[10 ans de TOM] Laurent Queige : "Les startups ont permis aux acteurs historiques de sortir de leur zone de confort"

A l'occasion des 10 ans de TOM, Laurent Queige, ancien directeur du Welcome City Lab, premier incubateur français spécialisé dans le Tourisme, revient sur…

Nous suivre sur Google
ML

Margot Ladiray

29 juin 20236 min de lecture

Illu-articles-rétrospectifs
© Archives Travolution

A l'occasion des 10 ans de TOM, Laurent Queige, ancien directeur du Welcome City Lab, premier incubateur français spécialisé dans le Tourisme, revient sur l'évolution de l'écosystème des startups et du rapport à l'innovation des acteurs historiques. Silicon Valley, Brexit, Covid, IA ou bien encore smartphone, les jeunes pousses françaises ont grandi et se sont nourries au fur et à mesure des évolutions technologiques, politiques et sociétales, tout en poussant le marché du Tourisme à innover.

A quel moment a-t-on vu apparaître les premières « startups » en France ? Quand peut-on parler de création d'écosystème ?

Aperçu de la photo jointe Laurent Queige, Expert et Consultant dans le Tourisme

Il y a eu un véritable phénomène générationnel. C’est-à-dire qu’il y a environ 20 ans, une génération de jeunes actifs ont choisi d’entreprendre plutôt que de se faire embaucher dans des grandes entreprises. A l’époque, la France n’était pas du tout un pays d’entrepreneurs. Elle l’est devenue et cela s’est confirmé. Aujourd’hui, l’écosystème des startups génère de nombreux emplois au niveau national et on ne parle pas du tout d’un phénomène épisodique mais de véritable révolution sociologique, économique et sociale. Ce qui se passait jusqu’à alors aux Etats-Unis est arrivé en France et cela a marqué le point de départ de la création d’un écosystème et d’une nouvelle façon d’innover.

En revanche, cela n’a pas été simple pour eux, notamment dans le tourisme. Ces entrepreneurs se sont très vite retrouvés confrontés à des freins principalement économiques. Personne ne décrochait son téléphone pour les aider ou les écoutait alors que cette nouvelle génération de jeunes actifs souhaitait apporter de la valeur au secteur. Le Tourisme était à l’époque un marché très conservateur, absolument pas ouvert à l’innovation…D’où la nécessité de créer des incubateurs comme le Welcome City Lab.

Ces startups sont-elles venues répondre à un besoin que les acteurs historiques du tourisme n'arrivaient pas à prendre en compte ? Ou cette culture de l'innovation n'était tout simplement pas dans leur ADN ?

Ces jeunes pousses sont venues pallier un manque d’attention porté à la clientèle, à l’évolution des attentes en termes de digitalisation, de personnalisation et de qualité de service. Leur arrivée à surtout mis en exergue le fait qu’il y avait encore beaucoup de travail à faire, notamment chez les institutionnels, pour délivrer des outils plus personnalisés qui facilitent le parcours et le quotidien du voyageur. Au sein des grands noms du Tourisme on ne testait pas de solution innovante car la question de la rentabilité arrivait très vite.

Les startups, elles, ont montré qu’il fallait innover, tester et se tromper. Elles ont apporté cette culture du test et de l’innovation qui n’était pas du tout la nôtre, en France, contrairement aux Etats-Unis ou aux pays scandinaves.

Y a-t-il eu une année plus marquante qu’une autre en 10 ans ou une technologie de rupture qui a marqué "un avant et un après" dans le marché du Tourisme ?

Il n’y a pas eu d’année plus marquante qu’une autre mais en termes de tech, je dirais que l’intelligence artificielle a réellement changé la donne. Cela a déjà été le cas il y a plusieurs années avec l’arrivée des premiers chatbots et avec des IA comme celle développée par OpenAI nous entrons dans une nouvelle ère. En parallèle, la montée en puissance du smartphone a été progressive depuis l’apparition du premier iPhone et déterminante pour l’écosystème des startups. Le numérique et le mobile ont permis de raccourcir les intermédiaires entre l’entreprise et son client. Ils permettent de trouver son marché bien plus rapidement. Selon moi, une startup pertinente est une startup qui arrive au bon moment, avec un coût d’acquisition faible et qui a de l’influence.

Enfin, de façon beaucoup plus récente. Je pense que la prise de conscience écologique et les sujets liés à la RSE sont aujourd’hui une grande source d’innovation. Les startups en sont le « porte-drapeau » et nombre d’entre elles se spécialisent là-dedans.

Le contexte politique du pays a-t-il également eu une influence sur l’évolution de l’écosystème ?

Pour moi, l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron a en effet été déterminante. L’écosystème est devenu plus mature, plus structuré et plus visible. La création de la BPI, de la FrenchTech et des nombreuses aides allouées à ces jeunes entrepreneurs ont permis une accélération et une professionnalisation de l’écosystème des startups en France. Mais au-delà des décisions politiques, il y également eu des initiatives privées qui ont eu une grande influence. C’est le cas de la Stations F par Xavier Niel en 2017 et VivaTech par Publicis en 2016, qui ont fait de Paris et de la France une vraie place de la tech au niveau international, ce qui était inimaginable quelques années auparavant. La France avait cette image un peu "old school", nous n’étions pas une nation réputée pour notre innovation. Le Brexit a également joué en notre faveur. Je me souviens de l’édition de l’ITB Berlin qui a suivie le vote du Brexit. De nombreux acteurs et investisseurs chinois sont venus nous voir alors que ce n’était pas du tout le cas auparavant. Avant ils voyaient Londres comme porte d’entrée sur le marché européen, désormais c'est Paris.

Les startups ont-elles eu une influence positive sur le marché du tourisme ? Ont-elles permis aux acteurs historiques d'enfin oser innover ? La collaboration entre les deux n’a pas toujours été évidente…

Oui, les acteurs historiques du tourisme et les startups ont appris à travailler ensemble. C’est important de le souligner car ce n’était pas le cas avant et le chemin parcouru est important. Et elles leur ont permis de sortir de leur zone de confort, d’oser l’innovation. Paradoxalement, ce sont désormais les incubateurs qui peuvent disparaître, du moins il y a une nécessité à revoir le modèle économique. Leur utilité n’est peut être plus aussi importante qu’avant car, tout simplement, le travail a été fait, « l’évangélisation » a eu lieu.

En parallèle, je pense que le Covid a été un véritable accélérateur sur la partie digitale et de nombreuses entreprises n’ont plus eu le choix que d’être attentives aux nouveaux usages. Collaborer avec des acteurs innovants était essentiel. Cela a été une épreuve terrible pour les acteurs du secteur mais, comme dans toute crise, cela a permis d’accélérer sur des transformations sous-jacentes. Désormais, au-delà du digital, c’est notre rapport à notre lieu de travail, de vie et à la propriété qui a beaucoup évolué, cette frontière poreuse entre travail et tourisme, par exemple... Je sais que ce sont des sujets qui interrogent énormément les professionnels du tourisme.

Photo d'ouverture : @Eventiz Media Group

Sur la même thématique

Voir tout