La cartographie est un outil puissant pour mettre en valeur un territoire, mais il reste l’apanage de Google Maps et de son milliard d’utilisateurs mensuels. Comment les offices de tourisme et les OGD peuvent-ils utiliser cette technologie pour reprendre la main sur le contenu touristique ? Nous avons posé la question à Timothée Lairet, Cofondateur de Vizity et désormais Directeur du développement chez Wemap.


Nous ne voulons pas concurrencer Google Maps, du moins, pas frontalement. D’ailleurs nous utilisons certains des outils de Google comme le geocoding, qui permet de déterminer un positionnement en fonction des coordonnées GPS. Google Maps a été un accélérateur des usages liés à la cartographie. La technologie est militaire, mais elle a été mise dans les mains du grand public car il y avait un réel besoin. 8 voyageurs sur 10 l’utilisent pendant un voyage. Le souci, c’est que les acteurs locaux ne profitent pas de ce trafic, tout comme les hôtels avec Booking. L’angle d’attaque de Google Maps est la quantité, la popularité. Le service mettra toujours en avant les lieux qui sont déjà populaires, ils apparaissent d’ailleurs en jaune sur la carte. Il y a une raison simple, c’est que l’intelligence artificielle de Google préfère envoyer ses utilisateurs là où il y a le plus de business pour lui. Le problème avec ça, c’est qu’il ne permet pas de mettre en avant des lieux hors des sentiers battus qui mériteraient tout autant d’être visités. Pour Google, les quais de Seine ne sont pas attractifs par exemple. Le risque est que Google concurrence les offices de tourisme et qu’il n’y ait aucun contrôle sur le contenu mis en avant.
Comment les offices de tourismes et les organismes de gestion de destinations peuvent-ils reprendre la main sur ce contenu ?
En proposant leur propre carte, sous forme d’une web app, avec leur propre contenu. Nous mettons cette technologie dans les mains de ceux qui n’ont pas de moyens techniques spécifiques, mais qui veulent mettre en valeur leur territoire. Cette carte peut être actualisée en fonction des besoins, des saisons, des évènements. Nous travaillons par exemple avec l’office de tourisme de Paris et sa marque Paris Je T’aime. Nous avons créé une carte qui rassemble les lieux culturels, les hébergements, les lieux de shopping, etc. que l’OT souhaite mettre en avant. Dans un autre registre, nous avons collaboré avec le tournoi de tennis Roland Garros. Au sein de l’application, il est possible d’accéder à un plan 3D de l’enceinte du tournoi, de connaître les moyens de transports pour s’y rendre et de visualiser sa place dans les gradins.
Ce genre de cartes peut aussi être très utile pour les JO ?
Oui, nous en sommes en train de développer des cartes pour les lieux de compétition. Les détenteurs de billets devront obligatoirement télécharger une application dans laquelle il sera possible d’ajouter une carte pour se repérer. Pendant la coupe du monde de rugby au stade vélodrome à Marseille, la signalétique n’était pas bonne, ce qui a provoqué des embouteillages à certaines portes. En montrant aux spectateurs comment se rendre à leur place, ce genre de problème peut être évité.
Quelles sont vos perspectives de développement dans le tourisme ?
Nous voulons accompagner les acteurs du tourisme dans la mise en valeur de leurs produits, services ou territoires à travers la carte, qui est un outil central. Mais elle ne se suffit pas elle-même. Créer une billetterie, du contenu, ce n’est pas notre métier. C’est pourquoi nous nous rapprochons d’autres acteurs de la travel tech pour pouvoir proposer une offre complète, mobile first, à l’écosystème. Vous en saurez plus bientôt.
