Ateliers des Lumières, AURA Invalides, « Odyssée Sonore » au Théâtre Antique d’Orange... La technique du vidéo mapping, qui consiste à projeter de la lumière ou des vidéos sur des structures en relief, séduit de plus en plus de lieux touristiques et culturels. Comment expliquer cet engouement ? Nous avons interrogé Antoine Manier, Directeur de l’association Rencontres Audiovisuelles, qui développe des expériences en vidéo mapping depuis 10 ans dans le monde entier.
Comment expliquer l’essor du vidéo mapping en France ?
Antoine Manier, Directeur de l’association Rencontres Audiovisuelles
Le vidéo mapping existe sous cette forme depuis 20 ans déjà, mais son développement a connu une accélération ces dernières années, notamment avec l’amélioration des vidéoprojecteurs. Désormais, la technologie est moins coûteuse et plus puissante. On peut voir des mapping monumentaux partout, même dans les petites villes. Des lieux, comme l’Atelier des Lumières, utilisent la technique et l’écriture du mapping. Le mapping immersif, lui, est plus récent. Il a connu une accélération ces 5 dernières années au niveau international. Des versions ponctuelles ont également fleuri dans les musées. Il y a donc deux aspects du mapping aujourd’hui : des lieux dédiés à la diffusion d’œuvres en vidéo mapping ou des lieux existants que l’on équipe. L’arrivée de l’intelligence artificielle générative vient impacter le modèle économique en baissant les coûts. Cela permet de démocratiser le vidéo mapping.
Quel est l’intérêt du vidéo mapping dans la valorisation du patrimoine ?
Le mapping est intéressant car il a un côté spectaculaire, il s’adresse à un public très large et l’écriture numérique permet de faire une multitude de choses. C’est une technologie intéressante pour faire passer un message, une médiation. La diffusion sur un bâtiment ou une statue est plus efficace pour une jeune public qu’un simple cartel. Le côté magique est immédiat. Le vidéo mapping peut aussi être interactif et apporter un intérêt supplémentaire. Nous avons par exemple conçu une expérience où il était possible de jouer à un jeu vidéo sur une façade à l’aide de joysticks. Il est aussi possible d’utiliser des technologies de captures de mouvement. Cela demande en revanche une écriture particulière.
Peut-il aussi être utilisé dans une approche touristique ?
Le vidéo mapping peut être utilisé sur un bloc de béton, une station de métro, une bouche d’égout. Il est possible de mettre en place un parcours dans une ville en ajoutant de la poésie dans le quotidien des habitants. Le spectateur n’est plus statique, mais il est invité à déambuler. Cela peut permettre de faire découvrir des espaces moins connus en mettant en valeur des bâtiments. De plus, ce genre d’expériences génère de la nuitée car elles ont souvent lieu le soir. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, elles peuvent avoir lieu toute l’année, même lorsque la météo est moins agréable. D’ailleurs, le vidéo mapping est souvent associé à la période de Noël. Mais beaucoup de collectivités l’utilisent pour attirer du public durant les ailes de saison.
Comment se place la France sur la scène internationale ?
Nous sommes considérés comme les pionniers du mapping car nous avons développé ce qu’on appelait alors les « grandes images ». En Asie la technologie se développe, mais mis à part Teamlab, il n’existe pas tant d’acteurs. L’Europe et l’Amérique du Nord restent les deux continents les plus avancés. En revanche, c’est une filière peu structurée et les différentes entités se connaissent peu. En France, il y a une non reconnaissance du mapping en tant qu’art, ce que je regrette. Il n’y a pas de soutien à la création. Le secteur vit donc de la commande, souvent publique.
Comment voyez-vous l’évolution du vidéo mapping dans les prochaines années ?
Les outils vont continuer d’évoluer rapidement, que ce soit en termes de production d’images, d’utilisation de l’intelligence artificielle ou de temps réel. Je pense qu’après le mapping immersif, c’est le mapping sur objet qui connaîtra un essor.