« Les expériences immersives ne doivent pas nécessairement être technologiques »

Dans le cadre de l’évènement Voyage au Centre de la Tech, nous avons interviewé Yann Garreau, cofondateur de Onyo, afin de faire un point sur les expériences…

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JL

Julia Luczak-Rougeaux

13 mars 20234 min de lecture

Yann Garreau
© Archives Travolution

Dans le cadre de l’évènement Voyage au Centre de la Tech, nous avons interviewé Yann Garreau, cofondateur de Onyo, afin de faire un point sur les expériences immersives dans le tourisme et la culture. Qu’est-ce qu’une expérience immersive et quel est son potentiel ?

Pouvez-vous revenir sur le tour du monde que vous avez effectué avec Charlotte-Amélie Veaux, la cofondatrice d'Onyo ?

En 2019, nous avons fait un tour du monde des expériences immersives. On a voyagé dans une quinzaine de pays, rencontré des artistes, des designers, des chercheurs, des entrepreneurs pour essayer de comprendre ce qu’était l'immersion, sous quel format il est possible de créer des expériences immersives et pour raconter quoi. Nous avons appris qu’il y a des tonnes d’expériences immersives, des formats avec technologie, sans technologie, des formats qui sont très anciens. Le théâtre immersif par exemple a quand même des centaines d'années, contrairement à la réalité virtuelle aujourd’hui. Il existe aussi des boutiques sensorielles et des nouvelles formes de parcours muséal. On a vraiment exploré un spectre relativement large. Nous avions créé un blog pour raconter ce qu'on vivait sur place.

Comment est-il possible d’immerger le public aujourd’hui ?

L'immersion, vous l’avez tous vécu à un moment ou à un autre. L’un des premiers média d'immersion est le livre. Quand vous allez lire, vous allez vous imaginer des scènes. Parfois, vous allez même moins entendre ce qui se passe autour de vous. Vous allez comme vous déconnecter sensoriellement du monde et peut-être vous représenter des odeurs, etc. Dans les expériences immersives, le créateur pousse ce curseur un peu plus loin. Il va vous inviter dans un monde où les frontières entre la réalité et ce qui ne l'est pas sont floues. Ce qu'on a noté pendant le tour du monde, c'est qu'il y a cinq piliers de l'immersion sur lesquels on peut jouer. Il y a le côté spatial : je vais vous vous mettre dans un cadre spatial pour entrer en immersion. Le cinéma en est un. Quand vous êtes au cinéma, vous êtes nativement coupé du quotidien. Il y a l'immersion sensorielle : c’est ce que vous ressentez avec la réalité virtuelle puisque tous vos sens sont occupés par le même medium. Il y a l’immersion collective : vous êtes emporté par une dimension collective, lors d’évènements sportifs par exemple. La quatrième est l'immersion narrative : c’est davantage l'histoire et le storytelling qui va vous emporter. C’est ce qu’on retrouve dans les livres. Et le dernier format est l'interaction. L'ensemble des interactions qu'on va avoir va nous mettre dans une logique de gameplay, comme dans les jeux vidéo. Ce qu’on a pu observer, c’est que finalement, ces cinq piliers ne sont jamais réunis. Il s’agit plus d’un mélange avec quelques fois une dominante. Une expérience immersive ne doit pas nécessairement tous les proposer.

Quelle est l’expérience immersive qui vous a le plus marqué pendant ce tour du monde ?

Une expérience qui m'a marqué est celle de teamLab Planets. C’est un musée sensoriel au Japon proposé par un collectif de designers japonais qui s'appelle teamLab et dont la direction artistique est très axée sur l'universalisme et sur la reconnexion à la nature. Il propose un parcours sensoriel au travers d'œuvres. On va avoir les pieds dans l'eau, on va devoir aller au contact de poissons numériques avec à chaque fois un côté très collectif, très poétique, très beau.

L’immersion passe-t-elle nécessairement par la technologie ?

Paradoxalement, les expériences qui m'ont le plus marqué sont des expériences qui ne sont pas forcément technologiques, mais qui vont réussir à nous emporter dans un récit avec des choses très simples et qui vont nous faire vivre des émotions qui sont très fortes et nous embarquer, nous faire devenir acteurs. Je pense qu’aujourd'hui c’est là qu’il y a une vraie place pour ces propositions parce qu’on vit dans un monde qui est très technologique. Je pense que demain, il y a plus de place pour des choses qui le sont un peu moins. Des choses sont un peu plus sensorielles, un peu plus narratives et qui vont nous faire vivre très simplement des très belles histoires. Et quand on arrive à le faire de manière simple, je trouve que c'est vraiment un Graal, mais qui est compliqué à mettre en place.

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