La faillite du géant américain des bureaux partagés et du coworking secoue le marché et WeWork tente aujourd’hui le tout pour le tout se donner une dernière chance. Comment la société créée en 2010 en est-elle arrivée à ce point de rupture et quelles pourraient être les conséquences pour les acteurs du marché ?
Fondé en 2010 par Adam Neumann et Miguel McKelvey, WeWork est venu disrupter un marché que l’on croyait inébranlable : celui de l’immobilier de bureau. L’acteur arrivait alors avec un modèle novateur qui allait séduire de nombreux travailleurs nomades et très vite des entreprises, dont des grands comptes. S’en est suivi une multiplication d’acteurs qui ont participé à la diversification de l’offre à travers le monde, dont Wojo ou bien encore Ubiq sur le marché français. Fort de son succès, WeWork a misé sur un développement très (trop) rapide, incluant des investissements coûteux et un mode de gouvernance de plus en plus décrié en interne. Adam Neumann, l’un des fondateurs, fait rêver les investisseurs sur sa startup à l’ascension fulgurante et valorisée à 47 milliards de dollars mais voit le ciel s’obscurcir progressivement. L’entrepreneur israélo-américain rêvait, entre autres, de devenir le président du monde, mettre un terme à la faim sur la Terre et très humblement changer le monde.
2019, départ de Neumann et report de l’entrée en Bourse
En 2018, la licorne devient le plus grand locataire de bureaux privés à New York avec près de 500 000 mètres carrés répartis sur plus de 50 emplacements dans la ville mais les premières difficultés financières arrivent. En octobre 2019, Softbank vole au secours de WeWork en investissant près de 5 milliards de dollars. Sa note de solvabilité financière venait d’être reléguée dans la catégorie de dette toxique. A la même période, la société renonce à son entrée en Bourse pour finalement y parvenir en mars 2021. Toujours en 2019, Adam Neumann est poussé vers la sortie et quitte le navire avec un parachute doré à hauteur de 1,7 milliard de dollars. Mais après plusieurs mois de rumeurs, le 7 novembre dernier WeWork annonce son dépôt de bilan et se place sous Chapter 11*, espérant ainsi une potentielle reprise.
La fin de l’eldorado ?
Sur le marché, le symbole est grand : la chute du pionnier marque-t-elle le début de la fin pour les acteurs du coworking et des bureaux partagés ? Selon Mehdi Dziri, directeur général chez Ubiq, WeWork paient les frais d’un « modèle initial défaillant et par une volonté de croissance trop rapide ». Il ajoute : « Les séquelles de la gestion durant l’ère Neumann sont profondes et la stratégie adoptée n’a pas fonctionné d’un point de vue opérationnel ». Des paris d’ouvertures trop risqués, un développement trop rapide et des baux payés au prix fort…Le chute était annoncée. « Il faut cependant dissocier le modèle économique des espaces de coworking et bureaux partagés de celui de WeWork », déclare-t-il. Selon lui, le modèle fonctionne et la demande est en croissance : « Le marché a réussi à trouver sa clientèle, à se diversifier et à se professionnaliser avec des acteurs qui proposent des offres pour toutes les entreprises, de la startup au grand groupe ».
Comme le rapportent nos confrères de DeplacementsPros, la crise de l’immobilier de bureau et la tendance au retour sur site des salariés penchent également en leur faveur : « Les entreprises sont plus que jamais à la recherche de solutions flexibles et de services pour inciter les travailleurs à revenir au bureau ». Concernant une faillite sans reprise de WeWork, le dirigeant nous assure que cela ne serait pas une bonne nouvelle pour le marché. « Déjà parce que cela envoie un signal négatif mais surtout parce que, quoi qu’on en dise, WeWork a révolutionné l’immobilier de bureau et notre façon de travailler. Si le marché fera sans lui, nous avons toujours besoin d’acteur innovant pour le faire évoluer et le rendre plus responsable », conclut-il.
*La protection du chapitre 11 peut être demandée soit par une entreprise en difficulté, soit par un de ses créanciers. La procédure traduit une volonté de restructuration, sous le contrôle d'un tribunal. Lorsqu'une entreprise en difficulté se place sous la protection du Chapter 11, cela entraîne le gel de ses engagements et de ses dettes.
Photo d'ouverture : @Dan Gold