« L’immersion est l’une des meilleures manières de faire de la médiation culturelle »

Les musées et lieux culturels s’ouvrent à de nouvelles formes de médiation depuis plusieurs années, mais la relation entre un visiteur et une œuvre reste…

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Julia Luczak-Rougeaux

26 avril 20244 min de lecture

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© Archives Travolution

Les musées et lieux culturels s’ouvrent à de nouvelles formes de médiation depuis plusieurs années, mais la relation entre un visiteur et une œuvre reste empreint de codes et de rituels, excluant une partie de la population qui ne les possèderait pas. Comment repenser cette médiation par l’immersion ? Faut-il nécessairement y intégrer de la technologie ?

Sébastien Cotte est consultant et spécialiste du numérique dans le secteur de la culture. Il fait un constat : l’expérience proposée par les musées et lieux culturels ne correspond plus aux attentes du public. La manière de consommer la culture a évolué, mais pas les espaces qui lui sont dédiés. « Inconsciemment, il y a encore des codes religieux aujourd’hui dans la ritualisation des œuvres d’art, alors que le musée s’est créé lors de la Révolution, au moment où l’on abattait des églises », observe-t-il.

Le « white cube », cet espace d’exposition aux murs blancs, s’est imposé lors du développement de l’art contemporain et il est resté la norme. Mais cette disposition des œuvres rend la compréhension difficile pour un public non averti. « André Malraux, lorsqu’il était ministre de la culture, disait que l’œuvre d’art se suffisait à elle-même. Mais force est de constater qu’il y a eu un échec de la démocratisation culturelle », a expliqué Sébastien Cotte lors des Journées de l’Immersif organisées par l’association jeDI.

De l’immersion pour véhiculer un message

Selon le spécialiste, il faut donc repenser la médiation culturelle afin de véhiculer autrement un message. « L’immersion est l’une des meilleures manières de faire de la médiation culturelle. Raconter une œuvre en faisant appel à d’autres sens que la vue permet d’ancrer plus facilement un message », déclare-t-il.

Les musées et lieux culturels s’ouvrent déjà à de nouvelles formes de médiation avec des installations technologiques immersives et des escape games. Mais il est possible d’aller plus loin, en isolant une œuvre et en créant une immersion tout autour. Il est possible d’ajouter du son, des odeurs, du toucher, afin de créer un ancrage émotif. « En réduisant le nombre d’œuvres présentées, on peut améliorer la qualité de la réception de ces œuvres. Nul besoin de faire appel à des technologies de pointe pour raconter des histoires », ajoute Sébastien Cotte.

Le consultant a lui-même travaillé au Louvre d’Abu Dhabi aux Emirats Arabes Unis, afin de rendre plus attractif l’Ensemble pour le salon-salle à manger de Lord Rothermere, un salon réalisé par Jacques-Emile Ruhlmann (décorateur) et Louis Pierre Rigal (sculpteur) et qui se situait sur les Champs-Élysées. « Les visiteurs ne restaient qu’une vingtaine de secondes pour admirer le salon, autant que le visionnage d’une œuvre », décrit-il. Le musée a donc travaillé sur des œuvres analogues avec le Musée des Arts Décoratifs à Paris pour recontextualiser le salon.

Des couverts, des tissus, des œuvres d’artiste, des vêtements, ont été ajoutés afin de recréer l’ambiance du début du 20e siècle. De la musique a été ajoutée : du classique le matin et du jazz le soir. Des films d’archives sur les Champs-Élysées sont désormais projetés sur les fenêtres occultées avec le bruit de la ville de Paris en fond sonore. La cire d’abeille, utilisée pour entretenir les boiseries, laisse une odeur particulière. « Avec ces ajouts, les visiteurs restent désormais 5 minutes. Ce dispositif multi-sensoriel n’est pourtant pas compliqué ni coûteux. Il a été possible de recréer une ambiance avec une quinzaine de milliers d’euros », explique-t-il.

Low tech ou high tech ?

Pour ce cas particulier, il n’a pas été question d’utiliser d’outils numériques, tout simplement car ils n’étaient pas nécessaires. « Il faut toujours partir de ce que l’on veut raconter et à la fin réfléchir si la technologie peut être utile. On n’en a pas toujours besoin », affirme Sébastien Cotte. La technologie peut néanmoins jouer un rôle dans l’immersion, à l’image des Expéditions Immersives conçues par la société Emissive. Selon lui, ce genre d’expériences permet de préparer le visiteur à mieux recevoir des informations et à les retenir.

Pendant la visite, des outils dotés d’intelligence artificielle qui permettent de discuter avec l’artiste par exemple créent aussi de l’immersion à travers la narration. Le consultant est en train de travailler sur un projet d’hologrammes avec PORTL Hologram qui permettra aux visiteurs de poser des questions à un acteur incarnant un personnage. Une autre manière, plus coûteuse cette fois-ci, de créer de l’interaction avec le visiteur.

Photo d'ouverture : Amauri Mejía

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