« Il y a quelque chose de l’ordre de la croyance dans le refus de remettre en cause la technologie »

Au salon Museum Connections 2023 qui s’est déroulé il y a quelques jours, une table-ronde a eu lieu sur le sujet de la responsabilité environnementale des…

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Julia Luczak-Rougeaux

1 février 20234 min de lecture

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© SIMON LEE

Au salon Museum Connections 2023 qui s’est déroulé il y a quelques jours, une table-ronde a eu lieu sur le sujet de la responsabilité environnementale des technologies immersives. Faut-il continuer à développer des expériences qui vont à l’encontre des impératifs de transition écologique ? Quelles sont les initiatives réalisées dans le secteur de la culture ?

Réalité virtuelle, réalité augmentée, réalité mixte... Plusieurs technologies ont fait leur apparition dans les lieux culturels ces dernières années afin de faire vivre des expériences immersives aux visiteurs. Des nouveaux outils de médiation permettant de reconstituer des monuments ou objets disparus et d’attirer une population plus jeune, moins encline à se rendre au musée. Ces technologies représentent un intérêt certain, mais sont coûteuses en énergie. « En proposant ces expériences, on promeut de nouveaux usages. Il faut donc réfléchir à ce que cela implique dans l’environnement actuel », a expliqué Landia Egal, fondatrice de la société de production Tiny Planets. à l'occasion du salon Museum Connections.

Initialement spécialisée dans la création d'expériences immersives interactives, la société est aujourd'hui engagée dans le développement et la production d'œuvres culturelles plus sobres, décarbonées, justes et respectueux du Vivant. Elle présentait en 2022 l’expérience en réalité virtuelle nommée « Okawari » à la Biennale de Venise. Equipé d’un casque VR, l’utilisateur pouvait commander et manger virtuellement de la nourriture. Derrière l’expérience, Tiny Planets dévoilait toutes les infrastructures en jeu pour la concevoir : les matériaux utilisés (jusqu’aux câbles sous-marin pour la connexion internet), le bilan carbone de l’œuvre, la durée de vie des casques, etc. Le but ? Sensibiliser les utilisateurs aux impacts environnementaux associés à ce nouvel usage du numérique. « L’œuvre a été le point de départ d’une recherche plus globale », a continué Landia Egal. Au terme de cette réflexion, l’auteure et réalisatrice a pris la décision de ne plus utiliser la réalité étendue (terme utilisé pour regrouper les 3 technologies immersives citées plus haut) mais de créer de nouveaux récits, de nouvelles œuvres à destinations de plateformes qui existent déjà.

Un travail de longue haleine mené par le CMN

Pour Patrick Bergeot, directeur de projets au CMN - Hôtel de Sully, il y a en effet une course en avant dans l’adoption de ces technologies. Mais pour lui, il faut faire des choix pour chercher à réduire son impact environnemental. Le Centre des Monuments Nationaux a été désigné lauréat de l’appel à projets PIA4 « Numérisation du patrimoine et de l’architecture ». Dans ce cadre, il souhaite mettre en œuvre de nouvelles formes d’expériences de médiation immersives, mais aussi étudier leur possible impact. « Si nous choisissons une alternative à AWS pour le cloud, aurons-nous la même qualité de service ? Les casques de réalité virtuelle sont-ils les plus nocifs pour l’environnement ? », s’interroge Patrick Bergeot. Pour répondre à ces questions, le CMN travaille notamment avec la société ZenT afin de réaliser des analyses de cycle de vie (ACV). Cette méthode normalisée permet de mesurer les effets quantifiables de produits ou de services sur l’environnement. Même s’il est abouti, cet outil nécessite des mois voire des années de travail. Suite à ces expérimentations, le CMN partagera ses recherches avec l’ensemble du secteur.

Plus que de simples observations, cette démarche demande d’opérer des changements dans son comportement et ses habitudes selon Landia Egal : « Il y a quelque chose de l’ordre de la croyance dans le refus de remettre en cause la technologie. Une vie sans technologie est souvent considérée comme une vie sans magie. Cela demande d’aller explorer la psychologie et de remettre en cause les imaginaires avec lesquels on a grandi ».

Des outils encore limités

S’ils sont plus nombreux qu’auparavant, les outils de mesure de l’impact environnemental restent limités. Il existe par exemple EcoIndex qui permet d’évaluer gratuitement la performance et l'empreinte environnementale de son site web. L’outil Ecodiag propose de calculer l’empreinte carbone d’un parc informatique. « Google via Lighthouse et AWS travaillent sur ces problématiques. L’offre se développe en France depuis un an », a complété Florian Guillanton, Co-fondateur, Directeur du Design du studio CTRL S. Ils se développent, mais restent encore incomplets : « Le problème aujourd’hui, c’est que ces outils prennent rarement le transport en compte », a déclaré Jérôme David, Fondateur de ZenT. Pour Patrick Bergeot, il est nécessaire de rendre ces outils accessibles à des personnes non-expertes afin qu’ils se démocratisent. Aujourd'hui, il est presque impossible de réaliser un audit sans être accompagné.

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