Depuis la crise sanitaire et la prise de conscience de l’urgence climatique, le voyage d’affaires est régulièrement remis en cause. S’il n’a pas disparu, il est en train d’opérer sa mue, tout comme le monde du travail et le comportement des voyageurs. Comment les entreprises du secteur prennent-elles en compte ces nouveaux paradigmes écologiques et ces nouveaux besoins ? Nous avons posé la question à Sylvain Muller, Senior Director cross-product strategy for sustainability et Vincent Perouin, Director of Engineering chez SAP Concur.
Comment le voyage d’affaires intègre-t-il les problématiques autour du durable, alors même qu’il peut être remis en cause dans une volonté de diminuer l’impact sur l’environnement ?
Sylvain Muller : Le voyage d’affaires représente environ 5% des émissions de gaz à effet de serre, c’est une part significative. Il a donc un rôle à jouer dans leur réduction. Le sujet est apparu il y a longtemps, Concur a lancé dès 2009 un calculateur d’émission carbone. Puis il s’est effacé pour mieux revenir sur la scène internationale ces dernières années. Il y a eu une vraie prise de conscience sur l’environnement via les COP et il y a désormais une volonté de trouver des solutions. Dans le voyage d’affaires, on voit qu’il y a plus d’implication à proposer des services et produits plus respectueux de l’environnement. Des chiffres de notre étude « Global Travel Managers Report » révèlent que 48 % des voyageurs estiment qu'il est important de disposer d'informations sur la durabilité pour chaque option de voyage lors de la réservation. 24% des voyageurs refuseraient un voyage d'affaires s'il ne représente pas d'options de voyage non durables. Les jeunes générations sont très impliquées sur ces sujets. D’ici 2025, 75% de la force de travail seront des milléniaux. Elles vont pousser les entreprises à se transformer. Au-delà de cette volonté de la part des travailleurs et des voyageurs, de plus en plus d’impératifs légaux voient le jour. Le voyage d’affaires est concerné par le scope 3 du protocole GHG, ce qui veut dire que les entreprises doivent fournir à l’Etat un bilan carbone.
Avez-vous des conseils pour les entreprises qui voudraient construire des programmes de voyage plus respectueux de l’environnement ?
Sylvain Muller : Concur n’est pas un cabinet de conseils, mais beaucoup d’entreprises clientes nous interrogent sur les bonnes pratiques. Nous leur demandons donc quelle est leur stratégie pour proposer des outils alignés à celle-ci. Si la stratégie est de continuer comme avant tout en compensant les émissions carbone, nous avons un partenariat avec Chooose qui permet d’avoir plus de visibilité sur ses émissions. Si l’entreprise est plus mature sur ces sujets et veut réduire ses émissions, des solutions existent pour privilégier le train et certaines chaînes hôtelières. Les plus engagés peuvent même mettre en place des fonctionnalités pour inciter les collaborateurs à organiser des conférences web plutôt que des déplacements. Bien sûr, certains types de voyage restent essentiels, mais les voyages internes par exemple sont désormais optionnels.
L’incentive est-elle la meilleure solution pour inciter les collaborateurs à réduire leur impact carbone lors de leurs déplacements professionnels ?
Sylvain Muller : Le niveau d’incentive dépend des pays et des cultures. Certaines régions du monde imposent des règles qui sont suivies par les employés. C’est le cas de l’Asie par exemple. Aux Etats-Unis, la culture repose davantage sur la confiance. Il y a moins de règles mais l’incentive est courant pour encourager les salariés. En France, les politiques voyage qui prennent en compte ces aspects sont fréquentes et les entreprises peuvent paramétrer les outils pour guider leurs collaborateurs vers les meilleures options. La France a interdit les vols quand la route est également assurée par les services ferroviaires en moins de 2h30. Mais cela couvre seulement 0,3% des émissions des vols au départ de la France. C’est pourquoi certaines entreprises ont décidé d’élargir cette mesure.
En tant qu'entreprise technologique, vous sentez-vous concerné par la problématique de l’éco-conception ?
Vincent Perouin : A ce jour, nous n’utilisons pas de techniques d’éco-conception, en tous cas pas posé en ces termes. La maîtrise de la consommation énergétique de nos solutions se fait par l’évaluation des coûts, ce qui a pour effet d’optimiser notre consommation énergétique. En effet, l’ensemble de notre infrastructure est désormais hébergé dans un cloud public – celui d’AWS - et nous payons chaque mois une facture reflétant directement notre utilisation. Nous commençons à mesurer l’empreinte carbone de nos solutions hébergées par AWS, mais nous ne sommes pas en mesure aujourd’hui d’avoir des résultats tout à fait satisfaisants. Cela étant dit, même si nous regardons le coût économique plus que le coût environnemental, nous avons plusieurs initiatives en cours pour optimiser ces coûts : l’auto-dimensionnement des serveurs par rapport au trafic, l’utilisation des serveurs adaptés aux besoins de chaque service et l’optimisation du code des méthodes et des requêtes les plus coûteuses de nos services.