Crise chez les GAFAM : que se passe-t-il dans l'écosystème de la technologie et de l'innovation ?

Depuis fin 2022, de nombreux géants de la tech ont annoncé d’importants plans sociaux, amputant jusqu’à 13% de leurs effectifs.

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Margot Ladiray

23 février 20235 min de lecture

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Depuis fin 2022, de nombreux géants de la tech ont annoncé d’importants plans sociaux, amputant jusqu’à 13% de leurs effectifs. Frilosité de la part des investisseurs, coupure dans les budgets ou bien encore abandon de certains projets… Que se passe-t-il dans l’écosystème de la technologie et de l'innovation ? Nous avons tenté de comprendre pourquoi en interrogeant plusieurs experts.

Après avoir recruté à tour de bras depuis sa création en 2004 pour atteindre 87 000 employés, Meta annonçait son premier plan social d’envergure fin 2022. Au total, la maison mère de Facebook se séparait de 11 000 salariés, soit 13% de ses effectifs. En janvier 2023, c’était au tour de Google et de Microsoft d’annoncer le licenciement de 12 000 et 10 000 personnes, justifiant cette décision par le contexte macroéconomique et les changements de priorités de ses clients pour le géant informatique. Alors que rien ne semblait pouvoir arrêter leur croissance et que tous les geeks en activité rêvaient de pouvoir écrire leur nom sur leur CV, que se passe-t-il dans l’écosystème de la tech ?

La fin de la « croissance facile »

Pour Cyril Vart, Executive Vice-President chez Fabernovel, il faut reprendre l'histoire depuis son début : « Depuis la fin de la crise du Covid, le secteur de la tech et de l’innovation a atteint une certaine maturité. Les taux de croissance maximum ont été enregistrés et cette phase est probablement terminée ou du moins limitée. On entre dans une ère de stabilisation du marché et il faut rassurer les investisseurs ». La fin de la « croissance facile », pour des entreprises qui affichaient depuis des années des résultats à faire pâlir de nombreux entrepreneurs.

Un phénomène qui n’a fait que s’accélérer au début de la crise sanitaire puisque le monde est soudainement passé au tout digital : « Lorsque le Covid est arrivé, les entreprises et les personnes ont eu un besoin immédiat d’accès à la technologie car nous ne pouvions plus sortir ou nous rencontrer. Cette accélération de la digitalisation s’est faite très rapidement et dans la contrainte, ce qui explique qu’à ce moment-là, tous les géants de la tech ont dû répondre très vite aux besoins des clients et donc recruter massivement pour certains », explique Mathieu Deboeuf Rouchon, innovation manager chez Capgemini Engineering. Mais post-crise sanitaire, le soufflé est retombé : « Certains usages ont continué de perdurer dans le temps mais beaucoup se sont arrêtés ou ont été ralentis. Je pense que certaines entreprises ont été trop optimistes dans leurs prévisions concernant leurs produits et leur adoption au long terme », ajoute Cyril Vart.

Crise économique et pression des actionnaires

A cela s’ajoute un contexte économique instable et moins propice à l’obtention de financement. Les taux augmentent, l’argent devient "plus cher", plus compliqué à obtenir et les valorisations baissent… L'EVP de Fabernovel affirme : « Ces entreprises sont des entreprises comme les autres, soumises à l’état de santé de l’économie mondiale. Le marché de la tech devient comme n’importe quel autre, il se structure ». L’équilibre financier devient alors compliqué à atteindre et il faut pouvoir rassurer les investisseurs, y compris au travers d’une compression des coûts si cela est nécessaire : « Tant que la croissance était là, les investisseurs étaient rassurés. Mais à partir du moment où cela ralentit, il faut savoir revenir au cœur de son métier et délaisser les projets périphériques où le ROI n’est pas forcement visible ou trop long à atteindre », déclare Mathieu Deboeuf Rouchon. Et le moyen le plus rapide de revenir ou de maintenir la rentabilité est de passer par une optimisation des effectifs et opérationnelle.

Pour Cyril Vart, la fin de l’abondance a effectivement sonné pour le marché de la tech et de l’innovation : " Ces entreprises ont fait pour la plupart le choix d’être cotées. Il faut donc être capable de répondre à la pression exercée par les actionnaires. Ces géants sont moins maîtres de leurs décisions et les punitions arrivent plus rapidement." Un signe de maturité de l’économie digitale, selon lui, qui se standardise : « Ce n’est pas forcement malsain, au contraire ». 

La faute également à une culture financière différente, notamment en Europe où la prise de risques est moins courante qu’aux Etats-Unis : « Ici on recherche très vite la rentabilité. Les investisseurs n’ont pas forcément moins d’argent, de l’argent il y en a ! Ils sont simplement plus exigeants car l’augmentation des taux nécessite de devoir rembourser plus vite, engendrant plus de pression sur les business. Le marché devient plus regardant et plus raisonnable », ajoute-t-il.

L'importance du "Time to Market" et de l'innovation utile

En parallèle, si l'on fait abstraction de la dimension économique, la technologie arrive elle aussi à maturité. "Il y a aujourd'hui beaucoup moins d'inconnu lorsque l'on parle de technologie et de ses usages. Il y a moins 'd'effet paillettes', il faut que la technologie et le produit aient une véritable utilité", commente Cyril Vart. L'exemple le plus récent n'est autre que le métavers développé par Meta, qui en a même profité pour rebaptisé le nom du groupe fin 2021. Quelques mois après avoir annoncé vouloir se concentrer sur le développement de son univers virtuel, le groupe a, pour la première fois de son histoire, vu son chiffre d'affaires reculer, passant de 117,9  à 116,6 milliards de dollars en 2022.

Un coup dur pour son fondateur, Mark Zuckerberg, qui s'est engagé à revoir sa copie et à rebondir en 2023. Pour Mathieu Deboeuf Rouchon, l'échec (pour le moment) du métavers développé par Meta résulte de plusieurs facteurs, dont la maturité du produit, son accessibilité et son usage réel. Un (no) Time To Market qui rappelle qu'il ne suffit pas de s'appeler Facebook (ou Meta) pour s'assurer du succès. Reste à continuer d'être attentif à tous ces acteurs pour ne pas passer à côté d’une véritable technologie ou innovation de rupture…

Photo d'ouverture : @rocinante_11

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