Le tourisme régénératif, une tendance incontournable pour le futur du tourisme

Les touristes sont de plus en plus conscients des impacts économiques, sociaux et environnementaux de leurs choix de destinations et d’activités sur place.

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Armelle Solelhac

20 novembre 20237 min de lecture

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© Douglas Bagg

Les touristes sont de plus en plus conscients des impacts économiques, sociaux et environnementaux de leurs choix de destinations et d’activités sur place. Mais entre la volonté déclarée d’agir et la réalité de l’action, il reste encore un espace vide. Pour autant, le « tourisme régénératif » a le vent en poupe. Mais qu’est-ce que c’est exactement ? Comment les destinations touristiques le mettent concrètement en œuvre ? Décryptage.

Un mouvement en faveur de l’environnement et des populations locales au service de l’économie

Pour les touristes, l’expérience de voyage doit désormais avoir du sens, voire avoir un objectif utilitaire : social, environnemental, humanitaire, solidaire, éthique, etc. Idéalement pour les territoires et populations locales, le tourisme doit (re)devenir « régénératif », c’est-à-dire que les touristes doivent en partant laisser la destination qu’ils ont visité dans un meilleur état qu’ils l’ont trouvé à leur arrivée. L’objectif du tourisme régénératif est donc de vivre une expérience authentique qui permet de préserver – et ultimement de revitaliser – l’environnement et la faune et/ou d’améliorer les conditions de vie des populations autochtones.

Ce tourisme solidaire et éthique consiste donc à proposer une expérience en coproduction avec les habitants. C’est une immersion qui peut être au plus près des populations locales, notamment dans les pays défavorisés en vivant chez l’habitant pour apprendre un mode de vie différent et questionner la société de consommation. Le vacancier participe à la vie locale et apporte avec respect et humilité ses idées pour améliorer le fonctionnement d’une communauté. Il tisse des liens très forts avec les autochtones et contribue économiquement à améliorer leurs conditions de vie grâce à une commission prélevée sur le prix du séjour.

Un changement de perspective sur le tourisme

Comme l’a rappelé Tiffany Flour en février 2021, il faut donc dépasser les grands principes du développement durable en matière de tourisme, qui pour l’Organisation Mondiale du Tourisme impliquent de :

  • Faire un usage optimal des ressources environnementales ;
  • Respecter l’authenticité socio-culturelle des communautés d’accueil ;
  • Garantir des activités économiques viables à long terme.

L’une des clés pour y arriver est de changer de perspective et non pas de se demander « Comment voyager en faisant le moins mal possible ? », mais plutôt « Comment voyager en faisant profiter le territoire et en le rendant meilleur ? ». Ainsi, le touriste, simple consommateur passif, devient un véritable consomm’acteur. On passe d’un paradigme où l’on considère que plus de visiteurs entraînent plus de revenus, à un paradigme où l’on comprend que moins de visiteurs qui dépensent plus (parce qu’ils ne perdent plus de temps en restant immobile dans des files d’attente) apportent une meilleure expérience et plus de rentabilité.

Le tourisme régénératif comprend différents points clés :

  • La sensibilisation des touristes et l’incitation au respect de l’environnement, des locaux et de la culture ;
  • Une contribution financière à la préservation des lieux fréquentés ;
  • La fermeture si nécessaire de certains espaces naturels ou historiques trop endommagés ;
  • La mise à disposition de moyens de transport moins polluants ;
  • Le refus d’exporter les espèces endémiques ;
  • L’interdiction d’importer des espèces animales ou végétales invasives pour préserver les écosystèmes fragiles locaux ;

Des success stories inspirantes, qui ouvrent la voie des possibles : l'exemple de la Nouvelle-Zélande

A titre d’exemple, la Nouvelle-Zélande a su se réadapter en mettant en place différentes mesures. En 2019, les parcs nationaux de renommée mondiale ont instauré une taxe de 35 NZ$ (environ 20€). Cela a permis d'apaiser les inquiétudes locales concernant le coût environnemental du tourisme et de contribuer à la gestion et à la protection des atouts naturels uniques de la Nouvelle-Zélande. Le pays s’est aussi fixé des objectifs de régénération ambitieux pour décarboner les voyages sur son territoire. L’achat de véhicules électriques a été activement encouragés par le gouvernement néo-zélandais et la géographie compacte du pays a facilité leur adoption. la Nouvelle-Zélande est également investi dans le développement de nouveaux carburants d'aviation à faibles émissions. La restauration des paysages, des rivières et des mers endommagés et le passage à une économie circulaire zéro déchet sont aussi à l'ordre du jour. Pour cela, les entreprises touristiques ont ouvert la voie : restauration des plantes et des arbres indigènes, éradication des ravageurs, passage à des pratiques énergétiques propres et vertes, pédagogie et éducation des clients à une philosophie verte et progressiste qui fait partie intégrante du mode de vie néo-zélandais, etc.

En outre, l’éthique de la population maorie (tiaki) imprègne tout le pays et sous-tend l’idée d’un tourisme régénérateur. Les visiteurs sont invités à apprendre la promesse Tiaki et à la partager sur leurs réseaux sociaux. C'est une déclaration selon laquelle "En voyageant en Nouvelle-Zélande, je prendrai soin de la terre, de la mer et de la nature, en marchant légèrement et en ne laissant aucune trace. Je voyagerai en toute sécurité, en faisant preuve de soin et de considération pour tous. Je respecterai la culture, voyageant avec un cœur ouvert et l'esprit ".

Des success stories inspirantes, qui ouvrent la voie des possibles : l'exemple du Mexique

De nombreuses autres initiatives ont vu le jour, à l’instar des îles Marietas au Mexique. Il s’agit d’un archipel qui se situe à environ 8 kilomètres des côtes, dans l’Océan Pacifique. Autrefois utilisées comme zone militaire, ces îles sont ensuite devenues un parc national protégé, très prisé des plongeurs et des touristes, grâce à ses riches fonds marins, propices à la reproduction des dauphins, baleines à bosses et autres raie manta, ainsi qu’à sa plage emblématique, la « playa del amor », aussi appelée la plage cachée (« playa escandida »). En effet, elle consiste en un trou parfaitement rond, à ciel ouvert, du sable doré, des eaux turquoises, baignées de soleil.

Crédits : Vallarta Adventures

Cette plage aurait été créée par l’explosion d’une bombe qui aurait atterrit malencontreusement à cet endroit à l’occasion d’essais militaires. Cependant, d’après certains biologistes, il s’agit plutôt de l’érosion de la roche par les reflux de la mer. Une forme de mystère subsiste autour de l’apparition de ce site si singulier, le rendant d’autant plus attractif. Jusqu’en 2016, plus de 3000 personnes par jour circulaient dans le parc, avec pour conséquence une forte détérioration de la vie marine et une expérience touristique de piètre qualité. Les autorités ont alors décidé de fermer ce dernier pendant 6 mois. Elles en ont profité pour replanter du corail et pour effectuer plusieurs études scientifiques. Lors de sa réouverture, le nombre de visiteurs dans le parc national a été limité à 650 par jour et seulement 116 sur la plage cachée. Ainsi, les groupes profitant de la playa escandida sont composés de 12 personnes maximum et ne peuvent pas passer plus de 15 minutes sur place.

En raison des nombreuses espèces d’oiseaux protégés, le matériel de prise de vue lourd (type drône, pied photo, etc.) est strictement interdit sans autorisation préalable de la part des autorités du parc. En outre, l’usage de crème solaire est prohibé au sein du parc dans le but de préserver la faune aquatique et les plantes endémiques. Les touristes doivent donc protéger leur peau avant de monter à bord des bateaux les conduisant dans l’enceinte du parc. La durée du trajet permettant à la peau d’absorber une grande quantité des agents néfastes pour les espèces marines. Ces restrictions ont exercé une influence très positive sur le parc et l’expérience touristique globale. Depuis 2016, toutes les mesures scientifiques montrent que les cétacés qui avaient quasiment disparus sont de retour pour se reproduire, les massifs coraliens reprennent vie et jouent à nouveau leur rôle de régulation de l’eau, la faune aquatique est redevenue vivace.

Ce tourisme régénératif est systématique rendu possible grâce à un travail d’intelligence collective en co-construction entre les autorités, la population locale et les acteurs professionnels du tourisme. C’est la clé du succès.


Armelle_Solelhac_SWiTCH-AgencyDiplômée d’un Master en droit et de l’ESCP Business School, Armelle Solelhac part en 2005 faire un tour du monde dans 280 stations de ski, dans 27 pays sur 5 continents pendant 2 ans. Au retour, elle fonde SWiTCH, un cabinet de stratégie marketing et RSE spécialisé dans le tourisme et les sports outdoor. En 2016, elle repart pour un 2ème tour du monde de plus de 100 destinations balnéaires dans 14 pays sur 4 continents. En octobre 2019, elle a publié un ouvrage qui fait désormais référence sur le Management et le Marketing des Stations de Montagne.

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