Depuis 2021 et la création de l’infrastructure Gaia-X, le partage de données se structure à l’échelle européenne. Les entreprises n’ont jamais autant pris conscience de la valeur de leurs données que depuis le regain d’intérêt pour l’intelligence artificielle. Sont-elles pour autant prêtes à partager cet or noir avec d’autres, en particulier dans le secteur du tourisme ? Nous avons interrogé Fabrice Tocco, co-fondateur de Dawex.


Nous observons un écart de maturité chez les acteurs du tourisme. Les plus grandes entreprises poussent les plus petites, comme c’est le cas dans de nombreux secteurs d’activités. Cela s’explique par un écart de digitalisation dans le secteur. On le voit avec la création d’EONA-X, l’espace de données dédié au tourisme et au transport, qui découle du projet européen Gaia-X. Il est l’initiative de grands acteurs tels que ADP, APIDAE ou encore Air France. Les territoires ont davantage la culture de l’open data que certains acteurs privés. La Banque des Territoires facilite la collaboration privé/public.
Les modèles économiques sont-ils encore à construire ?
Les entreprises se rendent compte que leurs données peuvent avoir de la valeur, que ce soit pour leur propre usage ou celui de partenaires. Les compagnies d’assurance pourraient par exemple travailler davantage avec des acteurs du tourisme. Les cas d’usages sont multiples et les données n’ont pas la même valeur, il faut donc mettre en place de nouveaux modèles économiques. Rappelons que la valeur de la donnée vient de sa capacité à être distribuée.
Quel est l’enjeu derrière le partage de données ?
Les entreprises qui ne seront pas capables de récolter et de redistribuer leurs données vont être isolées. Il va devenir essentiel de se connecter avec son écosystème en échangeant des informations. Nous allons assister à un affinage des données qui deviennent plus fines, plus granulaires. Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises manquent de connaissances, elles ont peur que leurs données aillent chez le concurrent. Mais il est désormais possible de maîtriser la transaction de données de confiance. Il n’y a plus de frein technologique. Au contraire, nous assistons à une accélération avec le Data Governance Act et le Data Act. Ces données nourriront les outils d’intelligence artificielle.
Comment voyez-vous l’évolution du partage de données en Europe ?
Chaque secteur d’activités aura son espace de données, voire plusieurs, y compris le tourisme. Est-ce que toutes les entreprises y participeront ? Probablement pas. Il y a 25 ans, les grandes marques se demandaient si elles devaient vendre leur produits en ligne. Cette question paraît hors du temps aujourd’hui. Et tous ceux qui n’ont pas pris le virage ont disparu. Je pense que la situation est la même avec le partage de données. Dans 15 ans, on ne se posera même plus la question car on aura bien compris les avantages.
Photo d'ouverture : Klara Kulikova
