[10 ans de TOM] Microsoft : "L’IA va impacter notre productivité et notre façon de travailler"

Comment les modes de travail et notre rapport au bureau vont-ils évoluer ?

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ML

Margot Ladiray

12 septembre 20234 min de lecture

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© Archives Travolution

Comment les modes de travail et notre rapport au bureau vont-ils évoluer ? Dans le cadre des 10 ans de TOM.travel, nous avons interrogé Jean-Christophe Pitié, Chief Operating Officer chez Microsoft, pour connaître sa vision du "Future Of Work". 

Commençons par un petit retour en arrière. Quel regard portez-vous sur l’évolution de nos modes de travail depuis 10 ans ? Quelles ont été les évolutions majeures ?

Jean-Christophe Pitié, Chief Operating Officer chez Microsoft

Si l’on revient 10 ans en arrière, nous avons vécu deux révolutions majeures qui ont changé notre façon de travailler. La première est le développement du travail hybride, poussé à l’extrême avec la crise sanitaire certes, mais les outils étaient déjà prêts. Le monde du travail se préparait déjà à une organisation plus flexible et le Covid a servi d’accélérateur. Ce fût une révolution majeure et une période durant laquelle les dirigeants et salariés ont beaucoup appris. La seconde révolution est en train d’arriver. Je parle d’intelligence artificielle. L’IA va considérablement impacter notre productivité et notre façon de travailler, nous n’en sommes qu’au début de cette révolution.

Selon vous, l’IA est donc une « technologie de rupture » ?

C’est du moins ce que l’on observe au sein de Microsoft mais également chez nos partenaires ou concurrents. Les technologies à base d’IA sont en cours de développement et il y encore cet effet « démo », un « effet wahou » lorsqu’on présente un nouvel outil. Mais je pense que l’impact va être réel dans la durée. Dans une étude que nous avons récemment publiée, 60% des salariés français déclarent être prêts à employer l’IA au quotidien pour les aider dans leurs tâches. Cela concerne principalement les personnes travaillant sur un ordinateur et qui sont quotidiennement polluées par une multitude d’informations et des e-mails. Elles voient en l’IA un outil pour être plus efficaces.

Au-delà de l’aide ou de l’assistance qu’elle peut apporter sur certaines tâches, l’IA ne représente-t-elle pas une menace pour les professionnels ? La disparition de certains métiers notamment ?

Toujours selon cette étude, 38% des salariés français craignent que l’IA vienne remplacer leur emploi mais la majorité sont prêts à l’utiliser pour s’alléger de certaines tâches. Dans Teams par exemple, il y a désormais le co-pilot capable de faire un compte rendu d’une réunion, y compris lorsque vous n’avez pas pu y assister. Cela représente un véritable gain de temps. Il faut voir l’IA comme un outil d’assistance qui peut être réellement utile et qui peut être appliquée à plein d’outils. L’objectif n’est pas de remplacer l’homme par la machine.

Qu’est ce que c’est le "Future of Work" selon Microsoft ? N’y a-t-il pas un risque de devenir dépendant de ces technologies ?

Selon moi, le "Future of Work" est d’arriver à être plus productif et d’avoir moins de tâches redondantes à faire. Notre rapport à la dépendance avec ces nouvelles technologies sera le même que notre dépendance à Internet ou notre smartphone. Mais au final, cela ne va-t-il pas nous laisser davantage de temps pour nous concentrer sur d’autres tâches ou pour la créativité ? En revanche, ce qui est certain c’est qu’il va falloir se former à utiliser cette IA et plus nous saurons nous en servir, mieux ce sera. Ce n’est pas quelque chose d’inné, comme lorsque les ordinateurs sont arrivés.

Sommes-nous amenés à voyager moins pour notre travail ou à nous rencontrer physiquement moins souvent au bureau ?

Je pense que nous avons atteint un point de non-retour. Le travail hybride est entré dans les mœurs et la grande majorité des entreprises l’ont adopté. En revanche, lors de la crise du Covid nous avons vécu une période où cette hybridation a été poussée à son paroxysme, nous étions en grande majorité en 100% télétravail. Aujourd'hui, nous revenons vers une tendance au retour au bureau. Le monde du travail est en train de trouver son équilibre sur ce point-là. Le 100% distanciel n’est pas forcément une bonne chose car nous avons besoin de garder du lien, et cela passe par la rencontre physique, mais revenir tous les jours au bureau n’est plus envisageable pour beaucoup de personnes, et souvent ce n’est pas nécessaire d’ailleurs. J’ai tendance à appeler cela la « pluralité des bureaux ». Être au bureau désormais cela peut être chez soi, dans un espace de coworking ou dans les locaux de son entreprise.

Vous parlez justement de la nécessité de garder ce lien entre nous, tous ces nouveaux outils ne risquent-ils pas de créer de la distance entre les collaborateurs ?

L’être humain décide de ce qu’il fait de ces outils. Si cela nous fait gagner du temps sur certaines tâches il faut voir cela comme une évolution positive car l’idéal est de passer plus de temps avec les équipes. Il faut que ces technologies nous permettent de nous concentrer davantage sur des tâches à valeur ajoutée. La technologie n’est qu’un outil pour y parvenir. Je suis une personne optimiste. Si l’on rend ces technologies accessibles et que l’on y met les bons contrôles ce seront de très bons atouts pour la société.

Photo d'ouverture : @Eventiz Media Group

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