[Tribune] Le Métavers a-t-il sa place au musée ?

Cette tribune a été rédigée par Marie Gallinella, étudiante à MBA2 à l'ESCAET.

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La rédaction

7 mars 20246 min de lecture

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© Igor Omilaev

Cette tribune a été rédigée par Marie Gallinella, étudiante à MBA2 à l'ESCAET. Elle est se base sur son mémoire sur le métavers et son potentiel d'attractivité touristique dans les lieux culturels.

Monde virtuel immersif qui mélange à la fois l’univers du jeu vidéo, l’e-commerce, la culture et les réseaux sociaux, le Métavers reste une technologie futuriste complexe difficilement envisageable aujourd’hui. Il interroge également les professionnels du secteur touristique et culturel. C’est pourquoi nous allons nous intéresser à la possibilité pour un musée d’avoir recours à cette technologie.

Tout d’abord, c’est en 2021 que le terme « Métavers » est popularisé, notamment avec le PDG de Facebook Mark Zuckerberg, annonçant le changement du nom de son entreprise par Meta et la création de son métavers gamifié, Horizon Worlds. D’autres acteurs privés tels que l’Oréal, Chanel, Adidas ou Carrefour se sont associés avec des métavers décentralisés, fonctionnant avec la blockchain, un système de stockage et de sécurité, comme Decentraland ou The Sandbox.

Le but pour ces entreprises est d’utiliser une technologie ambitieuse et de démontrer ainsi leur capacité à s’adapter aux nouveaux modes de consommation et de partage. Le secteur touristique n’échappe pas à l’émergence de ces nouvelles technologies.

Le Métavers a été en effet mis en place dans des projets d’expérimentations à la fois de promotion touristique comme « Metaverse Seoul »,[1] reproduisant la capitale coréenne, ou d’outil commercial comme « Qverse », de Qatar Airways.[2] Dépendant du tourisme, les musées ont également un rôle à jouer dans l’implémentation de nouvelles technologies, pour à la fois faciliter l’accès à la culture, et démontrer leur capacité d’innovation d’offres. En effet, certains d’entre eux se sont équipés de casques de réalité virtuelle, d'intelligence artificielle, ou d’outils de médiation innovants, de façon permanente ou à l’occasion d’une exposition. Mais qu’en est-il du Métavers ?

Une technologie difficilement envisageable aujourd’hui

Bien que certains musées nationaux aient eu recours à des expériences immersives ou à des outils innovants, le Métavers reste encore en état d’étude. D’après le Château de Versailles par exemple, le Métavers sera possible à implémenter d’ici trois ans pour une mise en place concrète de financement, d’une meilleure connaissance du sujet et de son implémentation. En l’occurrence, le Château de Versailles propose déjà à l’heure actuelle des expositions virtuelles sur Google Arts & Culture, des visites immersives sur leur site internet, ainsi qu’une communication ciblée pour les plus jeunes sur les réseaux sociaux comme TikTok. Autre exemple au musée du Louvre, où il est proposé un contenu virtuel riche sur Google Arts & Culture, ainsi qu’une exposition temporaire en réalité augmentée en partenariat avec l’entreprise, Snapchat.[3]

Quel serait donc pour eux, les avantages à tirer de cette technologie encore difficilement compréhensible, coûteuse et complexe à implémenter ?

Ce que l’on peut espérer du Métavers

Certains, comme le musée national Gustave Moreau & Jean-Jacques Henner ou bien la start-up française « Vrroom », qui organise des événements culturels dans leur propre métavers, évoquent une meilleure accessibilité à la culture, compensant les problèmes de mobilité, de budget ou de santé du grand public.

De plus, l’élément central qui définit le concept de Métavers est le partage, avec la création d’une communauté qui en découle. En 2023 l’Aquarium de Paris [4] a en ce sens créé un événement temporaire dans leur métavers, ainsi qu’une collection artistique de NFT sur le thème des méduses. L’événement en question, consistait en un ensemble de jeux et de quizz sur les espèces aquatiques avec des récompenses à la clé. L’objectif étant pour eux de rassembler les amateurs d’art, d’espèces aquatiques et de nouvelles technologies, et ainsi créer une communauté hétéroclite investie dans le projet.

L’entreprise hollandaise Metaseum, qui aide l’Aquarium de Paris dans la conception de leur métavers, a pour ambition de reproduire virtuellement un ensemble de musées à l’international. Non pas pour remplacer les musées physiques, mais bien pour inciter un nouveau public à les visiter au travers d’une immersion gamifiée et sans limites.[5]

Des questions qui restent en suspens

Cependant, le Métavers pose déjà question au niveau juridique, cybersécurité et éthique. Dans le secteur culturel, les problématiques principales sont le coût et la rentabilité à évaluer, les ressources humaines à identifier, l’implémentation à adapter et la formation des professionnels. Aussi, la question de l’éthique entre en jeu, puisqu’il existe une certaine crainte de la part des acteurs technologiques et du gouvernement, d’une concurrence étrangère, en particulier américaine qui pourrait exploiter le patrimoine français avec une considération moindre. De ce fait, on peut également souligner un manque d’équivalent français de métavers décentralisés. [6]

D’où le sentiment qu’éprouve certains musées à devoir construire par eux-mêmes un métavers entier ou de devoir faire appel à une entreprise privée souvent étrangère, mais qui entraîne évidemment des coûts qui peuvent se chiffrer à plusieurs millions d’euros.

En plus de ces problématiques, les musées sont contraints par leurs espaces physiques et l’ancienneté des bâtisses. Ils doivent également respecter l’identité et l’historique de l’endroit. Par sa définition vaste, le Métavers peut s’imaginer sous différentes formes pour les musées : reconstitution d’une période historique, d’un mouvement artistique, ou encore d’un lieu naturel où l’on pourrait s’y aventurer et y accomplir des missions en échange de récompenses.

Le Métavers peut également exploiter un univers visuellement reconnaissable, que ce soit par le visiteur amateur d’art et d’histoire ou par le visiteur curieux. L’Égypte Antique étant un bel exemple d’univers facilement reconnaissable par son esthétique général.

De plus, il faut accepter le fait que le Métavers ne sera pas pertinent pour tous les lieux culturels puisqu’il ne pourra pas répondre à certaines problématiques ou ne sera pas adapté au lieu en fonction des contraintes que nous avons citées. En revanche, il peut devenir un outil innovant de pédagogie, de communication, de recherche et d’interaction. D’après le gouvernement, la réunion des acteurs technologiques, touristiques et culturels encadrée par les commandes publiques, permettront l’expérimentation de métavers dans les années à venir. [7] 

Sources :

[1] « Comment Seoul simplifie la vie de ses citoyens grâce au metaverse », réalité-virtuelle.com, 2023, Lilia

[2] « Tourisme : les balbutiements du Metavers », Tourmag, 2023, Siham Jamaa

[3] « Snapchat entre au musée du Louvre pour vous faire redécouvrir les antiquités égyptiennes », BFMTV, 2023, Melinda Davan-Soulas.

[4] « Le 3 octobre 2023, l’Aquarium de Paris lance son espace interactif “Jellyverse“, premier plongeon dans le métavers », Club Innovation & Culture CLIC France, 2023, ting.

[5] « Museum Connections : Comment les NFT aident-ils à fidéliser les visiteurs ? » TOM.travel, 2023, Julia Luczak-Rougeaux.

[6] « [Vivatech 2023] Emmanuel Macron annonce 200 millions d’euros pour “la culture immersive et le métavers” », admin, 2023, Club Innovation & Culture CLIC France.

[7] « Mission exploratoire sur les métavers », Adrien Basdevant, Camille François, Rémi Ronfard, 2022, https://www.economie.gouv.fr/metavers-premier-grand-rapport-exploratoire

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