Créé il y a deux ans et lancé officiellement depuis un mois, le groupe d’hôtels urbains Korner se distingue par son modèle d’organisation décentralisée et autonome. Avec son approche « tech enabled », la jeune entreprise veut rendre les employés plus multitâches et plus heureux. Rencontre avec Benoît Piel, Cofondateur de Korner Hotels, au salon Equip Hotel à Paris.
Quelle est la particularité du groupe hôtelier Korner ?
Nous sommes le premier groupe hôtelier entièrement décentralisé, c’est-à-dire que toutes les fonctions support, normalement centralisées au siège, sont ici réparties entre les équipes qui travaillent dans les hôtels. Concrètement, nos collaborateurs peuvent prendre des missions complémentaires au-delà de la gestion quotidienne de leur hôtel. Aujourd’hui, nous possédons 6 établissements de 25 à 35 chambres à Paris.
Quelles sont ces missions supplémentaires ?
Nous proposons un éventail de tâches comme la recherche de contrats d’entreprises, le paiement de fournisseurs, la gestion des réseaux sociaux, etc. Nous avons fractionné les rôles classiques d’un siège en missions variées, accessibles aux équipes sur le terrain.
Quel est l’intérêt de cette approche décentralisée ?
L’objectif principal est d’attirer et de motiver les équipes en cassant le plafond de verre souvent rencontré dans l’hôtellerie. Nous permettons à chaque collaborateur de développer ses compétences et de progresser, tout en lui offrant des missions valorisantes. Si un employé veut évoluer, il peut le faire chez nous. Sinon, il partira avec de nouvelles compétences, ce qui est également bénéfique. J’ai vécu cette situation en tant que réceptionniste, il était difficile pour moi d’évoluer, même en ayant de l’expérience.
Les collaborateurs reçoivent-ils une formation pour gérer ces nouvelles responsabilités ?
Oui, nous avons mis en place la Korner Academy. Elle offre des modules de formation et un accompagnement avec des consultants pour aider les équipes à utiliser nos outils et à gérer des projets. Cela leur permet de monter en compétences et de mieux comprendre les process de l’hôtel.
Cela veut dire que des personnes non issues du milieu hôtelier peuvent rejoindre vos hôtels ?
Absolument et je pense que c’est une nécessité dans un contexte de pénurie de main d’œuvre dans le secteur. Avec une formation solide et des outils performants, tout est possible. Nous avons déjà des profils variés parmi nos équipes, ce qui enrichit l’environnement de travail. Notre modèle repose sur la flexibilité, notamment avec des horaires en rotation sur 12 heures qui permettent aux collaborateurs d’avoir des projets annexes. Cette flexibilité, la possibilité de prendre des décisions et de participer activement à la gestion de l’hôtel, séduisent autant les profils expérimentés que ceux venant d’autres horizons.
Vous vous présentez comme une entreprise « tech enabled » et considérez la technologie comme un pilier de votre modèle. En quoi est-elle essentielle ?
La technologie est au cœur de notre approche. Nous avons un parcours client 100 % digital, un check-in en ligne, et des outils en no-code créés pour répondre aux besoins spécifiques de nos équipes. Nous avons développé un chatbot, nourri aux données des établissements, qui permet de répondre à toutes les questions opérationnelles qu’ils se poseraient. L’automatisation des tâches à faible valeur ajoutée libère du temps pour que les équipes se concentrent sur le cœur de métier, comme l’expérience client et des missions plus stratégiques.
Quel impact ce modèle a-t-il sur l’expérience des clients ?
Pour le client, cela se traduit par un accueil plus chaleureux et personnalisé. La technologie allège les formalités, permettant aux équipes de se consacrer davantage à la relation client.
Comment imaginez-vous l’évolution de Korner dans les prochaines années ?
Nous projetons d'atteindre 35 à 40 hôtels d’ici 2030. Actuellement, nous avons six hôtels et nous espérons en lancer quatre autres d’ici la fin de l’année. Pour financer notre expansion, nous prévoyons une levée de fonds de 100 millions d’euros début 2025.