Après avoir engagé une réflexion auprès de ses membres dans une approche comparative et internationale, le think tank Alliance France Tourisme publie ses 10 recommandations pour lutter contre le surtourisme.
Dans une vaste étude, l’Alliance France Tourisme, lieu de réflexion et d’action qui fonctionne à la manière d’un think tank, s’intéresse au concept de surtourisme et aux manières de le contrer. Ce terme, apparu dans les années 2010 à l’occasion de manifestations importantes dans de grandes villes touristiques telles que Barcelone, Berlin, Venise ou encore Amsterdam connaît depuis quelques mois un regain d’intensité inédit par son ampleur sous l’effet conjugué de la fin de la crise sanitaire et des préoccupations écologiques, rappelle l’étude.
Même s’il est difficile à systématiser, le surtourisme peut s’avérer nuisible à l’attractivité de la destination pour ses visiteurs, dégrader les conditions de vie des populations locales, endommager les lieux de culture, de patrimoine et l’environnement naturel. Or, « Si des solutions existent, force est de constater que la prise de conscience française est tardive et qu’en dehors de démarches d’excellence initiées de longue date et de stratégies remarquables conduites au niveau local, il n’y a pas à l’heure actuelle de véritable réflexion officielle et structurée conduite à ce sujet au plan national », déplore l’Alliance France Tourisme.
Dans ce contexte, le think tank a engagé une réflexion auprès de ses membres (parmi eux Accor, Groupe ADM, Compagnie des Alpes, SNCF Connect & Tech, Groupe Pierre & Vacances) dans une approche comparative et internationale, dans l’objectif d’apporter sa contribution au débat.
10 idées pour lutter contre le surtourisme
De cette réflexion en est ressorti 10 recommandations pour la lutte contre le surtourisme :
Déployer une stratégie de croissance durable qui s’appuie sur une régulation adaptée au modèle touristique français
- Adapter la gouvernance des politiques publiques touristiques dans une approche fédératrice, participative et inclusive. Encourager la création au sein de chaque destination touristique de structures dédiées pour assurer le dialogue entre les autorités locales, les professionnels et les habitants sur les impacts du développement touristiques et les solutions possibles.
- Adopter une régulation locale et nationale respectant le modèle français d’un tourisme pour tous et la capacité de « capacité de charge » de la destination à la faveur d’une utilisation accrue des mégadonnées et des nouvelles technologies, des outils de suivi modernes de ces flux touristiques.
- Déployer des stratégies au plus près des territoires fondées une méthodologie de prospective, celles-ci devront faire l’objet d’une coordination nationale. Des indicateurs quantitatifs et qualitatifs pour assurer une vision globale de l’impact du tourisme pour la destination et sa population.
Déconcentrer les flux et structurer une offre globale de services intégrée dans les territoires au bénéfice des populations locales
- Repenser la répartition des flux dans l’espace : « étendre le territoire touristique», en développant de nouveaux itinéraires ou lieux de visite touristique dotés d’un positionnement territorial fort, l’offre d’hébergement-restauration, en renforçant l’offre globale de services de la destination visitée et en accélérant la transformation des mobilités et de la connectivité.
- Multiplier les parcours clients en améliorant la segmentation et le ciblage de clientèles touristiques ou en encourageant plus fortement le recours aux nouvelles technologies, dont l’augmentation de réalité afin d’offrir aux voyageurs une expérience informative plus riche.
- Créer des expériences touristiques qui profitent à la fois aux populations locales et aux touristes -offres expérientielles et évènementielles- et aider les habitants à se réapproprier des lieux touristiques en leur accordant des entrées gratuites, des tarifs réduits ou préférentiels, des permis spéciaux ou des laissez-passer d’accès pour certains lieux de visite.
Mieux répartir les flux touristiques dans le temps et désaisonnaliser le tourisme
- Optimiser la répartition des flux dans le temps en lissant la fréquentation touristique d’une destination ou d’un site, en promouvant les expériences et activités touristiques durant l’inter-saison, en créant des événements ou activités hors saison ou en adaptant mieux la tarification à la fréquentation des lieux pour favoriser la visite pendant les périodes creuses « désaisonnaliser le tourisme ».
- Mettre en place un organe de réflexion et de concertation entre l'Éducation nationale et la filière touristique sur la question des dates de vacances scolaires pour envisager une coordination optimale de cette période entre scolarité et saisonnalité, pour une meilleure prévisibilité économique et une plus grande sécurité juridique, à la faveur des entrepreneurs et investisseurs.
Sensibiliser les habitants aux avantages du développement des activités touristiques et les touristes aux impacts du tourisme sur le territoire
- Renforcer l’acceptabilité des communautés d’accueil : la filière touristique et les autorités publiques devront fournir un effort conséquent de communication pour éveiller les consciences aux avantages économiques sociaux et culturels générés par l’activité touristique.
- Sensibiliser les touristes, les réseaux sociaux et leurs acteurs aux impacts du surtourisme ainsi qu’aux traditions locales et réglementations par des campagnes de communication, des chartes de bonne conduite ou le développement d’un tourisme réflexif.