Après un vote citoyen en faveur de l'interdiction des trottinettes en libre-service, la Mairie de Paris a annoncé qu'elle mettrait fin aux contrats de trois opérateurs privés à la rentrée prochaine. Pour Julien de Labaca, consultant expert en mobilité, cette décision n'est autre qu'un échec de collaboration numérique entre les pouvoirs publics et les opérateurs de transport.
Dimanche 2 avril 2023, le couperet est tombé et la décision s'est avérée sans appel concernant le sort des trottinettes en libre-service dans la capitale. En effet, 90% des votants du référendum citoyen lancé par Anne Hidalgo ont voté contre leur maintien à Paris. La Mairie s'est engagée à mettre fin aux contrats de Lime, Tier et Dott à compter du 31 août prochain. Pour Julien de Labaca, cette décision est "l'aveu d'un échec dont la municipalité et les opérateurs sont responsables à 50/50." "Avant d'en arriver à ce genre de décision aussi radicale, nous aurions dû être en mesure de gérer ces flottes en libre-service plus intelligemment grâce aux outils numériques mis à disposition", a-t-il déclaré. Selon lui, il ne s'agit pas d'être "pour" ou "contre" le maintien des trottinettes dans les rues de Paris mais de comprendre pourquoi cela n'a pas fonctionné et d'en tirer des enseignements.
Une source de données en moins pour la mobilité urbaine
Pour Julien de Labaca, le retrait des flottes de Lime, Tier et Dott engendrera un manque à gagner en termes de data concernant la mobilité en zone urbaine : "Nous allons nous couper d'un nombre important de données puisque ces appareils sont dotés de trackers, ce qui n'est pas le cas des véhicules personnels. Ces données permettent d'améliorer notre compréhension de la mobilité urbaine et nous allons devoir nous passer d'une source précieuse". "Il y a un vrai besoin de collaboration numérique entre les acteurs du transport et les municipalités. La récolte et l'analyse de la data requiert des capacités numériques mais aussi juridiques. Il va falloir être capable d'assouplir le cadre dans les prochaines années afin de mieux collaborer et contractualiser avec ce type d'acteur", ajoute-t-il.
Un retour de ces trottinettes dans quelques années ?
Dans le cas des trottinettes en libre-service à Paris, la mauvaise gestion de ces flottes a été en grande partie responsable du résultat du vote. Selon Julien de Labaca : "Le sujet est en réalité plus global et porte sur l'amélioration de la mobilité et de la multimodalité en zone urbaine". A un peu plus d'un an des Jeux Olympiques de Paris, la question s'avère être primordiale : "Il faut être capable de créer des relations saines et des discussions ouvertes entre le donneur d'ordre et l'opérateur. Au final, tout ce travail servira à améliorer l'expérience utilisateur", ajoute-t-il. Comment y arriver ? Selon lui, cela passe par l'ouverture des données d'usage : "Les opérateurs privés n'ont pas l'obligation d'ouvrir leurs données d'usage en France. Il me semble pourtant logique que cela soit un aspect sur lequel les pouvoirs publics doivent négocier lors de la signature des contrats". Si l'on parle, dans ce cas-là, de "loupé", rien ne semble empêcher un retour des trottinettes en libre-service d'ici quelques années à Paris, le temps que l'on soit prêt à mieux faire...
Photo d'ouverture : @Marat Mazitov