Quel est le potentiel du biomimétisme dans le tourisme ?

Aïna Queiroz est spécialiste du biomimétisme depuis plus de 10 ans.

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Julia Luczak-Rougeaux

21 février 20244 min de lecture

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Image généré par intelligence artificielle avec Adobe Firefly© Archives Travolution

Aïna Queiroz est spécialiste du biomimétisme depuis plus de 10 ans. Si le secteur du tourisme commence à s’intéresser à cette manière de s’inspirer du vivant, elle rappelle que plusieurs moyens de transports ont depuis longtemps observé les animaux pour améliorer les appareils. Aujourd’hui, cette bio-inspiration prend une nouvelle dimension dans l’élaboration d’un tourisme plus durable, comme elle l'a expliqué aux participants de l'évènement Net Managers Collection Hiver 2024.

Qu’est-ce que le biomimétisme ?

Aïna Queiroz, spécialiste du biomimétisme

Le biomimétisme est une approche qui permet d’innover en observant la nature, sans nécessairement faire appel à la technologie, afin de répondre aux défis du développement durable. La bio-inspiration, elle, n’intègre pas nécessairement cet aspect durable. L’architecte espagnol Gaudí a beaucoup utilisé la bio-inspiration pour ses créations par exemple. Le but du biomimétisme est de ne pas impacter négativement la nature. Il ne s’agit pas d’innover pour innover mais de chercher de nouvelles fonctions à ce qui nous entoure.

Pouvez-vous nous donner des exemples de projets utilisant le biomimétisme au sein du secteur touristique ?

Le biomimétisme est utilisé dans plusieurs domaines dans le tourisme : le transport et la mobilité sur place ; l’hébergement ; la restauration ; les activités et l’information/le flux. Les deux premiers étant les plus représentatifs. Dans les transports, l’aviation s’est inspirée depuis longtemps de la nature, l’inventeur Leonard De Vinci et l’ingénieur Clément Ader se sont inspirés des oiseaux et des chauves-souris. Aujourd’hui, les avions sont équipés de winglet, inspirés des cigognes et des aigles. Ce recourbement au niveau des ailes permet de diminuer la traînée de l’avion, d’économiser du carburant et donc de réduire les émissions de CO2. Lufthansa et Boeing s’inspirent quant à eux de la peau des requins. Le film adhésif bionique Aeroshark se fixe sur le fuselage et les nacelles des moteurs des avions, ce qui permet de réduire la résistance au frottement et ainsi diminuer la consommation de carburant. Du côté du train, c’est le bec du marin pêcheur qui a inspiré le Shinkansen au Japon. Son design particulier lui permet de réduire la compression lors de son passage à grande vitesse dans les tunnels. Cela améliore l’aérodynamisme et le confort des passagers puisque cela réduit la douleur au niveau des oreilles des passagers. La nageoire du dauphin et des poissons a inspiré le monde maritime et permet de supprimer les hélices, néfastes pour les fonds marins. Pour l’hébergement, la problématique est de savoir comment s'intégrer dans l'environnement. L'Hôtel Eastgate, à Harare au Zimbabwe, a été conçu par l'architecte Mick Pearce. Il s’inspire des termitières et notamment de leur système de refroidissement afin de rafraîchir l’établissement. La mangrove répond également aux problématiques de montée des eaux pour les hôtels en bord de mer.

Pourquoi les acteurs du tourisme s’intéressent-ils de plus en plus au biomimétisme ?

Je pense que de plus en plus d’acteurs réfléchissent au long terme. Mais il y a encore beaucoup de questionnement autour de ces sujets. Il y a aussi la question de la désirabilité de ces expériences. L’éco-tourisme peut paraître moins « sexy », moins immersif. Pourtant, le biomimétisme permet de réinventer les imaginaires. Oui, ce n’est pas très instagrammable de ramasser des déchets ou d’observer des escargots. C’est au territoire de rendre ces activités désirables. Chaque touriste a besoin de raconter son histoire touristique. Dans ce sens, la Bretagne a ouvert une cellule d’innovation touristique nommée TiHUB qui accompagne les structures et les finance s’ils répondent à certaines conditions.

Comment passer concrètement à l'action ?

Après avoir observé le vivant, il faut ensuite trouver une solution au problème. Par exemple, on peut partir du problème que les avions émettent trop de carbone. A partir de là, on met en place une méthodologie et un prototype pour réduire cet impact. Un office de tourisme peut par exemple se rapprocher d’une entité spécialisée qui pourra l’accompagner. Ce peut-être un cabinet de recherche ou un institut des futurs souhaitables. Il est primordial de s’entourer d’experts.

Quel rôle jouera le biomimétisme dans le tourisme de demain ?

Je pense que l’on va se questionner de plus en plus sur notre impact. Et je pense que l’on protège mieux le vivant quand on le connaît. Pour moi, le tourisme durable ne doit pas empêcher les personnes de voyager. Il doit réduire l’impact sur l’environnement. Dans le secteur, il y a eu beaucoup de fausses bonnes idées, les problèmes n’ont pas été anticipés, et il faut aujourd’hui rattraper les répercussions sur notre écosystème. Le biomimétisme, lui, ne génère pas de fausses bonnes idées, c’est une démarche vertueuse qui prend en compte tout ce qui nous entoure. Il s'ancre dans un futur souhaitable.

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