Avec l’essor de l’intelligence artificielle, l’arrivée de nouvelles régulations, la prise de conscience des entreprises, le terrain n’a jamais été aussi propice à la création d’un centre de données européen dans le tourisme. Que ce soit pour les données non personnelles comme les données personnelles, plusieurs chantiers sont en cours afin de favoriser la collaboration entre acteurs du secteur. Un challenge de taille qui nécessite encore de trouver des modèles économiques et des cas d’usage concrets. On fait le point avec trois acteurs qui travaillent chacun à leur échelle à favoriser l’échange de données dans le tourisme : EONA-X, Themis-X et Uska.


David Krieff, DSI du Groupe ADP et Président d’EONA-X : La plateforme technique est en cours de finalisation et nous sommes en train de mettre en place des uses cases pour les Jeux Olympiques de Paris. Nous souhaitons trouver une méthode pour identifier des uses case qui mobilisent des acteurs économiques publics et privés. Le but est qu’ils y trouvent leur intérêt. On ne peut pas faire vivre une dynamique de partage de données avec uniquement des objectifs de bien commun, il faut qu’il y ait un intérêt économique. Par exemple, nous voulons communiquer des informations de fréquentation afin que des plateformes ait accès à la demande en taxi ou VTC. Cela permet à l’utilisateur d’avoir une offre assez large, aux VTC de se coordonner et aux opérateurs d’infrastructure de réduire la congestion. Nous établissons également des liens avec d’autres espaces de données en Europe, comme le Mobility Data Space en Allemagne. Chaque pays a un « National access point » qui permet d’accéder à des données relatives à la mobilité.
Themis-X était un autre espace de données, mais il a fusionné récemment avec EONA-X. Pourquoi ? Quelles sont les données qu’il veut exploiter ?
Arno Pons, Président de Themis-X
Arno Pons, Président de Themis-X : Cette fusion était attendue par l’Etat car elle facilite la compréhension pour le marché et facilite son financement. Nous nous appuyons sur l’infrastructure d’EONA-X et tous nos membres, Accor, Manawa, APIDAE ou encore Compagnie des Alpes, sont intégrés à sa gouvernance. Themis-X est orienté vers les données personnelles. Nous avons mis au point le service « My Travel Connect », un bouton qui sera présent sur les sites internet des partenaires. A la manière de France Connect, il permettra de s’identifier sur chacun des sites et de « transporter » ses données d’un site à l’autre. Cela permettra d’avoir des offres et des recommandation personnalisées, mais aussi de ne plus passer par Google et les OTA. L’enjeu concerne donc aussi la gouvernance. Nous faisons partie des lauréats de l’AMI pour les Jeux Olympiques. Nous allons nous intéresser à des cas d’usages pour les personnes à mobilité réduite.
Chez Uska vous utilisez plutôt les données de petits acteurs touristiques en les aidant à être visibles en ligne. Pensez-vous que l’échange de données dans le secteur doit nécessairement passer par une approche top-down ?
Damien Catala, CEO de Uska : Des plateformes comme DataTourisme ont montré qu’une approche top-down dénué de notion économique, de gouvernance et de notion de qualification de la donnée ne peuvent pas créer de révolution dans le secteur. Dans mon quotidien, je pars davantage du terrain, en effet. J’échange des données avec des entreprises de même taille, dans une recherche de partenariat équitable. Les entreprises du tourisme n’ont pas attendu la création d’un data space pour s’échanger des données. Mais cela a des limites. Le fait de fédérer un écosystème, de créer un cadre de partage, va permettre de mener cette dynamique à une toute autre échelle.
Arno Pons, Président de Themis-X : Il n’y aucune contradiction dans ce que nous faisons avec EONA-X et l’échange de données entre plus petits acteurs. Un espace de donnée ne fonctionne que s’il y a une multitude d’acteurs de typologies différentes. Le Règlement sur la gouvernance des données va obliger les entreprises à s’ouvrir au partage des données, quelle que soit leur taille. Mais il faut être pragmatique, pour faire avancer le train, il faut une locomotive. Sans des entreprises comme ADP, Air France ou Renault, les choses iraient beaucoup moins vite. Je pense que d’avoir des entreprises importantes, dans lesquelles les gens ont confiance, convaincra d’autres à nous rejoindre.
Les Jeux Olympiques sont-ils un test pour vous, afin justement de convaincre d’autres entreprises à vous rejoindre ?
David Krieff, DSI du Groupe ADP et Président d’EONA-X : Les cas d’usage que nous allons mettre en place dans le cadre des Jeux Olympiques permettront aux acteurs de trouver leur intérêt. Plus qu’un nouveau cadre législatif, je pense que c’est un cadre de confiance qui favorisera la collaboration entre entreprises. Mais il ne faut pas se tromper, il s’agira bien de créer et de partager des données autour des JO, mais nous n’aurons pas accès aux données générées par les JO eux-mêmes. Ce sera l’occasion de rendre service, de pousser les acteurs à partager leurs données dans ce cadre, pour qu’ils y voient leur intérêt.

