Depuis plusieurs années, le concept de MaaS (Mobility-as-a-Service) se développe en France grâce aux avancées technologiques et réglementaires. Quelles sont les conditions de son déploiement et comment les territoires peuvent-ils s’en emparer ?
Le terme de « MaaS » (Mobility-as-a-Service), qui désigne l’ensemble des services numériques multimodaux, émane de l’intermodalité, le fait d’utiliser plusieurs modes de transport au cours d'un même déplacement. « Le concept de MaaS pousse plus loin des frontières de la multimodalité en mobilisant à la fois les territoires et les opérateurs », a introduit Brice Duthion, Fondateur de l’agence de conseil Les nouveaux voyages extraordinaires, dans le cadre du WIT qui se déroulait le 8 avril au Touquet. Le MaaS semble être un mot miraculeux, la promesse d’une plateforme unique qui faciliterait les déplacements des habitants comme des touristes. Comment peut-il être utile au territoire et sous quelles conditions ?
Pas de MaaS sans données
Pour Fabien Ferdinandy, Président de Loopi, une solution MaaS est utile quand elle est exhaustive sur un territoire. Cela permet de mieux gérer les ruptures de charge, à savoir l’étape durant laquelle des passagers transportés par un premier mode transport sont transférés dans un second mode de transport. « Qui sait, il faudra peut-être demain intégrer des taxis volants », a-t-il ajouté, en référence au projet de transport des athlètes dans le cadre des JO de Paris. Le frein aujourd’hui est que les transporteurs privés (les VTC, les petits trains touristiques, les compagnies de cars et de bateaux, etc.) ne sont pas obligés de partager leurs données, contrairement aux opérateurs publics.
Pour pouvoir être exhaustif, c’est donc un important travail de consolidation et de nettoyage des données qui doit être effectué, explique David Riallant, Président de Visitmoov. « Il ne faut pas chercher à s’adresser qu’aux touristes, mais bien à toutes les personnes qui souhaitent se déplacer », ajoute Fabien Ferdinandy.
Une chose est sûre, pour David Raillant, une application MaaS n’est que la partie visible de l’iceberg. « Ne cherchez pas une solution technique à un problème qui ne l’est pas. Le plus important est que le territoire définisse une vision. L’application n’est que la traduction de celle-ci », a-t-il déclaré sur la scène du WIT.
Les applications MaaS sont aussi génératrices de données et peuvent aider les territoires à identifier des besoins qui n’étaient pas connus.
L’importance de l’UX
Ces applications peuvent proposer la planification, la réservation et le paiement. Mais pour qu’elles soient utilisées, il ne faut pas négliger l’expérience utilisateur. « La multiplication d’offres peut rendre plus complexe la construction d’itinéraire. Il ne faut pas mettre de côté la notion de service », observe Fabien Ferdinandy. Selon lui, le voyage commence dès que l’on empreinte un moyen de transports. Les acteurs du territoire ont donc tout intérêt à rendre cette expérience agréable.
C’est pourquoi l’ajout d’information en temps réel, comme la fermeture de certaines lignes ou la déviation de certains trajets dus à toutes sortes d’évènements, joue un rôle important selon David Raillant.
Vers un monopole du MaaS ?
Faut-il s’attendre à ce qu’une seule application voit le jour afin de réserver tout mode de transport ? Google est bien présent avec Google Maps, mais l’outil ne permet pas (encore) de réserver et de payer un ticket. « J’ai du mal à avoir émerger un monopole, tout simplement parce que ce sujet est complexe et différent d’une ville à l’autre », a partagé Fabien Ferdinandy, complété par David Raillant : « La segmentation des données pose problème aujourd’hui. Nous sommes loin d’arriver à une solution globale comme on peut le voir en Chine ».