Dans son livre « Voyage au pays du surtourisme », Linda Lainé donne des clés pour mieux comprendre la surfréquentation touristique et identifier des leviers pour éviter les « trop-pleins ». Nous avons interrogé la rédactrice en chef de l’Echo Touristique pour savoir quel rôle peut jouer la technologie dans la lutte contre le surtourisme.
Pour Linda Lainé, Rédactrice en chef de l’Echo Touristique et auteure de « Voyage au pays du surtourisme », il y a plusieurs définitions du surtourisme, mais il désigne principalement la surfréquentation touristique d’un lieu. « Le surtourisme survient quand l’impact négatif du tourisme prend le pas sur l’impact positif », nous précise-t-elle. Le tourisme crée des emplois et génère des revenus économiques pour les pays, mais il peut dégrader l’environnement et les conditions de vie de la population locale.
L’auteure a identifié 5 utilisations de la technologie qui peuvent aider à gérer les pics de surfréquentation.
La mesure de l’affluence
Le premier levier est la mesure de l’affluence dans le temps et l’espace. En se basant sur le passé, il est possible d’identifier les goulots d’étranglement grâce à des capteurs. Les gestionnaires de sites culturels et naturels peuvent ainsi identifier les irritants et adapter le parcours et le nombre de personnes mobilisées. L’intelligence artificielle, en analysant ces données, est une alliée pour améliorer l’expérience des visiteurs.
L’information voyageur
Ces données collectées permettent également d’informer les visiteurs en amont de leur visite via plusieurs canaux. Sur le site d’Affluences, il est possible de connaître la fréquentation du Mont Saint-Michel ou du Mont Ventoux en temps réel et ainsi reporter sa visite au lendemain. Les offices de tourisme aussi peuvent informer les voyageurs, que ce soit en affichant l'affluence de manière classique ou via une application mobile.
Selon Linda Lainé, les réseaux sociaux ont leur rôle à jouer dans la diffusion de messages de prévention et le lissage des flux. « On ne peut pas désinstagrammer le voyage, mais nous pouvons le réinstagrammer. C’est-à-dire que l’on peut se servir d’Instagram pour faire passer des messages de prévention », déclare-t-elle. Le Parc Naturel des Calanques affiche par exemple sur le réseau social le message « réserver, c’est préserver les paysages ».
Les quotas et systèmes de réservation
Quand la prévention ne suffit pas, il faut parfois instaurer des quotas. La Calanque de Sugiton, l’île de Bréhat, Porquerolles, tous ces lieux limitent désormais le nombre de visiteurs pour préserver la nature et les employés. Les voyageurs quant à eux, vivent une meilleure expérience de visite.
Pour la plupart de ces lieux, la réservation est désormais obligatoire ou fortement conseillée. L’auteure explique que depuis le Covid, ces systèmes sont devenus la norme. « La pandémie a été une répétition générale pour les jauges. Les lieux culturels et touristiques se sont équipés en termes d’informatique et d’accessibilité », complète-t-elle. Pour contrôler ces réservations, le QR code a retrouvé ses lettres de noblesse.
Les quotas concernent aussi certains types d’hébergement. En France, la loi interdit à un propriétaire de louer sa résidence principale pour des séjours de courtes durées plus de 120 jours par an.
Le yield management
Le yield management consiste à faire varier les prix des services proposés en fonction de la demande et du comportement des consommateurs. Les secteurs de l’hôtellerie et de l’aérien l’utilisent depuis longtemps mais il se développe de plus en plus dans les lieux culturels et touristiques. Selon Linda Lainé, le yield management peut être utilisé pour lisser les flux. Un musée peut par exemple proposer des tarifs moins élevés le matin, lorsqu’il est moins fréquenté, pour inciter les visiteurs à venir sur certaines tranches horaires. La population locale peut quant à elle profiter de tarifs avantageux ou de la gratuité. « Cela permet de réconcilier les touristes avec les habitants », explique-t-elle.
Mais ce levier est à utiliser avec précaution, car certaines familles n’ont pas d’autres choix que de se déplacer à certaines périodes, les vacances scolaires notamment. Il ne faut pas que cette mesure soit antisociale et discriminatoire selon l’auteure.
Les expériences immersives
Le dernier levier identifié par la rédactrice en chef de l’Echo Touristique sont les expériences immersives. Selon elle, elles peuvent se substituer à une deuxième visite. Eternelle Notre-Dame proposé par l’entreprise Emissive est par exemple un bon moyen d’approfondir la connaissance de la Cathédrale autrement. « En plus de proposer une expérience ludique, cela permet de limiter la surfréquentation du site », affirme-t-elle.
Photo d'ouverture : RODRIGO GONZALEZ