Malgré des aides importantes pendant la crise sanitaire, le secteur du tourisme ne s'est pas suffisamment transformé, affirme la Cour des comptes dans un nouveau rapport.
Le secteur du tourisme est-il vraiment en train de connaître son « monde d’après » ? Durant la crise sanitaire, alors que l’activité touristique était à l’arrêt en France, de nombreux observateurs et entreprises du secteur expliquaient la nécessité de transformer nos pratiques touristiques afin de répondre aux enjeux environnementaux et numériques. Mais selon la Cour des comptes, cette transformation n’a pas eu lieu. Dans un rapport publié il y a quelques jours, elle affirme que le secteur a pu être préservé grâce aux aides de l’Etat, mais que l’ambition de transformation par le développement du numérique et l’amélioration énergétique du secteur est restée peu financée.
Le tourisme a été durement touché par la crise
Au début du rapport, la Cour des comptes donne quelques chiffres sur l’impact de la crise sanitaire sur les activités économiques du tourisme. Elle rappelle que les voyages touristiques ont diminué de 73 % au niveau mondial en 2020. En France, le chiffre d’affaires du secteur du tourisme s’est réduit de 46 % en 2020 et 2021 (60 % pour les activités des agences de voyage et 70 % pour le transport aérien).
Face à cette baisse inédite du chiffre d’affaires en 2020 et 2021, la Cour des comptes rappelle que le secteur a bénéficié de 45,5 milliards d’euros d’aides publiques, soit 21 % des aides d’urgences en 2020 et 2021. Les consommateurs ont également contribué à soutenir le secteur du tourisme, de façon contrainte, du fait de la transformation en avoirs des remboursements obligatoires des frais de voyage sous 14 jours. L’ampleur de ce soutien peut être estimé à 1,2 milliard d’euros selon les professionnels.
Ces aides ont permis au secteur de reprendre ses activités dès les restrictions levées : « L’emploi ayant été par ailleurs préservé par le dispositif d’activité partielle, les trois-quarts des professionnels interrogés par la Cour estiment que les mesures de soutien mises en place ont permis au secteur de répondre à la reprise de la demande dès la levée des restrictions. », écrit la Cour des comptes.
La transformation du secteur n’a pas eu lieu
La Cour des comptes déplore le manque d’investissement de la part des entreprises du tourisme dans leur transformation numérique et écologique pendant cette période. Si ambition il y avait, elle s’est traduite par des mesures annexes et disparates. Le « chèque numérique » de 500 €, bien que sollicité par 18 922 entreprises du tourisme, ne semble pas avoir généré d’effet de levier pour renforcer l’usage du numérique dans les entreprises, constate le rapport. Parmi les bénéficiaires des aides numérique du tourisme ayant répondu à l’enquête de la Cour des comptes, 68 % indiquent ne pas avoir accru leurs pratiques numériques entre 2020 et 2021 ou n’estiment pas que cette transformation a été favorisée par les aides à la numérisation des activités.
Le rapport explique qu’il est néanmoins nécessaire d’accélérer la transformation numérique des services touristiques, notamment par une plus large utilisation de l’automatisation, des paiements et services sans contact, des expériences virtuelles et de la fourniture d’informations en temps réel. La Cour des comptes espère que la plateforme Alentour et la garantie de prêt France Num y contribueront.
Quant aux dispositifs de soutien à la transition écologique, ceux-ci ont seulement entraîné l’amélioration énergétique de petits équipements et n’ont pas permis au secteur d’entamer sa transformation durable. Pour 63 % des répondants à l’enquête de la Cour des comptes qui ont eu recours aux aides liées au fond tourisme durable ou au diagnostic de maturité écologique, il n’y a pas eu d’avancées en termes de transition écologique au cours de la crise sanitaire. Deux raisons peuvent l’expliquer : le caractère trop restreint des mesures et la période de crise favorisant davantage la gestion du court terme. Le rapport salue en revanche la création de labels afin d’identifier les bonnes pratiques.
La Cour des comptes espère que le nouveau plan Destination France créera une nouvelle dynamique et recommande l’élaboration, en lien avec les collectivités territoriales, d’une stratégie nationale de transition écologique, concertée avec les professionnels du tourisme, avec des objectifs quantitatifs engageant les signataires.
Le rapport complet est disponible ici