Dans un rapport baptisé "En mode avion", Greenpeace reproche aux influenceurs voyage et aux publicités du secteur aérien d'être à contre-courant de l'urgence climatique. Elaboré par deux chercheuses en sociologie, Saskia Cousin et Garance Bazin, les publicités et influenceurs contribuent selon elles à valoriser l'hypermobilité aérienne.
A travers son rapport, Greenpeace accuse les voyagistes et compagnies aériennes de prôner un voyage carboné qui nécessite obligatoirement de prendre l'avion. Sont notamment citées easyJet, Transavia ou Emirates qui semblent minimiser leur impact sur l'environnement et pour qui voyager est obligatoirement synonyme de plages de sable fin ou de cultures différentes. "La montagne, la campagne et plus largement les destinations locales sont invisibilisées, alors même que l’immense majorité de la population française qui part en vacances se rend souvent dans l’Hexagone, chez des proches, au camping ou en itinérance", est-il indiqué à travers le rapport.
Avant d'ajouter : "Cette incitation au lointain est d’autant plus questionnable qu’emprunter fréquemment des vols de loisir long-courrier est incompatible avec le budget carbone dont dispose l’humanité. Un aller-retour en Thaïlande ou au Brésil, ce sont environ 3 tonnes d’équivalent carbone par passager qui sont envoyés dans l’atmosphère selon l’ADEME". Souvent, ces publicités favorables à l'aérien mettent en avant des prix défiant toute concurrence, incitant à la surconsommation et à l'hypermobilité aérienne, notamment chez les jeunes.
En parallèle, leur communication sur l'avion vert est pointée du doigt. SAF, hydrogène, avion électrique...les compagnies redoublent d'effort pour faire savoir qu'elles investissent dans l'aérien du futur. Mais selon Greenpeace, ces «mythes technologiques» ont pour rôle de ralentir les actions politiques en jouant sur la promesse de l’avion durable et freiner ainsi les mesures nécessaires à la réduction du trafic aérien. Récemment, une plainte pour communication trompeuse et greenwashing a été déposée concernant Air France et 16 autres compagnies aériennes.
Les influenceurs sont complices selon Greenpeace
Mais les compagnies aériennes et les voyagistes ne sont pas les seuls acteurs qui figurent dans ce rapport. L'organisation accuse également les influenceurs voyage d'amplifier les effets de cette publicité traditionnelle et de pousser à la consommation aérienne. Via des posts où sont floutés les noms des comptes concernés, on peut y lire des récits de voyages et des influenceurs se "vanter" du nombre de pays visités. En revanche, aucun moyen de vérifier qui sont derrières ces posts et de quand ils datent. "Ces destinations en vogue subissent un flux important de visites avec l’arrivée massive de touristes voulant reproduire les clichés vus sur Instagram", est-il indiqué à travers le rapport.
L'organisation demande des mesures concrètes
Greenpeace demande ainsi au gouvernement français de mettre en place des mesures concrètes permettant de diminuer drastiquement le trafic aérien et de favoriser l’émergence de nouveaux imaginaires de voyage compatibles avec l’urgence climatique. L'organisation cite une «loi Evin climat» interdisant toute publicité et partenariat sponsorisé pour les activités les plus émettrices de gaz à effet de serre, notamment le transport aérien, la fin des avantages fiscaux dont bénéficie le secteur aérien et le report de ces ressources dans le ferroviaire et un Interrail offert à tous les jeunes d’une tranche d’âge afin de démocratiser le voyage en train et d’encourager les échanges interculturels. En fin de rapport, des recommandations sont également formulées à l’attention des influenceuses et influenceurs qui aimeraient contribuer à construire "de nouveaux imaginaires de voyage."
Le rapport complet est disponible ici
Photo d'ouverture : @Markus Spiske