« En 2030, l’œuvre importera moins que l’expérience dans un musée »

En perte de vitesse, délaissés par les plus jeunes générations, les musées tentent de se réinventer depuis plusieurs années.

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JL

Julia Luczak-Rougeaux

23 avril 20242 min de lecture

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© Archives Travolution

En perte de vitesse, délaissés par les plus jeunes générations, les musées tentent de se réinventer depuis plusieurs années. Faut-il désacraliser ces lieux culturels pour en faire des lieux de vie ? Doivent-ils investir le métavers pour proposer de nouvelles expériences ? Ces questions ont été débattues lors de la Rencontre annuelle « Culture & Innovation(s) » organisée par le CLIC.

Dans les avis laissés par les visiteurs des musées, on trouve aujourd’hui plus de commentaires critiquant l’affluence que d’appréciations sur les collections. Selon Camille Jouneaux, créatrice de contenu et autrice, cela est dû au fait que le public accorde désormais plus d’importance à l’expérience qu’aux expositions. « En 2030, l’œuvre importera moins que l’expérience dans un musée. Cela soulève des questions en termes de médiation », souligne-t-elle.

Selon elle, tout ne doit pas être instagrammable, mais il faut prendre en compte les nouveaux comportements du public. « Arrêtons de faire la guerre aux selfies, c’est rentré dans les usages », a-t-elle continué.

Cette expérience doit commencer dès l’entrée dans le musée, mais ne doit pas forcément être liée aux œuvres d’art. Selon Camille Jouneaux, le lieu culturel doit devenir un lieu de vie, un lieu de passage, où l'on ne vient pas forcément pour admirer des œuvres. Comme le secteur de l’hôtellerie, le secteur culturel s’interroge sur son ancrage local. « Si le musée devient un lieu de vie, faut-il alors faire payer l’accès dès l’entrée dans le bâtiment ? », questionne la créatrice de contenu.

L’expérience au-delà des murs du musée

Et si l’expérience du visiteur transcendait les murs du bâtiment ? L’artiste et DJ Agoria rappelle que nous avons un corps physique et un corps numérique. Dans quelques décennies, notre corps numérique devrait prendre de plus en plus de place, à mesure que le métavers se développe. Tout reste à inventer dans ces univers, loin de ce que l’on connaît aujourd’hui. « L’expérience sensible que l’on peut vivre face à une œuvre physique est difficilement réplicable dans le métavers. Pourra-t-on dire que l’on a déjà vu une œuvre de Van Gogh si elle était virtuelle ? », s’interroge-t-il.

« Ce sera au musée voire au visiteur de décider à quoi le métavers va ressembler », complète Raphael Granier De Cassagnac, Directeur de recherche au CNRS. Le métavers a le potentiel de montrer le patrimoine que l’on ne voit pas ou plus. « Cela pourrait permettre de faire vivre les expositions ad vitam eternam, de voyager d’un musée à l’autre », a-t-il déclaré. Il est d’accord pour dire qu’il ne faut pas que l’expérience proposée soit la même que dans le monde réel. L’aspect ludique, inspiré de l’univers du jeu vidéo, est intéressant à exploiter. Selon Raphael Granier, le métavers ne va pas remplacer le musée, il permettra de faire vivre les collections hors les murs.

Photo d'ouverture : Michel Catalisano

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