Quel sera le rôle du musée en 2030?

Selon plusieurs professionnels du monde culturel, le musée du futur sera davantage un lieu de conversation que de conservation.

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Julia Luczak-Rougeaux

17 avril 20243 min de lecture

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© Archives Travolution

Selon plusieurs professionnels du monde culturel, le musée du futur sera davantage un lieu de conversation que de conservation. Devra-t-il pour autant être militant ? Cette réflexion a été au centre d'un échange réalisé dans le cadre de la Rencontre annuelle du CLIC « Culture & Innovation(s) ».

« Le musée en 2030 sera davantage un espace de conversation que de conservation », a lancé Nathalie Bondil, directrice des expositions et du musée à l’Institut du Monde Arabe, lors de la Rencontre annuelle du CLIC « Culture & Innovation(s) ». Le secteur culturel sera, selon elle, doté d’un mode de pensée plus horizontal, co-créatif, intersectoriel et pluridisciplinaire. Ce sera encore plus un lieu où poser des questions parfois dérangeantes, parfois désagréables. « Il est le symbole de notre richesse démocratique. Il doit montrer la pluralité des opinions tout en respectant les expertises », a-t-elle déclaré.

Le musée sera-t-il neutre en 2030 ?

Le Muséum Aquarium de la Métropole du Grand Nancy s’inscrit dans cette dynamique, avec toujours l’idée de se réinventer. « Nous testons nos limites et celles du public en abordant des thèmes comme les poils, la mort ou encore le sexe », a expliqué Lucile Guittienne, directrice du Pôle Muséal et du Muséum Aquarium. Selon elle, le musée en 2030 sera à l’image de ce que le public veut en faire. Mais il est erroné de dire qu’il doit être neutre. « Dans nos choix d’expositions, nous ne sommes jamais neutres. D’autant plus dans la culture scientifique qui est un vrai enjeu de société », a continué Lucile Guittienne.

Entre engagement et militantisme

Pour Nathalie Bondil, c’est en effet un biais cognitif de dire qu’un musée doit être neutre. Selon elle, il doit même être engagé. Mais il faut faire selon elle la différence entre engagement et militantisme : « Le rôle de toute personne dans une institution culturelle est de trouver la subtile voie qui consiste à s’engager sans rejeter ». Un exercice difficile pour un institut comme celui du Monde Arabe. « Les sujets sont plus difficiles à aborder que l’impressionnisme », a-t-elle continué, non sans provoquer un grondement de mécontentement dans la salle. Des représentants de la Normandie (2024 marque les 150 ans du mouvement impressionniste) étaient visiblement présents.

L’objet comme vecteur de conversation

Même si la conversation sera davantage suscitée au musée en 2030, Georges Magnier, Directeur des Musées de Reims, considère que l’objet gardera une place prépondérante. C’est lui qui sera le vecteur de nouveaux récits. Selon lui, il est primordial d’acquérir de nouvelles compétences : numériques, juridiques, en communication, en développement durable, pour savoir comment aborder les grands enjeux du 21e siècle.

Le musée devra-t-il être un lieu touristique ?

Déjà aujourd’hui, le musée n’est plus seulement considéré comme un lieu d’Art et d’Histoire. Il peut aussi être utile dans la Santé avec la muséothérapie, qui consiste à traiter les maux du corps et de l'esprit par le biais de visites dans un lieu culturel. Cela redéfinit le rôle du musée selon Lucile Guittienne qui a laissé plusieurs questions en suspens : « En 2030 le but du musée sera-t-il d’être attractif, de rayonner le plus largement possible ? Ou plutôt de prendre soin des gens autour, de réduire son impact écologique en mettant en avant le tissu local ? ».

Photo d'ouverture : Liam McGarry

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