A l’approche des Jeux olympiques et paralympiques 2024, plusieurs acteurs issus du secteur du tourisme et de la mobilité réfléchissent à la manière dont ils peuvent échanger des données afin d’améliorer l’expérience des athlètes et des voyageurs. Plusieurs cas d’usage ont été présentés lors de l’European Data Summit organisé par EONA-X.
« L’année 2024 est particulière pour les espaces de données. Pour la première fois, le potentiel du partage des données va pouvoir être démontré dans le cadre de Jeux olympiques et paralympiques », a déclaré en préambule Arno Pons, fondateur du think-tank et do-tank Digital New Deal, lors de l’European Data Summit organisé par EONA-X.
Plusieurs acteurs du Tourisme et de la Mobilité sont venus présenter les expérimentations qu’ils mettront en place dans le cadre des Jeux. Des projets rendus possibles grâce à l’échange de données au sein d’EONA-X, un espace de données européen.
ADP veut se tenir prêt à accueillir les délégations d’athlètes
L’échange de données va permettre à Aéroports de Paris (ADP) de mieux anticiper la venue des délégations d’athlètes dans ses aéroports. En tout humilité, Edward Arkwright, CEO du groupe ADP, est revenu sur un échec survenu quelques jours plus tôt : « Lorsque l’équipe de Kayak de la République populaire de Chine est arrivée dans l’un de nos aéroports, personne n’était au courant. Vous vous doutez bien que leurs kayaks, qu’ils transportaient avec eux, ne rentraient pas dans les tapis de livraison bagages. Il s’agissait de plus d’un week-end de Pentecôte qui était loin d’être désœuvré. Leur arrivée ne s’est donc pas passée comme espéré ».
Pendant les JOP, les aéroports accueilleront 350 000 passagers chaque jour. 60 000 délégations seront du voyage et avec elles 17 000 bagages hors format. Les arrivées seront disséminées, mais pas les retours, qui devraient être concentrés sur 3 jours. Tout ces éléments apporteront une complexité supplémentaire pour ADP.
« Pendant cette période, il faudra faire en sorte que le déplacement des équipes et des bagages soit le plus fluide possible », a-t-il ajouté. L’attente numéro 1 des athlètes n’est pas la rapidité au contrôle des frontières mais bien de partir avec son bagage, confie-t-il. « Un kayakiste sans son kayak ou un perchiste sans sa perche, ça ne peut pas fonctionner ».
Un jumeau numérique pour mieux anticiper les flux
Pour mieux anticiper la venue des délégations, ADP a développé un jumeau numérique avec l’entreprise Cosmo Tech. Ce double numérique doté d’intelligence artificielle a été alimenté avec des données issues d’EONA-X. Il permet de simuler des scénarios pour mieux s’y préparer en optimisant le parcours des délégations au sein de l'aéroport dans un contexte de fort trafic.
Ce projet a remporté le Silver Award dans la catégorie « Meilleure collaboration fournisseur/client » lors de l'édition parisienne 2024 de « La nuit de la Data et de l'IA ».
« Les données du passé et du présent sont fantastiques. Mais lorsqu’il s’agit de prendre une bonne décision, il faut se pencher sur les données du futur », a assuré Michel Morvan, Cofondateur de Cosmo Tech.
Assurer l'intermodalité pour les personnes en situation de handicap
Pour Edward Arkwright, « les cas d’usage sont sans fin ». ADP réfléchit également à améliorer l’expérience des personnes en situation de handicap. En partageant des informations avec SNCF Gares & Connexions, il est possible d’assurer leur prise en charge plus facilement en cas de parcours intermodaux.
Par ailleurs, ADP partage également ses données avec le Ministère des Armées afin d’assurer la sûreté aérienne et le bon cheminement des équipes. « Ces informations nous seront précieuses pour accompagner les délégations jusqu’à leurs lieux de résidence par exemple. Pour nous il ne s’agit pas de gagner en retombées économiques mais en productivité », a précisé Mathieu Weil, Directeur de la transformation numérique, secrétaire général adjoint chargé du numérique, au sein du Ministère de l'Intérieur et des Outre-Mer.
Un travail d’observation pour Atout France
Pour Hugo Alvarez, Sous-Directeur Observation, Prospective et Stratégie chez Atout France, de nombreux cas d’usage peuvent être imaginés dans le cadre des Jeux olympiques et paralympiques. Mais avant de revenir sur les travaux d’Atout France, il a tenu à faire un point sur la situation des données touristiques actuellement.
Aujourd’hui, les données touristiques publiques, privées et issues d’Internet sont compartimentées et ne sont pas encore connectées entre elles. Il explique que les acteurs institutionnels de la filière touristique sont confrontés à un triangle d’incompatibilité. Il existe des données accessibles, des données accessibles dans le bon timing et des données de bonne qualité. Mais dans le tourisme, il n’est pas possible d’avoir les trois à la fois. « Je provoque, mais tout cela pour dire que nous revenons de loin. Célébrons le fait que les JOP aient fait émerger une volonté de partager ces données », s’est-il enthousiasmé.
Atout France a mis en place un observatoire de suivi des prix des chambres d’hôtels et locatives dans le cadre des JOP. Ces observations ont pu être menées grâce à des données fournis par les acteurs eux-mêmes, issues des réseaux sociaux et du scraping d'Internet. Pendant un an, l’agence a réalisé un travail de sensibilisation des professionnels. « Nous avons fait un appel à la tempérance sur les prix en les invitant à ne pas tester le marché », a expliqué Hugo Alvarez. Cela a permis de baisser la fourchette des prix et de rassurer le public.
Photo d'ouverture : Laetitia D'aboville