Comment le parc spécialisé dans l’anticipation voit-il justement le futur des parcs de loisirs et d’attractions ? Dans le cadre des 10 ans de TOM.travel, nous avons interrogé Rodolphe Bouin, Directeur Général du Futuroscope, afin de savoir si le numérique aura une place centrale dans les attractions et si les files d’attente seront une histoire ancienne.
A quoi ressembleront les parcs de loisirs dans 10 ans ?
Dix ans c’est long et nous avons pu le constater cette dernière décennie. Personne n’aurait imaginé la crise sanitaire, la guerre en Ukraine, la pénurie de main d’œuvre. Il est difficile de se préparer à toutes les éventualités, mais nous sommes devenus agiles dans notre manière de gérer les évènements. Je pense qu’il y aura des figures imposées en ce qui concerne l’énergie et la RSE. Elles deviendront des éléments de différenciation. Le Futuroscope se prépare à être irréprochable sur ces sujets. Dans 10 ans, il est évident que ceux qui ne le seront pas n’existeront plus.
L’intelligence artificielle va modifier notre manière de consommer les loisirs et le tourisme. Elle s’imposera à nous dans tous nos processus de création d’attractions inédites ou de recrutement, à tel point qu’on n’en entendra plus parler. Je crois profondément qu’à contrario, les parcs d’attractions deviendront des lieux où se ressourcer et où l’humain aura une place très importante. Notre métier est de créer de jolies expériences pour susciter des moments de partage, de créer des moments de pause dans une société anxiogène. Il ne faudra pas choisir entre le digital ou l’humain. Les deux cohabiteront.
Le numérique prendra-t-il une place prépondérante dans les attractions proposées ?
Nous proposons déjà des attractions numériques, telles que Chasseurs de Tornades, qui a gagné le prix de la Meilleure attraction au Monde aux THEA Awards 2022. Nous avons conçu et produit le film grâce au numérique. Toutes les expériences qui nécessiteront de l’image nécessiteront du numérique. Mais je n’entrevois pas de réel virage. Au Futuroscope, nous créons des sensations en sollicitant le corps. Cela permet d’être davantage immergé. La technologie a déjà bien évolué. Il y a quelques années, diffuser un film en relief dans un dôme suffisait. Désormais, les plateformes bougent. Nous continuerons donc ce que nous faisons depuis 1987 : chercher les meilleurs innovations pour créer les meilleures expériences.
Dans votre parc aquatique qui ouvrira en 2024, le numérique sera d’ailleurs prégnant...
Oui, car nous voulions immerger les visiteurs au maximum. Certains lands seront numériques grâce à l’usage du mapping vidéo. Nous utilisons donc une technologie que nous connaissons bien et qui nous permettra de changer les expériences plusieurs fois par jour.
Certaines attractions seront-elles totalement virtuelles en 2033 ? Y aura-t-il alors besoin de se déplacer ?
Je n’y crois pas. Même si cela pourra arriver dans peu de temps, je pense que ce segment de marché ne percera pas. Le public est à la recherche de ressourcement, de connexion physique. Il y a aura toujours besoin d’un trajet et d’une organisation en famille pour matérialiser cette parenthèse. Être seul avec son casque, même connecté à d’autres via des avatars, n’est pas un loisir pérenne. Il y a les tendances technologiques d’un côté et les comportements de consommation de l’autre.
L’une des grandes problématiques des parcs de loisirs est la gestion des flux. Peut-on dire que dans dix ans il n’y aura plus de file d’attente ?
Je ne pense pas que le problème des flux sera éradiqué, car je ne suis pas sûr que les visiteurs voudront prévoir leur journée une semaine à l’avance. L’IA ne va pas augmenter notre capacité d’accueil. En cas de besoin fort, les premiers connectés pourront être les premiers servis, mais je considère que cela va à l’encontre du mode de consommation initial des parcs d’attractions. Aujourd’hui, vous payez et faites ce que vous voulez dans la journée. Nous allons faire en sorte de nous améliorer et peut-être que l’on s’adossera à ces technologies, mais nous ne voulons pas perdre l’âme de nos sites. Une envie pressante, une envie de glace du petit dernier, cela ne se prévoit pas à l’avance.