En rendant obligatoire la déclaration des arrivées et des départs dans les hébergements touristiques et en digitalisant le process, la Croatie a pris une longueur d’avance sur l’analyse de données touristiques. Ces informations, disponibles presque en temps réel, permettent à tous les acteurs touristiques mais aussi hors secteur d’agir en fonction de l’afflux de touristes. Explications avec Anton Brkić, Responsable eVisitor and Application Solutions Department à l’office national de tourisme de Croatie.
En 2016, l’office national de tourisme de Croatie a lancé eVisitor, un système centralisé qui permet de connaître les arrivées et les départs des touristes. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Anton Brkić, Responsable eVisitor and Application Solutions Department à l’office national de tourisme de Croatie.
Ce système a été créé par l’office national de tourisme de Croatie, l’Université de Zagreb, le Ministère du Tourisme et d’autres entités. En effet, tous les gérants d’hébergements, privés comme publics, doivent enregistrer les arrivées et les départs de leurs clients sur eVisitor. Cela permet notamment de calculer la taxe de séjour des visiteurs. Il faut savoir qu’en Croatie, cet enregistrement est obligatoire depuis plus de dix ans. Le système n’a fait que simplifier cette démarche. Les hébergeurs peuvent faire cette déclaration depuis leur logiciel hôtelier, s’ils sont professionnels, ou sur Internet s’ils sont des particuliers.
A quoi servent les données collectées ?
eVisitor permet d’obtenir toutes sortes de statistiques. Certaines sont publiques et d’autres non. Nous publions par exemple des chiffres sur les flux touristiques et des rapports. Les offices de tourisme nationales et régionales peuvent ainsi obtenir des données sur le nombre de personnes présentes dans telle ou telle région. Le système n’a pas été créé sur un modèle commercial à la base, mais nous proposons également l’accès à ces données à d’autres secteurs dans le respect du RGPD (Règlement pour la protection des données, ndlr). Les supermarchés par exemple peuvent être intéressés pour prévoir leur stock à l’avance.
Peuvent-elles être utilisées à des fins marketing ? Pour envoyer les touristes dans des zones peu connues ?
Le partage de ces informations est régulé. Étant donné qu’il s’agit d’un système national, nous ne mettons pas en avant certaines destinations au détriment d’autres.
Dans ce cas, peuvent-elles être utilisées pour lutter contre le surtourisme ?
Oui, elles peuvent permettre à mettre en place des stratégies spécifiques. A Split, nous savons par exemple que beaucoup de touristes séjournent dans le centre de la ville. Il est possible d’agir en fonction de ces informations. Des villes peuvent s’en servir pour déterminer le développement et la localisation d’infrastructures. Les pompiers peuvent savoir combien de personnes doivent être évacuées en cas d’urgence. Le système est ouvert à ce genre de coopérations.
Ce système a-t-il intérêt à être utilisé dans d’autres pays européens ?
Nous avons parlé à beaucoup de pays européens qui étaient très intéressés. Mais le plus grand challenge est de rendre ce partage d’information obligatoire. Cela fait plus de dix ans que c’est le cas en Croatie. Si un particulier veut louer son appartement sur Airbnb, il doit renseigner les entrées et les sorties et ce depuis toujours. Cela a été facile de digitaliser ce processus pour nous, mais cela peut être plus compliqué pour des pays pour qui ce n’est pas le cas.