L'opérateur de transport Transdev souhaite continuer d'innover et inciter les Français à opter davantage pour les transports en commun lors de leurs déplacements. Face aux enjeux climatiques et au bien-être des voyageurs, l'entreprise développe de nouveaux outils et repense sa feuille de route. Entretien avec Julien Réau, Directeur de l'innovation chez Transdev France.
Quels sont les principaux défis face auxquels les opérateurs de transport se trouvent confrontés aujourd'hui ?
Julien Réau, Directeur de l'innovation chez Transdev France
Nous nous sommes récemment posés cette question. Aujourd'hui, nous souhaitons nous concentrer sur 7 défis principaux pour façonner l'avenir des transports publics. Ces défis profiteront à ce que l’on appelle les 3 « P » : Passenger, People et Planet. C’est-à-dire que l'on souhaite que ces innovations et améliorations sur lesquelles nous travaillons profitent aux passagers, à notre personnel et à la planète. Le premier défi est le réchauffement climatique. Nous sommes aujourd'hui conscients qu'il a lieu et que cela va empirer avec les années, surtout en milieu urbain. La question n’est pas seulement de savoir ce que l’on peut faire pour le limiter mais l'anticiper et vivre avec. C’est à nous de nous adapter à la dérive climatique et de faire en sorte que les voyageurs continuent de privilégier les modes de transports décarbonés et partagés. Il faut pouvoir être en mesure dans les prochaines années de développer des parcours voyageurs adaptés à l’augmentation des températures et de faire en sorte que le trajet soit confortable. Nous réfléchissons par exemple à la mise en place « d’arrêt fraîcheur » et à la création de nouveaux parcours. Le second défi sur lequel nous travaillons concerne l’information voyageur. On ne se rend pas compte du nombre de personnes qui rencontrent des difficultés ou qui ne sont pas à l’aise en prenant les transports en commun. Nous souhaitons rendre le parcours voyageur et l’information les plus accessibles et inclusifs possible. D’ici 2030, 30% des habitants en France auront plus de 60 ans par exemple. Il faut que l’on pense à tout cela. En parallèle, 73% des voyageurs déplorent le manque d’information en temps réel, notamment lorsqu’il y a des perturbations et cela les décourage à prendre les transports en commun, ce qui n’est pas entendable. Enfin, l’amélioration de la sécurité dans les réseaux de transports fait l’objet d’une attention particulière chez Transdev. Et ça ne concerne pas uniquement les femmes, même si cela a été notre point de départ… C’est un sujet invisible mais très important avec un impact très large. Nous réfléchissons par exemple à la création d’une carte interactive mise à jour en temps réel, à la création de « safe place » ou à la formation du personnel.
En quoi la technologie peut-elle vous permettre de répondre à toutes ces problématiques ?
Une technologie, si elle est bien exploitée, peut aujourd’hui permettre de répondre à plusieurs enjeux. Je pense par exemple à la réalité virtuelle. Elle peut être utilisée pour la formation du personnel mais également pour l’information et la formation du voyageur afin de créer des parcours immersifs ou de nouveaux outils. Lorsque je parle de la formation des voyageurs, je parle de notre volonté chez Transdev à vouloir, un jour, pouvoir « former » la population à la mobilité partagée et les inciter à se déplacer davantage en transports en commun. Vous seriez surpris du nombre de personnes qui optent pour la voiture individuelle ou qui préfèrent rester à proximité de chez eux, notamment chez les jeunes, car ils n’ont pas l'habitude de les prendre ou qu'ils n'ont pas les codes. L’IA et la data sont également des technologies que nous exploitons sur plusieurs aspects. Les transports sont de très bons moyens de récolter des données mobiles par exemple. Nous allons notamment tester un premier capteur de biodiversité dans la ville de Rouen afin de cartographier l’état de la faune et la flore sur le territoire. Cette data n’est pas uniquement utilisable et exploitable pour le réseau de transport en lui-même, mais pour la ville et son territoire.
On parle régulièrement d’innovation de rupture, quelle est selon vous l’innovation qui pourrait révolutionner le secteur des transports ?
On a beaucoup parlé d’autonomisation et de MaaS, mais où en est-on concrètement ? Est-ce que cela a révolutionné les transports ? On voit bien que sur la partie des véhicules autonomes nous n’en sommes qu’aux prémices d’une façon générale. Chez Transdev, nous avons récemment passé un cap de ce côté-là sur le site d’ArianeGroup où chaque navette fonctionne sans personne physique à bord. Cette innovation existe désormais et après ? On n'en parle plus, ou moins… Pour le MaaS, on nous avait dit que cela allait totalement révolutionner le secteur mais est-ce vraiment le cas ? Selon moi, la « rupture » est un ensemble d’ingrédients qui va permettre de faire la différence lorsque le voyageur aura le choix entre prendre sa voiture et les transports en commun. Si on arrive un jour à faire en sorte qu'il choisisse les solutions partagées, on pourra considérer que nous avons réussi et que nous avons atteint un point de rupture. Pour le moment ce n’est pas le cas. Au quotidien, il faut être attentif à lisser tous les aspects du transport public pour que le voyageur oublie qu’il prend un transport public. Les enjeux sont multiples, qu'ils soient liés à la santé ou à l’environnement, et je pense que de ce côté-là il y a une prise de conscience de la part du voyageur. Mais il n’y a pas de réponse magique, selon moi l’innovation de rupture ne peut être définie en un seul mot.
Photo d'ouverture : @Transdev