Quelques semaines après avoir fait appel à l’amende salée infligée par l’Espagne à son encontre pour abus de position dominante, Booking.com fait l’objet d’une enquête de la part de l’autorité de la concurrence italienne.
En février 2023, Booking.com s'est faite épinglée par l’autorité de la concurrence espagnole (CNMC) pour abus de position dominante, poussant le garant d'une concurrence plus loyale a demandé le paiement d'une amende de 500 millions d'euros, décision contestée par l'entreprise qui a fait appel. Quelques semaines après, l’entreprise se retrouve désormais dans le viseur de l’autorité italienne de la concurrence.
Cette dernière annonce l’ouverture d’une enquête visant à passer au peigne fin la stratégie commerciale de l’OTA afin de s’assurer que celle-ci n’est pas susceptible d'entraîner des effets d'exclusion sur le marché de la réservation d’hôtels. En d’autres termes, l’instruction vise à s’assurer que Booking.com ne profite pas d’une position dominante sur le marché, ce qui constituerait une violation de l’article 102 du TCE.
Booking.com soupçonnée de concurrence déloyale
“Booking accorderait aux hôtels qui adhèrent au programme Preferred Partner (et à son extension Preferred Plus) des avantages en termes de visibilité de leurs propres offres dans les résultats de recherche, en échange de commissions plus élevées et d'un engagement à proposer des prix "compétitifs" sur Booking.com, c'est-à-dire des prix qui ne sont pas supérieurs à ceux pratiqués par les hôtels sur leurs propres sites web ou sur les plateformes d'autres agences de voyage en ligne (les "OTA")”, estime l’autorité de la concurrence italienne dans un communiqué.
L’enquête doit également se pencher sur le fait que “Booking se réserve le droit d'appliquer, sans le consentement de ses partenaires hôteliers, une réduction (appelée "avantage sponsorisé par Booking") afin d'aligner les prix sur sa plateforme sur la meilleure offre en ligne disponible”, une pratique qui va à l’encontre des règles de bonne concurrence. Épinglée à plusieurs reprises par des autorités de la concurrence européenne, Booking.com semble jouir d’une position d’autant plus avantageuse sur le marché digital de la réservation hôtelière.
“Booking.com confirme sa coopération pleine et entière avec la garde des finances (Guardia di Finanza) et l’autorité de la concurrence italienne, qui s’est rendue dans les bureaux italiens de l’entreprise hier", nous indique un porte-parole de l'OTA.
L’Europe en guerre contre les OTA
Pour certains observateurs, il s’agit là d’une conséquence néfaste de l’entrée en vigueur du Digital Market Acts qui, à défaut d’avoir offert plus de compétitivité aux hôteliers, a poussé Google à privilégier d'autres géants du marché, les OTA, parfois au détriment des hôteliers.
“On demande à Google d’atténuer leur position dominante en faisant évoluer d’autres acteurs au sein de leur propre système de distribution. Le problème c’est qu’ils font évoluer exactement ceux qu’on ne souhaitait pas, c’est-à-dire les OTA”, a déploré Sébastien Bazin, PDG du groupe Accor, au micro de BFMTV.
En parallèle, eDreams ODIGEO dénonce l’auto-référencement de longue date pratiqué par Google dans le secteur et appelle la commission européenne à sanctionner le géant de la silicon valley. Une décision qui intervient quelques jours après la date butoir de la mise en conformité au Digital Market Acts, le 7 mars 2024.
Photo d'ouverture : © Jas Rolyn