. Pourtant, en 2021, l'ancien Premier Ministre Jean Castex avait déclaré qu'il souhaitait faire de la France la première destination pour le tourisme durable en 2030 et la première destination vélo-touristique. En Région Aquitaine ou dans le sud de la France, de nombreux projets ont été votés pour décarboner l'activité touristique. Cette décision pourrait à court et moyen terme avoir un impact considérable sur leur développement si l'aide de l'Etat n'était pas revue à la hausse.

Photo d'ouverture : @sergo321

Sur la même thématique

Voir tout