Lors de l’évènement Net Managers Collection été qui se déroulait en Slovénie, EONA-X a rappelé son ambition : créer une infrastructure numérique européenne qui soit un espace commun de libre-échange pour partager des données de façon sûre et sécurisée. Un projet qui évolue doucement, mais sûrement.
« On le sait, les données sont le nouveau pétrole, elles font tourner le numérique. Et leur nombre est en train de croître à une vitesse exponentielle », a débuté Jonathan Huffstutler, Project Management Officer d’EONA-X, association qui vise à faciliter le partage de données dans le secteur du tourisme. Or, 80 % des données industrielles collectées au sein de l'Union européenne ne sont jamais exploitées. En 2023, la valeur de l’économie de la data représentait 544 milliards d’euros (+9,3% par rapport à 2022).
Mais pour Jonathan Huffstutler, la vraie valeur de cette data réside dans sa réutilisation. « Si on ne fait que la stocker, cela ne crée pas de valeur. Il faut penser à son recyclage, aux autres business models de cette donnée. Une fois que l’on a créé de la donnée pour soi, il faut réfléchir à la manière d’en faire un asset pour la partager avec quelqu’un d’autre. Il est temps de capitaliser sur tous les produits data que nous avons créés », a-t-il expliqué lors de l’évènement Net Managers Collection été.
Et pourtant, de nombreuses entreprises sont réticentes aujourd’hui, car elles n’ont pas confiance et ne savent comment leurs données sont utilisées.
Créer un avantage compétitif
L’Europe est deuxième sur le podium de l’économie de la donnée, derrière les Etats-Unis et devant la Chine. Elle est donc bien placée dans la course à l’intelligence artificielle qui nécessite un grand nombre de données. « Si l’on veut développer une IA puissante et moins chère, il faut construire des modèles plus sobres et frugaux. Et pour cela, il faut légiférer et maîtriser la souveraineté des données. L’UE a construit des fondations solides. Sur le long terme, nous serons gagnants. Si nous sommes les premiers à créer un espace de données, nous pourrons imposer un standard mondial », déclare Jonathan Huffstutler.
Nom de code : EONA-X
L'expert data fait référence à Gaia-X, projet européen qui vise à créer une fédération d’infrastructures de données et de cloud computing fiables et ouvertes, ancrées sur les standards européens et internationaux pour les échanges de données. Depuis 2022, 1,7 milliard a été investi par les Etats membres et la Commission européenne dans les espaces de données.
Au sein de Gaia-X, plusieurs secteurs d’activités ont créé leur propre espace de données. C’est le cas d’EONA-X, la branche dédiée au tourisme et à la mobilité. Comme Gaia-X, elle veut créer une infrastructure numérique européenne qui soit un espace commun de libre-échange pour partager des données de façon sûre et sécurisée. EONA-X est l’un des projets phares de Gaia-X. Cela veut dire qu’il va servir d’exemple pour d’autres espaces de données dans d’autres secteurs.
Au sein de ce data space, chaque membre est propriétaire de sa donnée. Il déclare ce qu’il a en sa possession et fournit ses conditions de partage. Cet échange de données est établi grâce à des smart contracts qui garantissent sa fiabilité. Chaque donnée est consommée à la source. A terme, un cyberscore évaluera la qualité des données partagées.
« Le but est de créer de la coopéition. D’échanger des informations, même avec ses concurrents », ajoute le Project Management Officer d’EONA-X.
A date, les membres sont : ADP, Air France-KLM, Amadeus, le groupe Renault, SNCF, Accor, Aéroport Marseille Provence, Apidae, Atout France, Digital New Deal, Capgemini, Alltheway, Wemap, la Métropole Nice Côte d’Azur, Compagnie des Alpes, INRIA, Any Solution, Manawa et Eccocar.
Des cas d’usage à construire
Maintenant que le cadre technique et juridique prend forme, reste encore aux membres de l’association de créer des cas d’usage. 18 sont en cours d’étude ou en cours de production. Ils permettent notamment d’améliorer l’efficacité des infrastructures, de mieux gérer l’accessibilité des transports, d’améliorer la sécurité ou encore de créer des jumeaux numériques. Les Jeux olympiques et Paralympiques de Paris vont notamment être l’occasion de tester plusieurs cas d’usage.
« Plus besoin de construire un nouveau terminal dans un aéroport lors d’un pic d’activités lorsqu’il est possible de gérer les flux grâce aux données. Dans le durable, les données permettent d’atteindre une meilleure efficience des infrastructures et de la green IT. Cela permet aussi d’éviter de dupliquer les données », précise Jonathan Huffstutler.
Les cas d’usage mis en place dans le cadre des JO pourront être transposés à d’autres évènements et lieux à l’avenir. Aujourd’hui, EONA-X est une association qui s’efface derrière les modèles économiques. Demain, il est possible que la structure évolue.
Photo d'ouverture : Eventiz