Après avoir notamment co-fondé Travelprice et fondé Ecotour.com, Guillaume Victor-Thomas s’est lancé dans le domaine des neurosciences en 2015. A l’occasion d’une nouvelle levée de fonds de son entreprise Omind Neurotechnologies, créée en 2016, il revient aux côtés de son cofondateur Nicolas Bassan, sur le potentiel des neurosciences dans la formation des salariés en entreprise. Dans un monde en perpétuelle évolution, elles permettent de s’adapter pour faire face aux nouveaux défis du monde du travail.
Vous avez quitté le secteur du tourisme il y a quelques années pour vous lancer dans les neurosciences. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre société Omind Neurotechnologies ?
Guillaume Victor-Thomas, Fondateur d'Omind Neurotechnologies
Guillaume Victor-Thomas : Nous avons créé l’entreprise il y a 8 ans avec l’idée que dans le monde du travail, l’Homme doit de plus en plus faire face à de nouveaux enjeux accélérés par de nouvelles technologies, telles que l’intelligence artificielle. Le monde est de plus en plus rapide et imprévisible. Il n’est plus possible d’évoluer naturellement pour faire face à ces changements. Dans ce contexte, les neurosciences permettent d’adapter les connaissances humaines, de se connaître soi-même et de réduire l’écart entre la perception et la réalité. Il y a souvent un très grand écart entre ce que l’on pense être capable de faire et ce que l’on peut faire en réalité. Les femmes se sous-estiment souvent, tandis que de jeunes entrants vont avoir tendance à se surestimer. C’est pourquoi nous allons au-delà du questionnaire déclaratif pour apprendre à connaître les individus avec des mises en situation à travers de jeux issus de la recherche.
Nicolas Bassan, Co-fondateur de Omind Neurotechnologies
Nicolas Bassan : Nous allons par exemple mesurer la prise de risque. Dans une situation où il faut gonfler un ballon, nous allons mesurer jusqu’où peut aller une personne. Plus elle le gonfle, plus elle gagne de points, mais il y a plus de risque de le faire exploser. Nous mesurons également l’empathie, en faisant deviner des émotions en affichant seulement des yeux. La réactivité émotionnelle se mesure quant à elle en affichant des images plus ou moins positives ou négatives. Nous ajoutons également des capteurs sur les mains pour voir comment le corps réagit. Cela permet de savoir si la personne est capable de gérer des situations stressantes. Ces premiers tests permettent de mieux se connaître. C’est le premier levier du développement des compétences. On donne ensuite des recommandations pour le quotidien et nous ciblons des compétences à travers du e-learning et du coaching. Le but est d’ancrer de nouvelles pratiques dans le quotidien.
Comment savoir si une personne a « évolué » ?
Nicolas Bassan : Nous avons plusieurs points de mesure. D’abord une auto évaluation de la personne. Elle se note avant et après nos programmes. En moyenne, cette note augmente de plus de 2,5 points. Elle peut aller jusqu'à doubler. Nous avons aussi des tests objectifs, comme les mises en situation, qui permettent de mesurer l’évolution. En moyenne, les résultats montrent une montée en compétence comprise entre 19% et 35%.
Pourquoi ce genre de méthode est-il pertinent dans le contexte actuel ?
Guillaume Victor-Thomas : Ces dernières années, l’Homme a du mal à s’adapter aux situations. On a vécu plusieurs confinements, le monde économique et les modèles sont incertains, le mal-être au travail prend de l’ampleur. Beaucoup perdent la maîtrise de leur environnement. Les neurosciences offrent une connaissance pointue de l’individu, mais elles n’avaient jamais eu d’application dans la formation et le travail au quotidien. Il y a pourtant un potentiel à développer les compétences psycho-sociales des salariés. C’est un investissement sous-estimé. Ces 5 à 10 dernières années, les entreprises ont dépensé beaucoup d’argent pour améliorer le confort des salariés, mais ça n’a pas fonctionné. En aidant les gens à mieux connaître leurs compétences, ils vont davantage collaborer et comprendre leur environnement. Il y a un enjeu de rétention de talent et de mieux-être au travail.
Alors que les technologies évoluent sans cesse, que l’intelligence artificielle envahit nos quotidiens, comment cette méthode de formation peut-elle aider les professionnels du tourisme ?
Guillaume Victor-Thomas : En 2014, je quittais Ecotour.com et vendait l’entreprise à Promovacances. Pour moi, le futur était ailleurs que dans le secteur du tourisme. Je me suis alors demandé quels étaient mes actifs, mes compétences. Je pense que chaque professionnel du secteur à une disposition à l’incertitude, à rebondir, et ça, c’est inestimable. En cas de crise économique, géopolitique, il faut être capable de s'adapter, de reprogrammer son offre. Beaucoup de compétences sont liées à l’humain, c’est ce que les professionnels doivent chercher à cultiver.
Nicolas Bassan : C’est une question de flexibilité cognitive. Être capable de voir une problématique sous plusieurs angles peut être intéressant face à un client. L’intelligence artificielle révolutionne la manière dont on travaille, mais la capacité à adopter ces outils et à performer dépend des soft skills que l’on détient. Si l’on se sent menacé par l’IA, on aura plus de difficultés à embrasser le changement, ce sera une prophétie auto-réalisatrice. Dans l’industrie du voyage, les personnes qui se mettront en retrait de la technologie sont celles qui vont en pâtir le plus.
Guillaume Victor-Thomas : Lorsqu’il y a une menace, on peut choisir de se battre ou de fuir. On parle souvent du neuromythe qui dit que nous n’utilisons que 10% des capacités de notre cerveau. C’est faux d’un point de vue des neurosciences, mais cela montre notre capacité à nous adapter. A tout âge, nous générons de nouveaux neurones. Plus on habitue son cerveau à la nouveauté, plus on va développer sa capacité d’évolution. Il y a toujours une part d’incertitude en ce qui concerne l’innovation. Mais il faut continuer à cultiver l’intuition et l’imagination en attendant que de grandes révolutions se réalisent.
Vous venez d’annoncer une levée de fonds, quels sont vos projets de développement ?
Guillaume Victor-Thomas : Nous avons déjà investi 6,2 millions d’euros sur la recherche et le développement de nos services. Cette année, ce nouveau tour de table compris entre 900 000 et 1,5 million d’euros va nous permettre d’accélérer notre développement commercial. Nous prévoyons de doubler le CA 2024 à 1,8 million d'euros. Une partie de cette levée de fonds est réalisée en crowdfunding auprès de l’entreprise Tudigo et une autre est issue de l’investissement de business angels qui ont eux-mêmes des rôles de direction dans de grands groupes. Nous travaillons déjà avec des marques telles que LVMH, Ikea et Accenture. Nous voulons développer de nouveaux partenariats.