Alors que la reprise du tourisme local et international se confirme, le transport des visiteurs s'avère être la principale source d’émissions de CO2 d’un lieu culturel. Comment en limiter l’impact ? Quelles sont les solutions pour inciter à l’écomobilité et quelle est la limite du champ d’action des acteurs culturels ? A l’occasion d’une table-ronde sur le salon Museum Connections, nous avons reçu Heather Carter, directrice des opérations au Blenheim Palace (UK) ; Emmanuel Blum, responsable des affaires institutionnelles au Comité Régional du Tourisme Paris Île-de-France ; Philippe Platel, directeur du festival Normandie Impressionniste et Caroline Mignon, Présidente des Acteurs du Tourisme Durable.
Regroupant tout un panel de mobilités douces comme le vélo, les transports en commun ou bien encore les véhicules électriques, l’écomobilité vient faciliter l’accès aux sites et aux territoires d’une façon plus vertueuse. Au-delà de la transition écologique, elle permet de préserver l’environnement des lieux touristiques au sens large et de mieux gérer les flux de visiteurs. Pour Philippe Platel, la problématique principale est de savoir comment optimiser le programme du festival Normandie Impressionniste pour que les visiteurs puissent se rendre facilement dans les lieux d’exposition, en prenant en compte le fait que l’événement se déroule sur plusieurs mois et à travers toute la région : « Est-ce que l’on mobilise les collectivités ? Est-ce que c’est à nous d’organiser un système de navettes ? Tout de suite le budget est une vraie question ». En Île-de-France, se pose la problématique du dernier kilomètre dès lors que l’on sort de Paris et sa petite couronne : « Malgré un réseau de transport en commun très étendu, cela devient compliqué d’accueillir du public éloigné ou à mobilité réduite. Il faut savoir que l’Île-de-France a une majorité de ses territoires en zone rurale et les transports en commun ne suffisent pas ».
Eduquer, sensibiliser, inciter
Heather Carter confirme de son côté que, malgré un réseau de transport très développé à proximité du Blenheim Palace, la majorité des visiteurs venaient encore, il y a peu, en voiture individuelle : « L’écomobilité est une grande source d’investissement et représente un véritable levier pour les institutions culturelles vers la transition verte. L’éducation, la sensibilisation et l’incitation sont de vrais leviers d’action pour accélérer notre transition écologique. Nous nous sommes d’ailleurs fixés l’objectif de devenir net zéro carbone d’ici 2027 ».
Et les solutions mises en place ou sur lesquelles travaillent les différents acteurs sont nombreuses. En Île-de-France, le Pass Navigo Culture permet par exemple de bénéficier d’un avantage lors d’une visite (financier, expérience, cadeau...). Un moyen pour la région d’inciter les visiteurs à prendre les transports en commun, comme nous l’explique Emmanuel Blum. En Angleterre, le Blenheim Palace propose une réduction à hauteur de 30% sur le prix du billet pour toute personne arrivant par un moyen de transport durable et collabore avec Good Journey, afin d’aider le visiteur à planifier son voyage par le moyen le plus durable en prenant le meilleur itinéraire. Education, sensibilisation et incitation sont ainsi des mots qui seront souvent utilisés pour repenser les solutions qui peuvent être mises en place. Cependant, pour Caroline Mignon, l’incitation (financière par exemple), ne doit pas se transformer en punition : « Cela n’a jamais aidé qui que ce soit et je pense que ce n’est pas le rôle des institutions culturelles que de mettre des politiques punitives pour inciter aux mobilités douces. Je pense au contraire cela passe par l'incitation et l'éducation".
Faciliter l'accès aux sites et lutter contre sur le surtourisme
Mais au-delà du respect de l’environnement, l’écomobilité représente également un enjeu d’accessibilité et de régulation des flux. «Nous assumons d’accueillir le Monde et nous souhaitons continuer de le faire mais il faut l'accueillir de la bonne manière», confie Emmanuel Blum. Permettre l’accès à l’intégralité des sites dignes d’intérêt, diffuser et lisser les flux, l’écomobilité c'est avant tout investir dans la mobilité avec un grand M. Quitte à ce que cela prenne plus de temps qu’en voiture individuelle…« La question du temps est quelque chose qui revient régulièrement lorsque l’on parle des freins au développement de l’écomobilité. Prendre le bus, par exemple, c’est plus long mais ce temps peut justement être utilisé pour de la médiation culturelle. Utiliser ce temps de transport et l’intégrer dans l’expérience du visiteur cela peut être une solution », explique Philippe Platel. Pour Caroline Mignon, ce type de démarche rentre totalement dans une logique de slow tourisme tout en proposant une expérience nouvelle et cohérente.
Un champs d'action limité
Des initiatives qui ont un coût et qui, pour certaines, ne dépendent pas toujours des acteurs culturels. Pour Philippe Platel, si l’on se concentre uniquement sur l’écomobilité « on sort de notre cœur de métier ». « Les pouvoirs publics ont le devoir de nous aider et de s’emparer réellement de la question, notamment celle de l’investissement. Le budget que nous allouons à ses problématiques, c’est un budget que nous imputons à un autre, celui de la médiation culturelle notamment qui pourtant est l’essence même de notre métier ». Une collaboration rapprochée entre les pouvoirs publics en charge des réseaux de transport est donc essentielle pour créer un écosystème vertueux propice à l’adoption des mobilités douces.
Photo d'ouverture : @lopify